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BIBLIOTHÈQUE
DE L'ÉCOLE
DES HAUTES ÉTUDES
PUfiUËB SOUS LES AUSPICES
DU MINISTÈRE DE L'INSIflUCTION PUBUQDB
SCIENCES PHILOLOGIQUES ET HISTORIQUES
CinaUlEHE FASCICULE
t&NCIENB OLOSSAIBES BOUANS, CORRfOÉS ET EXPLIQUÉS PJlK FRÈDËRIcId
. TBADDIT PAH ALFRED BAUER,
- - ■■ ' ÈlÊVË DB l'ÉGOLB DBS HAUTES ÉTUDES.'
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE
SUE RIGHBLtEO. 67
1870
ANCIENS GLOSSAIRES
ROMANS
CORRIGÉS ET EXPLIQUÉS
FRÉDÉRIC DIEZ
ALFRED BAUËR
ÉLÈVIÏ DE l'ÈCOLB ans HAUTES BTU
PARIS
LIBRAIRIE A. FRANCK
p. VIBWEG, PROPBIÉTAIRK
BCE RICHELIEU, 67
1870
AVANT-PROPOS.
Le livre dont M. Bauer office au public studieux une traduction
faite avec le soin le plus consciencieux se recommandait tout
particulièrement pour la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes
Études : il n'en est pas, dans le domaine de la philologie romane,
qui contienne sous un si petit volume autant de faits importants,
et surtout qui offre un modèle aussi complet de la méthode appli-
cable k cette science. L'enseignement des méthodes scientifiques
se fait par Texemple bien plutôt que par les préceptes : ce n'est
qu'en voyant faire les autres qu'on apprend à faire soi-même,
et je ne connais pas de cours théorique qui puisse rendre à un
étudiant intelligent et laborieux autant de services que ce petit
livre. L'auteur, il est vrai, suppose toujours le lecteur au cou-
rant des règles générales, des résultats assurés de la science ;
mais ce sous-entendu perpétuel, qui est de nature à rebuter les
esprits légers, est précisément un attrait pour le lecteur sérieux.
Les raisonnements qui ne lui paraissent pas clairs, parce qu'il
n'en connaît pas les bases, le contraignent pour ainsi dire à
s'éclaircir en allant chercher dans d'autres ouvrages un supplé-
ment de lumières, et les renseignements qu'il recueille ainsi en
vue de comprendre td fait spécial entrent dans son esprit et se
gravent dans son souvenir avec une bien autre ÎGFce que s'il les
avait simplement lus à leur place dans les livres où ils se trou-
vent. Pour suivre les explications, les discussions^ les hésitations
6L0SSES a
— VI —
du maître, qui se montre ici dans son laboratoire, en face de la
matière première pour ainsi dire et opérant directement sur elle,
il £aut être, sinon de sa force, au moins à son niveau comme
préparation générale ; en d'autres termes il faut posséder aussi
complètement que possible le dernier état de la science. A chaque
difficulté qui sui^t, à chaque problème qui se pose, il £aut, si on
veut se rendre compte de la marche suivie, connaître au juste
quelles règles et quelles limites sont imposées à la solution qui va
être tentée. La lecture sérieuse et méditée d'un livre comme celui-
ci est une véritable collaboration, et quand on a collaboré pen-
dant quelque temps avec un homme comme M.^Diez, on a singu-
lièrement profité.
Nulle part en efiet les rares qualités du fondateur de la philo-
logie romane ne se sont rencontrées avec plus d'évidence que
dans ces études d'étymologie et de phonétique qu'il a groupées
autour des deux plus anciens monuments lexicographiques
romans. Il est impossible de ne pas éprouver un véritable plaisir
à suivre ces démonstrations à la fois si sûres et si délicates, où
une méthode inflexible dirige une érudition extraordinaire et
s'éclaire à chaque instant par les rapprochements les plus fins,
les vues les plus ingénieuses. L'histoire des mots, sujet principal
de ces recherches, ofire des aspects bien divers : à côté de l'his-
toire de la forme, qui constitue la phonétique d'une langue, l'his-
toire du sens dépasse en maint endroit. la linguistique propre-
ment dite et appartient à l'histoire de l'esprit humain dans ses
manifestations les plus intéressantes et les moins faciles à obser-
ver. Le perpétuel travail par lequel les métaphores se succèdent
les unes aux autres et perdent leur sens primitif pour passer à
l'état de simples signes est un lait de philologie générale au
moins autant que de grammaire. On en viendra quelque jour à
soumettre à des lois régulières cette activité presque inconsciente
de l'esprit humain, à déterminer par exemple les raisons qui font
qu'un objet û*appe surtout par telle ou telle de ses qualités et doit
à cette qualité isolée la dénomination sous laquelle il est reconnu
de tous. On recherchera les phases successives qui se manifes-
tent dans ces dénominations métaphoriques, phases qui se rat-
— VII —
tachent évidemment aux évolutions diverses de la civilisation
elle-même. Un grand nombre de faits des plus intéressants pour
la philosophie sortiront des études étymologiques, pourvu qu'elles
soient dirigées avec la science et la méthode qu'elles exigent, et
dont l'opuscule de M. Diez ofire le modèle.
n est un point, dans cet excellent travail, qui m'a laissé quel-
ques doutes dont je crois devoir Caire part au lecteur ; il s'agit du
mode de formation du Glossaire de Cassel. On peut lire ci-des-
sous, p. 72-78, la discussion approfondie à laquelle s'est livré
M. Diez : son argumentation ne m'a pas semblé convaincante.
Le Glossaire (en laissant ici de côté le septième chapitre) est
une liste de mots romans traduits par des mots allemands. On
peut se le représenter : 1° comme entièrement composé par un
Roman; 2^ comme entièrement composé par un Allemand;
3*^ comme étant le produit d'une collaboration entre un Allemand
et un Roman. — La première hypothèse n'a été émise par per-
sonne : en efiet le glossaire porte visiblement la marque de fautes
de prononciation dans les mots romans, tandis que les mots alle-
mands sont généralement bien écrits. — La seconde hypothèse
a d'abord été soutenue par M. Diez, et ensuite^ avec diverses
modifications, par M. Holtzmann. — La troisième est ceUe de
Wilhelm Grimm, et M. Diez, abandonnant son opinion première,
l'adopte présentement.
Dans cette supposition, voici comment les choses se seraient
passées : un Roman aurait écrit une liste de mots de sa langue,
puis un Allemand aurait écrit à côté de chacun de ces mots leur
traduction allemande. Ce qui favorise cette opinion, c'est que les
deux listes sont évidemment disposées de telle feçon que le roman
est pour ainsi dire la question et l'allemand la réponse (p. 71); en
effet, non-seulement ce sont les mots romans qui occupent la pre-
mière place, mais encore il y a quatre mots allemands, su, rwr-
pulo, ahsla et ofan, qui sont répétés deux fois, traduisant
chaque fois un mot roman différent. Ce fait semble prouver que
le glossaire a eu pour point de départ le désir de savoir comment
se rendaient en allemand certains mots romans, et non l'inverse.
Or un tel désir est bien plus naturel chez un Roman qui veut ap-
— VIII —
prendre rallemand que chez un Allemand qm veut apprendre le
roman. — Mais ce qui a surtout déterminé l'opinion de M. Diez,
c'est qu'il y a suivant lui dans le glossaire deux contrensens, la
traduction de cinge par crurti et celle de sêgradas par saga-
rari : or ces contre-sens ne s'expliquent que si on admet deux
auteurs et si on suppose que le traducteur allemand s'est trouvé
placé en face d'une liste de mots qu'il a traduits d'après sa con-
naissance du roman, et qu'il a parfois traduits de travers.
Il 7 a k cette explication une objection grave, que le savant
auteur ne me semble pas avoir écartée. La forme des mots romans,
je viens de le dire^ est très-souvent fautive, et les fautes sont de
telle nature qu'elles ne peuvent être attribuées qu'à un Allemand :
telles sont les formes parba p. barba, uncla p. ungla, putel
p. butel, pirpici p. birbixd, /Idelli p. videlli, feutrât p. 'oer^
rai, callus p. gailus, etc., où on rencontre déjà cette substitu-
tion perpétuelle de la forte à la douce qui est restée le trait carac-
téristique de la mauvaise prononciation du français par les
Allemands. — Il est vrai que nous ne possédons du glossaire
qu'une copie (voy. p. 72), et M. Diez attribue ces fautes au
copiste, mais cette explication n'est guère admissible. Les fautes
dont il s'agit ne sont pas de celles que commet un copiste inexpé-
rimenté : elles n'ont pas leur cause dans l'étourderie, l'inintelli-
gence ou la mauvaise lecture ; elles proviennent évidemment de
la prononciation fautive de celui qui a le premier écrit ces
mots ; un Allemand parlant le roman prononçait naturellement
pirpici, et dès lors l'écrivait de la sorte, mais s'il avait copié un
texte où il y eût birbici, il est clair qu'il n'aurait eu aucune rai-
son de remplacer les b par des p . Je crois donc qu'il est absolu-
ment impossible d'attribuer à un Roman les mots romans du
glossaire. Il y aurait bien un moyen détourné : ce serait de sup-
poser que ces mots, écrits par un Allemand, lui étaient dictés
par un Roman, et, mal entendus p^ l'écrivain, étaient notés par
lui d'après ses propres habitudes de prononciation ; mais l'hypo-
thèse est compliquée et en outre peu utile ; car il n'y a pas à mon
sens de raisons invincibles pour contester à un Allemand la com-
position du glossaire tout entier.
— IX —
M. DieÉ en trouve, il est vrai, dans deux contre-sens qui au-
raient été commis par le traducteur allemand; sont-ils bien
prouvés? Le premier consiste à avoir traduit einge par curti;
d'après Grimm, dont M. Diez adopte l'opinion (voy. p. 92),
dnge doit être regardé comme un substantif ayant le sens de
< ceinture », et gurti^ qui est l'impératif de gurtan, « ceindre >,
est une méprise du glossateur allemand. Il ne me parait pas du
tout impossible que cinge soit l'impératif de cingere : comparez
les impératifs tout-k-fait analogues qui se trouvent au début
{tundi, radi) , intercalés de même entre les noms de parties du
corps. — Quant au second contre-sens du glossateur, je puis
encore moins partager l'opinion de M. Diez (voy. p. 97) : dans la
glosse segradas sagarari le mot roman signifierait tout autre
chose que le mot allemand ; mais les mots sacristia, sécréta,
sacrarium, secretarium se confondent perpétuellement dans le
latin du moyen âge (voy. Ducange et Diefenbach), et il faut
regarder notre segradas comme un mot sur lequel sécréta et
sacrata ont également influé (quant à Ys finale, je n'y vois
qu'une faute du copiste, causée sans doute par 1'^ initiale de
sagarari). < Que vient faire ici une sacristie, ajoute M. Diez, à
propos d'une maison et non d'une église, entre le poêle et
rétable? » Mais il s'agit sans doute d'une chapelle domestique,
d'un oratoire ; sacrarium, d'où sagarari, a ce sens, qui est
très-admissible ici ^.
Les deux contre-sens attribués au glossateur par M. Diez étant
les seuls motifs qui l'aient déterminé à abandonner sa première
opinion, je crois qu'on peut y revenir, d'autant mieux qu'elle
rend parfaitement compte de tous les caractères du glossaire.
Elle est d'ailleurs singulièrement fortifiée par la glosse 47-48,
dont M. Holtzmann a donné une interprétation si ingénieuse et
si simple; M. Diez, tout en lui rendant justice, la rejette, parce
qu'elle contredit son opinion sur le glossaire en général (voy.
p. 90, gl. 42); pour moi, elle me semble un supplément de preuve
1. Voy. aux Notes l'opinion analogue exprimée par M. Rœnsch sur le
mot sagradas.
f
— X —
très-important à l'appui de la composition du glossaire par un
Allemand.
Maintenant pourquoi cet Allemand a-t-il écrit d'abord les mots
romans, et seulement en second lieu ceux de sa langue? C'est
qu'il ne composait pas, sans doute, sa liste pour apprendre les
mots romans qu'il a écrits, mais pdUr noter les mots romans
qu'il connaissait. Pour les retrouver dans sa mémoire, cet Alle-
mand, qui était un clerc, a suivi à peu près l'ordre méthodique
qu'il avait remarqué dans des glossaires antérieurs ; car, quoi
qu'en disent MM. Holtzmann et Diez, il y a dans l'ordonnance de
ce glossaire une identité avec celles d'autres travaux analogues
qui rendent très-vraisemblable l'utilisation de modèles écrits. Il
y a même des traits qu'on ne peut expliquer autrement : com-
ment croire par exemple que dans un recueil de mots qui aurait
une origine toute pratique, de mots « empruntés à la vie jour-
nalière », on trouverait les noms spéciaux de chacun des cinq
doigts de la main? Cette énumération des cinq doigts, qui se re-
trouve telle quelle, comme le remarque M. Diez (p. 90, gl. 42), dans
d'autres glossaires, est une de ces curiosités qui suffisent à carac-
tériser un travail d'érudit; d'autant plus que, SBinîpoUeœ, aucun
de ces mots n'a passé dans les langues romanes : M. Diez ne croit
certainement pas que indeco, médius, auricularis aient été
des mots romans à l'époque du glossateur : ils ont d'ailleurs
conservé leur forme latine, parce qu'ils n'étaient pas usités dans
le peuple. D'autres mots, et souvent des mots vraiment popu-
laires, comme homo, caput, digiti, etc., ont dans le glos-
saire une forme latine ; cela tient à ce que le glossographe était
un clerc, comme je l'ai dit tout à l'heure, et que les formes ro-
manes et latines se mélangeaient perpétuellement dans sa tête. A
côté de cela il a inscrit dans sa liste des mots et des locutions
purement pratiques et réellement « empruntés à la vie journa-
lière », comme les glosses 17-19 et, si je ne me trompe, la glosse
59 : ce sont ou des souvenirs d'un voyage en Romanie, ou des
phrases utiles dont le glossographe s'était muni en vue d'y
aller.
En résumé, je pense qu on peut regarder les mots romans du
— XI —
glossaire, aussi bien que les mots allemands, comme provenant
d'une source germanique, et ce résultat est important pour l'ap-
préciation de ces mots, et particulièrement de leur forme. Le
glossaire, si précieux pour l'histoire du sens, ne peut dans la
plupart des cas inspirer pour la partie phonétique qu'une mé-
diocre confiance, rédigé comme il l'est par un Allemand
latiniste, c'est-à-dire dans les plus mauvaises conditions
possibles.
L'édition française des Anciens Glossaires romans com-
prend, en plus que l'édition allemande, un travail postérieur de
M. Diez sur un autre glossaire latinr-allemand ou roman-aile-
mandy qui se trouve à Vienne. Ce travail, daté de mai 1867, a
été publié dans le tome VIII du Jahrbuch fur romanisehe und
englische Literatur : il forme le complément naturel de l'ou-
vrage précédent. — Les Notes que j'ai jointes à la traduction
de M. Bauer sont peu de chose; on lira avec intérêt celles que
M. Ronsch a insérées dans le même volume du Jahrbuch^ et
dont il a bien voulu permettre qu'on traduisît quelques-unes pour
cette édition.
Je terminerai cet Avant-Propos par l'annonce d'une entre-
prise qui répondra à un vœu exprimé par M. Diez. J'ai obtenu
du Ministre de l'Instruction publique l'autorisation de publier,
dans la collection des Documents inédits^ un Corpus des
anciens glossaires français manuscrits. Cette publication, pour
laquelle M. Paul Meyer veut bien s'adjoindre à moi, réalisera les
espérances de notre savant maître et « apportera réellement à la
connaissance de la langue française un gain considérable. »
M. Diez donne en ce moment la troisième édition de son admi-
rable Dictionnaire étymologique ; puisse-t-il vivre assez pour
nous en donner une quatrième et la faire profiter des richesses
nouvelles qui vont être mises au jour I
G. Paris.
ABREVIATIONS.
acc.
accusatif.
adj.
adjectif.
allm.
allemand.
allm. mod.
allemand moderne.
anc.
ancien.
anc. fr.
ancien français.
anc. h. allm.
ancien hanfraliemand.
angl.-sax.
anglo-saxon.
bas-allm.
bas-allemand.
Bibl. impér.
Bibliothèque impériale de Paris.
c^-à-d.
c'est-à-dire.
catal.
catalan.
cfr.
conférez, comparez.
DG.
Du Gange.
éd.
édition.
esp.
espagnol.
ex.
exemple.
fém.
féminin.
tr.
français.
fr. mod.
français moderne.
go th.
gothique.
gl.
glosse.
ib.
ibidem.
it.
italien.
kymr.
kymrique.
lat
latin.
lat. moyen.
latin moyen, c*est-à-dire latin écrit au moyen
littér.
littéralement. {âge.
masc.
masculin.
mod.
moderne.
nèerland.
néerlandais.
p. ex.
par exemple.
plur.
pluriel.
poèt.
poétique.
popul.
populaire.
port.
portugais.
pr. owprov.
provençal.
rom.
roman, romane.
roum.
roumanche.
se.
scilicet.
signif.
signification.
sing.
singulier.
subst.
substantif.
V. ou V.
voyez.
val.
valaque.
var.
variante.
ERRATA.
P. 17, ligne 9, lisez turmas au lieu de thurmas*
Pp. 18, 61, lisez Gloss. de Si GaU au lieu de Gl. de St Galles.
P. 81, ligne 1, lisez UnUas au lieu de ticulas,
P. 97, ligne 29, lisez < avec le sens » au lieu de « dans le sens ».
I.
LES GLOSSES DE REICHENAU.
Les glossaires et vocabulaires latins-français qui nous ont
été conservés ne paraissent pas, à quelques exceptions près ,
remonter au-delà du xiv® siècle, du moins dans leur rédaction
actuelle. Les glossaires IsLims-allemands, au contraire, accu-
sent un âge beaucoup plus reculé : quelques-uns appartiennent,
même dans la forme où ils nous ont été transmis, au viii® siècle.
La cause d'un retard si frappant est facile à entrevoir. Ce
n'est pas que les Français aient eu moins d'intérêt à connsâtre
la langue latine que les Allemands ; mais, aidés de leur propre
langue, laquelle, dans les premiers siècles du moyen âge, se rap-
prochait naturellement beaucoup plus du latin qu'aujourd'hui ,
les Français se voyaient beaucoup moins dans la nécessité de
recourir à de pareils auxiliaires que les Allemands, qui ne rencon-
traient que par exception quelque ressemblance entre les mots
allemands et les mots latins correspondants. J'ajouterai que la
tâche du glossateur français était plus difficile, malgré la parenté
des deux langues. L'Allemand avait déjà à sa disposition une
littérature dont il pouvait tirer parti, puisqu'elle lui effilait des
formes déterminées et une orthographe quelque peu réglée,
avantage que n'avait pas le glossateur roman : car l'avènement
de la littérature française, abstraction faite de quelques spéci-
mens isolés, ne se place que beaucoup plus tard. Il est vrai que
le fameux article 17* du concile de Tours de l'an 813 recom-
mande aux ecclésiastiques de traduire l'interprétation des textes
bibliques dans les deiuc idiomes populaires, en roman aussi bien
GLOSSES i
— 2 —
qu'en allemand ; mais ces traductions se firent oralement et ne
formèrent pas de littérature, ou du moins nous n'avons aucune
raison qui nous permette d'en supposer une. Même au x® siècle
l'orthographe est encore assez confuse, comme le montrent les
deux poèmes de cette époque publiés par Champollion-Figeac.
On sait combien sont difSciles les commencements de l'écriture,
surtout lorsqu'il s'agit de présenter à l'œil de nouveaux phéno-
mènes et développements phoniques. Mais lorsqu'une fois la langue
et l'écriture eurent atteint un certain degré de culture et de per-
fection, quand la poésie vulgaire obtint d'éclatants succès, alors
il ne se trouva probablement guère d'amateurs pour la modeste
tâche du lexicographe. Ceux qui étaient obligés d'apprendre le
latin s'en tenaient aux lexiques qui expliquaient le latin par le
latin, comme par exemple l'ouvrage très-répandu de Papias ou
Johannes de Janua. Quant à des recueils de mots latins-
français pour tel ou tel texte, il est probable que les étudiants
se les faisaient eux-mêmes, comme cela arrive encore aujourd'hui.
Mais les glossaires généraux, plus ou moins alphabétiques,
avec traduction française, nous l'avons déjà remarqué, n'ap-
paraissent qu'à partir du xiv^ siècle. La Bibliothèque impériale
à Paris en possède plusieurs, cités déjà par Ducange et ses conti-
nuateurs, qui s'en sont servis. De nos jours un juge compétent,
M. Littré, en a donné une analyse critique et des extraits dans
l'Histoire littéraire de la France, T. XXII (1852) pp. 1-38*.
1. 11 y a quelques glossaires où une partie des mots seulement sont
accompagnés de traduction; parmi les autres il faut citer : DictUmarium
latino-gallicum (Bibl. impér. 7692) du commencement du ziv* siècle, v.
Bist lut p. 24; un deuxième (7679 fonds lat.), dont récriture n'appartient
probablement qu'au xv* siècle; un troisième, de Pierre Roger (coté
8426), récriture du xv* siècle aussi, p. 32; un quatrième, Catholkon (aux
Archives de l'Empire), de la même époque, p. 33. Puis on y voit déjà
un glossaire français-latin (fonds lat. 7684), l'écriture probablement du
XV* siècle, p. 30, qui est loin de contenir tous les vocables remontant
au delà de cette époque, mais qui en renferme toutefois un certain
nombre. 11 s'y trouve aussi quelques glossaires provençaux-latins,
savoir : Floreius, c'est-à-dire Florilège (fonds lat. 7657), p. 27 : il contient
beaucoup de mots omis par Raynouard, et M. Littré en donne un cer-
tain nombre d'exemples. Dictionarium provindali-latinum (fonds lat. 7685),
écriture du xvi* siècle, p. 28. Je ferai une remarque à propos du Flo-
retiLs : Rocbegude déclare que ce glossaire est une copie extraite d'un
texte de la Bibl. Lauren tienne ; il s'en est beaucoup servi pour son
Glossaire occitanien, où sont la plupart des exemples omis par Raynouard;
de plus, le Floreius est souvent cité dans la nouvelle édition de Ducange.
Quant à ce qui existe de cette littérature en debors de Paris, Tauteur de
— 3 —
Leur publication pourra être ajournée, mais ne saurait êtreévitée :
car les extraits déjà donnés, ainsi que les glossaires publiés jus-
qu'ici, nous autorisent à croire que ce sera un service important
rendu à la Linguistique française.
Ainsi au commencement du moyen âge, avant le triomphe dé-
finitif de l'idiome roman en France, avant son organisation gram-
maticale et son avènement comme langue nationale, on hésitait à
introduire dans la lexicographie cet idiome populaire, appelé
oflSciellement rustica romana lingua ; mais est-il permis de
croire que personne n'eut jamais l'idée d'expUquer les vocables
latins devenus diflSciles à comprendre à l'aide de vocables égale-
ment latins, qui étaient restés à l'idiome populaire sous une forme
altérée, il est vrai, mais toujours reconnaissable ? Un glossaire
rédigé de la sorte devait être certainement d'un usage plus prati-
que que ceux qui n'employaient que des périphrases ou des syno-
nymes, sans tenir compte du degré d'instruction du lecteur. Et en
effet un glossaire de ce genre, très-ancien, a été retrouvé. Il pro-
vient de l'abbaye de Reichenau (MS. CCXLVIII), et se trouve
actuellement à la Bibliothèque grand-ducale de Karlsruhe (115).
C'est M. Adolphe Holtzmann qui nous l'a fait connaître, et il en a
fort bien reconnu l'importance pour la linguistique romane, v. la
Germania dé Pfeiffer VIII (1863), pp. 404-413. Ce sont, à
vrai dire, deux glossaires : le premier, fol. 1-20, accompagne le
texte de la Vulgate, depuis le commencement jusqu'à la fin ; le
second, fol. 20-39, est alphabétique et renferme des mots em-
pruntés à tous les domaines de la pensée, sans se rapporter à
aucun texte particulier. Cela n'est pas un fait isolé : on connaît
d'autres glossaires, systématiques ou servant à interpréter tel
texte, auxquels est ajouté un glossaire alphabétique ; le Voca-
bularius S. Galli, par exemple, est arrangé de cette manière.
Je supposerai que le glossaire entier est d'un seul auteur, en
faisant remarquer toutefois que la deuxième partie, c'est-à-dire
le glossaire alphabétique, renferme maintes contradictions et est
moins correcte que la première. Celui à qui nous devons ce tré-
sor nous en a communiqué des extraits considérables et bien
choisis. J'ai revu moi-même le manuscrit à Karlsruhe, en automne
1864 ; j'ai comparé les extraits donnés, et je n'ai trouvé que peu
cette étude ne s'en est pas occupé. Un ouvrage plus ancien que les trai-
tés cités jusqu'ici est le célèbre Dictionnaire de rimes à la fin du Donatiis
provincialisy qui est assez précieux pour ce qui concerne la signification
des mots.
— 4 —
d'obsenràtions à &ire ; ensuite j*ai fait moi-même quelques nou-
veaux extraits. C'est un manuscrit sur parchemin, petit in-4<' ;
le glossaire biblique est écrit sur deux colonnes. L'écriture n'est
pas toujours bien nette ; la partie alphabétique surtout est cou-
verte de taches et souvent illisible. Chaque glosse commence par
ime majuscule, sans passer à la ligne. On présume que le manus-
crit a été écrit au vin® siècle, probablement vers la fin. La Ger-
mania (VIII, 1863) donne les renseignements nécessaires sur le
reste du volume à partir du fol. 40.
Je me permets de reproduire ici la plus grande partie desglosses
données par la Germania, en y ajoutant un petit Appendice,
qui contiendra mes propres extraits, et je les commenterai toutes
plus bas. Celui qui aura complètement étudié les glosses dans le
manuscrit même trouvera sans doute dans mon commentaire
bien des choses à modifier ou même à corriger, et je souhaite
qu'une pareille étude ne se fasse pas attendre trop longtemps.
Les remarques entre parenthèses appartiennent au premier
éditeur et ont été empruntées à la Germania. J y ai rencontré
quelques fautes d'impression évidentes, que je corrigerai soit ici,
soit dans le commentaire.
GLOSSES INTERPRETANT LE TEXTE BIBLIQUE.
(fol. ^) Callidior vitiosior. Gems,
Genacula mansiunculas.
Véranda verecundia leloco.
Fémur coxa .1. cingolo.
5 Rufa sora.
(fol. 2) Minatur manatiat.
Tentoria trauis.
Turmas fulcos.
Sepulta sepelita.
40 Opiiio custosoYÎum .1. berbicarius.
Teristrum genus ornamenti mulieris qui-
» dam dicunt quod sit cufia yel vitta.
(fol. 3) In orrai in spicario.
In manipules redacte in garbas collecte.
Scinifes cincallas. Exod.
45 Intastinis intranais.
(fol. 4) Goturnices quacoias.
Usuris lueris {peu lisible).
(fol. 5)
(fol. 6)
(fol. 7)
(fol. 8)
(fol. 9)
— 5 —
Pignus uuadius.
Scrabrones uuapces.
20 lacinctinas persas (p6i« lisibk).
Interrasilem grinitam.
Saga cortina.
Sculpare intaliare.
Uncinos hauos.
2S Feminalîa femoralia.
Vitalia viscera intranea.
Labium conca.
Papilionis trauis.
Aes eramen.
30 Abgetarii carpentarii.
Vesiculam gulturfs paparonenr. Levitic.
Mergulum corvum marinum.
Fabula uisica.
Sagma soma .1. sella.
35 Spatula rama palmarum.
Nausiam crapuliam. Numer.
la cartallo in panario. Deuter,
Stercora fémur. ludic.
Poplile iuncture ianiculorum vel reliquo-
rum membrorum.
40 Sindones linciolos.
Gerule portatricis baiole.
Novacula rasorium. Reg. I.
Starciis (/. Sitarciis) bultiolis.
Ocreas husas.
45 Sarcina bisatia.
Golliridam turtam. Reg, IL
Laterum teularum
Oneraticarcati.
Palate masse caricarum quae de recentis
fiunt.
50 Déficiente laxiscente.
Ârea dansi (ou dansr ? le sens exige danea).
Trabem traslrum.
Abenas retinacula iumentorum.
Mutuo acceperam impruntatum babebam.
55 Gommentariis (/. Caem.) macionibus.
Goncidis taliavit.
Sulci fige.
Torax brunia.
Veru spidus ferreus.
Reg, HL
lob.
Rester,
— . 6 —
60 lecorefîcato. Tohias.
Gasidile bultiola.
Rerum causarum.
Discrimina?it uittayit. Judith.
(fol. 40) Excidetur taiietur. Evang,
65 Uentilabrum uelectorium vel uentilato-
rium.
(fol. 44) Ofendas abattas.
Nent filant.
Ad deludendum ad deganandum.
Pallium drappum.
70 Mutuari prestari.
Exterminant discolorant.
Glibanus furnus vel mutile.
Si vis si voles.
Paraliticus octuatus.
75 Fletur planctur.
Gofinos banstas {peu lisible).
(fol. 42) Solveris disligaveris.
Oportunitate gaforium.
Golafis colpis.
80 Sindone linciolo.
Exciderat taliaverat.
Furent involent.
Couquirebant causabant. Ev. Marc.
Dtres folJi
85 Remelietur remensurabit.
Cervical capitale,
(fol. 43) Tectum solarium.
Arundine ros.
Inluserunt deganaverunt.
90 Mutuum dare id est prestare. Ev. Luc.
Gratia merces.
Sublatum subportatum.
Gommoda presta.
(fol. 44) Solutis disligatis.
95 Peribet perportat. Ev. loh.
Institis fasciolis .1. nasculis.
Sudario fanonem.
Supersticiosos superfluos. Act.
(fol. 45) Artemon malus mastus navis.
(fol. 46) 400 Fauum frata meliis. Psalm.
(fol. 47) Tereo tribulo.
Mutuare impruntare.
— 7 —
Luto fecis.
In commutatione in concambils.
405 Anxiaretur angustiaretur.
(foi. 48) Fexlias.
Gibaria cibus vivendi.
Colurnix quaccola.
(fol. 4 9) Feneralor mutuator prestator.
440 Pruina gelata.
Manipulos segetes garbas.
Bucellas frustas panis.
(fol. 20) Gymbalis cymblis.
GLOSSAIRE ALPHABETIQUE.
Axis ascialis.
445 Aper saluaticus porcus.
Aurire scabare.
Arundo rosa.
Angariaverunt compuUerunt anetsauerunt.
Arbusta arbriscellus.
420 Armiila baucus.
Arundo rosa vel gerlosa.
Aldipem alaues {pc^ tout-à-fait sûr),
Ancbro serricellus.
Aculeus aculionis.
425 Absintio aloxino.
Area danea.
(fol. 24) Bracis bragas.
(fol. 22) Gompellit anetset.
Galamus ros.
430 Gogor anetsor.
Gimex cimcella.
Gaseum formaticum.
Grastro heribergo.
Gonpendium gaforium.
4 35 Gulmen spicus.
Gementarii mationes.
Grebro criuolus.
Galx calcaneum.
Gulicet culoel.
(fol. 23) 440 Denudare discoperire.
(fol. 24) Exaurire scauare.
Ebitatum bulcatum.
— 8 —
Ëburneis iuorgeis.
Eagi manducare.
(fol. 26) 445 Framea gladius bisacutus.
Flasconem buticulam.
Frauum frata meliis.
Faretra teca sagittarum ./. cupra {les italû
^ qtf>es sont douteuses) .
(fol. 27) Galea helmus.
\ 50 Gleba blicta {ou blista ?) .
Gecor ficatus.
Grex pecunia.
(fol. 28) luger iornalis.
Insultaret inganaret.
(fol. 30) 455 Lepusculus lepiscellus.
Lena toxa lectorium.
(fol. 34) Minas manatces.
(fol. 32) Nouacula rasorium.
Nulare cancellare.
\ 60 Olfactoriola bismodis.
Oves berbices.
Onustus carcatus.
(fol. 33) Palliurus cardonis.
(fol. 34) Pustula malis clauis.
465 Papilio trauis.
Pincerna scantio.
Pes pedis.
Pavimentum asirum.
Parrus corium sive brittoni.
470 Polito limtario.
Ponderatus oneratus grauiatus.
Pestilentia gladis.
(fol. 35) Quin unoni.
(fol. 36) Rlta maceria incastrata.
4 75 Ruga fruncetura.
Rostrum beccus.
(fol. 37) Senex piger.
Succendunt sprendunt.
Sortileus sorcerus.
4 80 Stipulam stulus.
Sarcinis saccus vel bulzia.
Saniore meliore plussano.
Singularîter solamente.
(fol. 38) Talpas muli qui terram fodunt.
485 Tedet anoget.
— 9 —
Turibulum incensarium.
Tedio tepiditas.
Transfretavit transalaret.
Transilivit transalavit.
490 Tutamenta defendamenta.
Tugurium cauanna (les italiques ne sont
pas bien lisibles dans le ms.].
(foJ. 39) * Vespertiliones calves sorices.
Yuespes scrabrones uuapces.
Urguet adastet.
495 Umanus omnici.
Viscera intralia.
Vecors esdarnatus.
Vectum tlnalum.
Uncinus hauus.
APPENDICE*.
(fol. \ a] 200 Profugus porro fugatus. - Gènes,
Vagus uacuatus.
Sublata subportata.
Ë regione contra. '
Mares masculi.
(fol. \ b) 205 Semel una vice.
Pergite ambulate.
Oppido ualde multum.
InfriDgerent infrangerent.
Seorsum separalim.
24 Statuit stare fecit.
lus legem.
Quin ut non uislima (?).
Quin pro etiam.
Vlna brachlum.
245 Guncti omnes.
Sexagenarius qui LX annos habet.
Pulmentum cibum.
(fol. 2 a) Galumpniam contentio.
Vuluamostium uentris [Isid, 44, 4, 437).
(fol. 2b] 220 Poculum calicem.
(fol. Sa) Segetes messes.
Reppererunt iauenerunt.
1. J'ai résolu les abréviations du manuscrit.
— 40 —
Reus culpabilis.
Restant rémanent.
225 Prebens donans.
(fol. 36) Lacus congregatio aquarum. Exod.
Grando pluuîa mixta.
Dense spisse.
Litus ripa,
(foi. 4 a) 230 Submersi dimersi necata.
Emunctoria forcipes.
Ora finis summitas.
(fol. 4 b) Mala punica mala granata.
lugiter assidue.
235 Exterminabit eradicabit.
(fol. 5 a) Grura tibia. LevU.
Paria similia.
(fol. 5 b] Pugione lancea. Humer,
lugulate occidite. Deuter,
(fol. 7 a) 240 lus lex vel potestas. Iiédic.
(fol. 9 b) Peram sportellam.
Reveretur verecundatur
(fol. iOa) Ambiebat rogabat circumdabat ortabat.
(fol. '1 06) Genuit generauit. Evang,
245 Peperit infantem habuit.
Pueros infantes,
(fol. 44 a) Secesslt abiit ambulauit.
Nosse scire.
In abdito in absconso.
(fol. 44 6)250 Statim ilico mox.
Ita sic.
Ideo propterea.
Id hoc.
Optimos meliores.
255 In caminum in clibanum.
Escas cibos.
Validum fortem.
Mergi sub aquam cadere.
(fol. 42a) Demergatur submergatur.
260 In foro in mercato.
Res causa.
Egemus necesse habemus.
Exuerunt expoliaverunt.
(fol. 426) Pusillum paruum. Marc,
265 Incedentes ambulantes.
Monumenta sepulcra moriuorum.
— 41 —
Grebro sepe.
(fol. 43 a) Repente subito.
Sero yespera.
(fol. 436)270 Epulabatur manducabat. Luc,
(fol. AAb) Omni diligentia omni custodia. Act.
Cesis flageUatis.
Vastabat desertum faciebat.
Âlerent pascerent.
(fol. 46ft)275 Pupillam nigrum in oculo. Psalm,
Adeps caro pinguis.
Exurge leva.
Statuo starefacio.
Thalamus domus maritalis.
280 Régit gubernat.
(fol. Al a) Annuant cinnant.
Meridiem diem médium^
Mortiflcare mortuum facere.
Transire transversare.
285 Abeam uadam.
Ampli us ulterius.
Nihilum nihil.
(fol .476) Gomplaceat placeat .
Galamum pennam unde litteras scribunt.
290 Transfèrent transportent.
Bellantes pugnantes.
(fol. 48 a) Quotiensqd' uicibus.
Exacerbauerunt exasperauerunt.
Dilecta amata.
(fol. 4 8 6)295 Benignitate bonitate.
Aspero amaro duro.
(fol. 49 a) Rupempetram.
Da dona.
Adolescentia iuuentus.
(fol. 496)300 Odi in hodio habui.
L'intention du glossateur a été de faciliter la lecture de la
Bible latine à ses compatriotes parlant roman. Il serait possible
que les glossaires latins-allemands qu'il savait entre les mains
l. Le << porte une barre dans le manuscrit.
— 42 —
des Francs lui eussent suggéré l'idée de son entreprise. Mais il
n*osa pas transcrire les vocables latins dans le véritable idiome
populaire ; ce dernier devait paraître barbare à un latiniste let-
tré comme lui, et, vu l'état des choses d'alors, il ne présumait pas
même, peut-être, qu'il serait jamais adopté par la nation entière,
les lettrés et les illettrés, les Francs et les Romans. Il employa,
comme nous l'avons déjà indiqué plus haut, une autre méthode :
les mots latins dont il ne croyait pas devoir supposer la connais-
sance chez ses lecteurs, il les rendit soit par une périphrase, soit
par un autre mot latin resté dans la langue populaire, fut-ce sous
une forme un peu altérée.
Les périphrases, le glossateur n'en fit qu'un emploi restreint,
parce que l'autre procédé était plus sûr; nous en rencontrons
dans les glosses : opilio custos ovium, spatula rama palmor-
rum, lacus congregatio aquarum^ grando pluvia mixta,
mergi sub aquam cadere, monumenta sepulcra mortuo-
rum, adeps caro pinguis, thalamus domus maritalis, etc.
Beaucoup plus fréquent est le deuxième mode, celui qui con-
siste à rendre le mot latin par un autre mot latin, c'est-à-dire
par un synonyme. Ex. : fémur coxa, papula vesica, stercus
fimtcSj nere filare, metiri mensurare, mas masculus (mâle)
idna brachium, poculum caliœ, dense spisse (épais), jugi-
ter assidue, jugulare occidere, ita sic y alere pascere (paître),
regere gubemare, dilectus amattts, rupes petra, etc., etc.
Il est facile de reconnaître que tous les mots interprétants sont
romans. Pour s'assurer de la vérité de cette assertion, il sufSt de
comparer l'interprétation d'autres lexiques, qui n'appartiennent
pas à cette catégorie : dans Papias, p. ex., codlidus versutus in
disputando, ingeniosus, subdolus (dans notre gloss. : calli-
dus vitiosus); verenda pudenda (dans notre gloss. : ver end a
verecundia) ; femora sunt ab inguinibus usque ad genita
(d. notre gloss. : fémur coxa vel cingolo); scinipes culicum
genus (d. notre gloss. : scinifes cincellaé). Parfois, il est
vrai, les mots interprétants ne correspondent pas, dans leur
signification, au mot latin dont ils ont la forme extérieure, mais
à un mot roman emprunté au latin, qui apparaît ici ramené à
sa forme primitive. Voici des exemples de ce genre : le mot déjà
cité vitiosus pour cailidus, de l'anc. franc, voiseus, qui a cette
signification ; ficatum pour jecur, du franc, foie ; plangere
pour flere^ d'après l'ital. piangere (pleurer) ; formatvcvs pour
caseus, de fromage; berbex pour ovw, de brebis.
Mais, dans un grand nombre de cas, les mots interprétants ne
— 43 —
sont pas latins : l'auteur ne pouvait pas toujours s'exprimer
d'une manière intelligible au moyen de mots latins ; c'est pour-
quoi il se servit aussi de mots non latins, fabriqués soit avec des
éléments latins, soit avec des éléments étrangers, p. ex. germa-
niques, en ayant soin de les munir d'une désinence latine connue.
Nous voyons des éléments latins dans fruncetura, defen--
damenta, manatiaty laxiscente, taliavit, sprendunt, etc.;
des déments germaniques dans gaforium, fulcos, garbas,
fanonem, deganaverunt, etc. Il a même recours à la forme
passive, depuis longtemps éteinte^ pour en affubler des mots que
Rome n'a jamais connus, comme p. ex. anetsor pour cogor.
En principe donc, pour ce qui concerne la désinence, aucun
mot n'est admis par lui sous sa véritable forme romane. Furn
ou intrange, qu'on lit dans le glossaire de Cassel, ne pouvaient
se montrer ici que sous la forme furnus ou intranea. On em-
ployait assez généralement le même procédé au commencement
du moyen âge, lorsqu'on citait des mots de la langue populaire,
p. ex. dans des diplômes de Louis le Débonnaire: « viam regiam,
quam stratam, sive calciatam (chaussée) dicunt, » ou « vesti-
tum lineum quod camisium (chemise) vulgo vocatur. » En ex-
ceptant les féminins en a, dont la anale ne peut pas être regar-
dée avec certitude comme une désinence française, on peut dire
que bien peu de mots de notre glossaire, comme p. ex. ros, pour
lequel l'auteur aurait pu dire rosum ou rostis, ont échappé à la
latinisation. L'intérieur du mot n'a pas perdu la couleur popu-
laire, comme le montrent les formes mancUiat pour minatiat
(ou plutôt minatur), turta pour torta, teula pour tegtUa,
trastrum pour transtrum, planeiur foixr plangitur.
U va sans dire que la latinisation des désinences ne fiit pas
toujours effectuée d'une manière conséquente : souvent ni la
déclinaison, ni le genre, ni le cas, qui devaient être attribués au
mot refondu, ne furent observés. Le français esteule, p. ex.,
est rendu par stulus, auquel on préférerait le féminin sttUa,
qui serait plus conforme à Tétymologie stipula; à quacolES
(cailles) on préférerait quacolAS^ qu'on trouve en effet une fois ;
de même, dans la conjugaison, anetsAU serait préférable à
anetsETj etc. Si ensuite le nominatif aculetcs est traduit par le
génitif aculionis (aiguillon), et de même paliurus par cardo-
nis (chardon), il serait possible que l'auteur eût allongé le mot
roman, pour indiquer le déplacement de l'accent, qui n'aurait pu
être remarqué dans les formes acûlio et cdrdo : le glossaire de
Cassel aurait mis sans hésiter acuHûn, cardûn en omettant
— u —
toutefois les accents. Ou le glossateur aurait-il eu l'intention de
désigner par la désinence is le sufSxe du nominatif roman s,
auquel il préposa un i, pour enlever à la forme sa dureté ? (Y. sur
cette question les remarques sur pedis, n^ 167.)
L'orthographe des vocables latins du glossaire biblique n'est
pas toujours correcte, et doit être corrigée d'après le texte, ce
qui est souvent un travail ennuyeux, parce que la division en
chapitres manque. Ces mêmes vocables sont encore plus mal
écrits dans le glossaire alphabétique, pour lequel nous ne possé-
dons pas de texte auxiliaire.
Examinons maintenant, en &isant abstraction de la forme des
glosses> leur signification et leur application. Nous voyons assez
souvent qu'un mot latin, usité aussi en roman, y est néanmoins
gratifié d'une interprétation, p. ex. dans les glosses usuris
lucris^ papilionis travis, utres folli, absintio aloœino. Il
arrive même que le mot interprétant n'est pas un mot roman,
comme dans caminus clibanus, rusticus tyrics, etc., et qu'il
n'est expliqué que par le mot qui doit être interprété, comme
dans area danea^ tcUpas muli et quelques autres. Souvent
aussi il arrive que les mots des deux classes, ceux de l'original
comme ceux de la traduction, ne se retrouvent pas autre part en
roman ou du moins en français, comme c'est le cas pour orrei
spicario, angariaverunt anetsaverunt^ olfactoriola bismo^
dis, cuncti omnes, crebro sepe, nihilum nihil. Il ne faudrait
pas se hâter de conclure, dans les cas où le mot interprétant ne
se retrouve ni en français ni en provençal, pas même dans les
plus anciens monuments, que ce mot n'a réellement pas existé
dans ces langues au moment où fut composé notre glossaire.
Il pouvait bien arriver à l'auteur de mettre un mot latin à la
place d'un mot roman, là où ce dernier ne le satisfaisait pas ou ne
se trouvait pas sous sa plume. Il pouvait hésiter, p. ex., à traduire
ideo par l'expression romane pro hoc (popul. por-uec), qui
rendait parfaitement ce mot, parce que cet emploi de la pré-
position pro lui paraissait par trop contraire au latin ; il écrivit
donc hor^ment propterea. Les auteurs des anciens recueils de
glosses latines-allemandes .agissaient d'une manière analogue :
à la place de la traduction ils mettaient souvent un synonjnne
latin, même lorsque l'expression allemande correspondante ne
&isait pas défaut. Quant à notre recueil, il nous sera permis de
supposer dans la plupart des cas que le mot en question a dis-
paru plus tard ; on peut l'affirmer avec quelque certitude, lorsque
les autres langues romanes le possèdent.
— 45 —
Les deux parties de notre glossaire appartiennent au domaine
français : nous le voyons par un certain nombre de mots
qui sont connus dans ce dernier domaine, et complètement
inconnus dans les domaines italien et espagnol; ex. : fulcus^
maciOy hrunia^ spicus (comme mascul.), blicta^ intralia,
invenire, sportella (avec le sens de pera). Mais une preuve
irrécusable est la présence de l'initiale h dans les mots d'origine
germanique, tandis qu elle tombe presque régulièrement au com-
mencement des mots latins, parce qu'elle n'était pas prononcée.
Cette initiale h aspirée prouve aussi que l'ouvrage n'a pas été
composé au midi, mais qu'il appartient au nord de la Gaule.
Mais quelle peut donc être l'utilité d'un glossaire qui ne veut
pas nous montrer l'idiome populaire sous sa véritable forme?
Elle estHoujours considérable ; elle nous fournit des renseigne-
ments précieux sur l'histoire de^a langue, sur les mots qu'elle a
gagnés ou perdus, sur leur signification, leur étymologie et
même sur leur orthographe.
Il y a encore un autre glossaire biblique provenant de l'ab-
baye de Reichenau (MS. IC), actuellement à Karlsruhe (86,
fol. 37-52), du nif siècle, qui mérite l'attention des romanistes.
Déjà Graff s'est servi de ce glossaire, et M. Holtzmann nous le
Élit connaître par de nombreuses citations ; il le désigne par
« Rz », notation que je conserverai. Il est sans doute aussi
d'origine française, car l'auteur dit une fois : collirida cihus
quant nos nebulam dicens {dicimus) ; or nebtUa avec cette
signilScation appartient au français seul; v. le n® 46 du commen-
taire. Ce glossaire n'observe pas non plus de règle déterminée dans
l'interprétation des mots. U emploie des périphrases, des syno-
nymes, tantôt des mots anglo-saxons, tantôt des mots romans,
lesquels ont dû prendre, comme dans le premier glossafre, une
enveloppe latine, ex. : vint fortiam, furvum brunies, pifi"
cerna buttilarius, noctua cavannus, iacinctina platoas.
Nous voyons cependant déjà apparaître quelques mots français
purs, comme surtout dans les deux glosses : in cartallo in
paner (panier), v. n** 37 du commentaire, et postica postic
(anc. franc. : postis ^\xr postics, espag. ipostigo).
— ^6 —
COMMENTAIRE DES GLOSSES BIBLIQUES.
1. Callidlor vitiosior. — La signification attribuée ici à
vitiosus n'est pas latine, mais eUe correspond exactement à
Tanc. fr. voiseuSy dont elle confirme à souhait l'identité avec le
mot latin, y. Dict. étym. I. mzio. Cette même signification est
donnée par le Vocah, S. Galli^ qui traduit viziosuLS par
Tallem. arccustic (astucieux). L'idée de « vice » et ceDe de
« ruse > se trouvent encore réunies dans le substant. moy. h.
allm. unkicst, qui traduit vitium et dolus; le prov. moi réunit
aussi les deux significations. Voiseus paraît ne pas exister en
provençal, où il est remplacé pa^ le part. veziat=3inc. fr. vezié,
it. viziato.
2. Cenacula mansiunculas. — Coenaculum, Gen, 6, 16,
est pris ici dans le sens de < petite chambre », c'est pourquoi il
est traduit par mansiuncula^ lequel mot se trouve ne pas exfeter
en latin classique : l'auteur Ta pris au verset 14® du même cha-
pitre. Il n'y a pas de mot provençal corrrespondant maizoncla,
il y a seulement maizoneta = fr , maisonnette ; de même en
ital. il n'y a pas de forme magionchia^ mais une forme ma-
gioncella avec c dérivatif. L'auteur tenait à mettre une forme
diminutive latine et non étrangère, même s'il connaissait la
forme maizoneta.
3. Verenda verecundia leloco. — Verenda dans le sens
qu'a ce mot. Genèse, 9, 22 (cum vidisset verenda patris suiesse
nudata), est rendu en roman par verecundia (it. le vergogne,
esp. las vergûenzas). Le synonyme ajouté doit êtrelelat. locus
ou plutôt loca, quoique les Romains n'employassent ce mot qu'en
parlant de lafename (dans le Gloss. Keron.: loca verecimdiosa,
Hattemer, p. 179). Le le préposé n'est pas l'article, qui ne se
trouve pas dans cet ouvrage (v. plus bas meliores 254) et qui
n'aurait pu être fe, mais c'est l'abréviation ./. c.-à-d. vely qui
est ordinairement préposée au deuxième mot interprétant.
4. 'Femxircoœa vel cingolo. — Fémur (cuisse) n'a pas passé
en français; coœa, os de la hanche, hanche, a donné le fr.
cuisse, pr. coissa; cingulum, cingula, d'où pr. cingla, anc.
fr. cengle, fr. mod. sangle, est la ceinture, mais aussi, comme
le montre notre glosse, la région du corps où s'adapte la cein-
ture. Les deux significations se trouvent réunies dans le fr. cein-
— n —
ture, it. cintura et dntola, et aussi dans le gr. (cjvv). C'est
ainsi que le fr. poitrine semble avoir désigné d'abord une sorte
de baudrier. Mais le masc. cingolo permet aussi de supposer en
anc. fr. une forme masc. cengle =s it. cingolo, esp. cingulo.
Sur cinge, v. les Glosses de Cassel, 59. ^
^ 5. Rufa^ora, = fr. saure, pr. saur, jaune d'or. Glosse
intéressante, parce que le franc, au accuse ici déjà la pronon-
ciation ; Y. plus bas les remarques sur la phonétique.
yy 8. Tlturmas fuicos. — Dans un glossaire lat.-allemand de
Reichenau on lit : thurp^as folch (Graff). — Le sens de «foule »
qu'a le mot germanique folch, est presque étranger au pr. foie,
anc. fr. foie, fouc, qui a servi de type à notre fulcus ; foie
signifie troupeau. Cependant on lit dans un des plus anciens
monuments : eum foie en avi grand adunat = lorsqu'il eut
rassemblé une grande foule, St-Léger 22; cfr. gran foies,
Passion de J.-C. 12.
v/ 9. Sepulta sepelita. — La seconde forme de ce participe,
encore employée par Caton, est la seule usitée en France : pr.
sebelit, anc. fr. seveli.
11. Teristrum (5épt(npov, voile pour couvrir la tête),
genus omamenti mulieris, quidam dicunt quod sit
cufia vel vitta. — Cufia, pr. cofa (aussi coifaf), fr. coiffe, etc.
dans Fortunat cofea. Vitta, pr. esp. veta, ruban, anc. h. allm.
wita, bandeau pour les cheveux. Suivant le manuscrit de Paris
Pb la cufia, qui d'ailleurs a été portée par les hommes comme
pat les femmes, était munie d'une vitta : tyaris (c.-à-d.
tiara), veàtis sacerdotalis ad similitudinem cufie habens
vittam,
12. In orrei in spieario; — de même : inhorreis in spi-
cariis, JRz. Horreum a passé en espagnol, qui écrit Aorreo; on
ne le trouve que très-rarement en portugais, jamais en catalan
ni dans les autres langues romanes. Y^out horreum l'auteur donne
un mot nouveau, spicarium, qui apparaît déjà dans la L. Sali--
que, dans la Loi des Alamans, et dans les Form. de Bi-
gnon, anc. h. allm. spîhhari, allm. mod. speicher (grenier).
Ce mot ne s'est maintenu nulle part, parce que le latin grana--
rium su£Ssait. Mais d'après notre glosse il faut supposer qu'à
côté de granier, grenier, un synonyme espiguier, espiér était
usité en France.
/ 13. In manipulos redacte in garbas collecte; 111,
manipulos segetes garbas, — Le domaine français connaît
manipulus', car le mot manoil « paquet, tas >, dans Roque-
GLOSSES 2
— ^8 —
fort est incantestâblement dérivé d'une forme manupulus, et
concorde avec Tesp. manojo; comparez, pour les lettres, é(meil
de scopultis. Mais pour le sens voulu ici, la véritable expres-
sion est le mot gerbe, pr. garba, empruntéà l'allemand. Aldhel-
mus (vers 680) remploie le premier dans son poème ^ Le lau-
dihus virginitatis. »
14. Scinifes cincellas; 131> cimex cimcella. — Pour le
pluriel scinifes, Eœod. 8, 16, on rencontre encore d'autres
orthographes, comme sciniphes, cinifes, scinifex, etc., du
grec xviiuéç, xvi(p(5(;, okvitc^ç, axvi(p6ç. La signification de ce mot,
employé pour la première fois par Jérôme, nous est donnée par
ce passage d'Isidore, 12, 8, 14 : cyniphes mtiscae minutissir-
mae sunt, sed acvleis permolestae. On lit encore dans un
glossaire de Saint-Galles (probablement du ix® siècle) : scyniphes
muscae minutissimae sunt aculeis permolestae, qtias
vulgus vocat zinzilas, Hattem. I. 232b, cfr. 248''; d'autres
glossaires sont plus brefs,' ex. : scinipes mugga, Flor, éd. Ecc.
290*; scinifex mucke, Kero\ ciniphex mouche a^ quiens,
c.-à-d. mouche aux chiens (xuvojjLuta), Lille, p. 12 (Scheler 29) ;
bibio vel zinsilla cincelle, ibid. C'est donc ce dernier mot cin-
celle que nous avons dans notre dernière glosse sous la forme
latinisée cincellas; v. sur sa dérivation Dict. étym. I. zenzara^ "^
— Il faut qu'il y ait une faute dans la seconde glosse : cimi
doit être une altération de cinifex, et cim^cella doit être id«**T
tique à cincella, car on ne peut pas supposer que le même pol\
cincelle ait signifié à la fois moucheron et punaise. Y. d'ai
sur la confusion des mots dnifes, cimeœ, cynomia, conip^^^
etc. Diefenbach, 119*» ^
17. Usuris lucris (qu'il faut lire pour lueris), pr., anc. fr.
logre, esp. logro, fr. mod. lucre; cette dernière forme existe
déjà dans le dérivé lucrier, Gir. de Ross. v. 1520 (éd. Hofl"-
mann) = esp. logrero. Mais t4^ura est aussi un mot roman.
19. Scrabrones (scabrones Ms.) wapçes. — Le lat.
crahro subit au moyen âge différentes transformations, soit par
le renforcement de l'initiale c au moyen d'un s, soit par la chute
d'un r : scrabro scabro, scrabo, en ital. enfin scalabrone.
1. Dans le Psaut. d'Oxford, 104, 29, le passage venit coenomyia et einifes
est ainsi traduit : vint mitëche ewibez. Ce mot wibez, c.-à-d. wibet-s, peut*
il être autre chose que le kymr. gwibed (plur.), une sorte de mouche-
rons? V. sur le radical celtique Diefenhach, Goth. Wœrterbtich {DictÀonn,
gothique), I, 149. 11 serait moins aisé de le rapprocher de rangio-sax.
vUfba, ver, larve, vu la trop grande différence des significations.
— -19 —
Là traduction n'est pas exacte : le sens est « frelon », et ce sens
est strictement observé dans les anciens glossaires allemands.
On attendrait donc ici frelon, ou sa forme primitive, un mot
comme fragiloni, selon le style du traducteur; c'est ce nom
d'insecte qui semble se cacher sous la forme défigurée fars-
leoneSy mot par lequel le Gloss. Rz. traduit craprones. Cette
erreur revient dans le glossaire alphabétique : wespes scràbro-
nés wapces 193. Wapce est évidemment d'origine allemande :
cfr. dans le Vocab. S. Oalli : wespa wafsa; de même 2)m-
tisca II. 378* : vespas wafse^ angl. sax. vàps^; ifaais dans le
franc, moderne guêpe pour guespe, il n'est pas possible de
reconnaître autre chose que le mot latin, ayant siâ)i, il est vrai,
ime influence germanique.
20. lacinctinas persas. — Hyacinctinas se trouve Eœod.
25, 5; on trouve encore la variante ianthinas (violet). Nous
avons peut-être ici le plus ancien exemple de persus, pr., anc.
fr. pers^ depersicum (pêche). Les Glosses de Sélestadt don-
nent jper^wm weitîn (de couleur perse), un glossaire du x* ou
XI® siècle : weitîner ist iacinctus, Grafif I. 773.
21. Interrasilem prtmïam. — Interrasilis (se. carona
Eœod. 25, 25), s'applique à une ornementation en relief dans
laquelle sont pratiquées, comme à la lime, des nappes plates.
Les Gloss. Flor. EccL 988^ l'expliquent pour cette raison par
. interlineatus et traduisent ^av underftgilât (entre-limé). Papias
' lui attribue la signif. anaglypha sculpta. Dans un autre glos-
' saire dé Reichenau il est traduit par untarprarte^ Diutiska I.
' 494*>, mais praW signifie limbus, gàbrortôt = limbatus, fim-
àriatus, picturatus, ce qui donne un sens assez diflférent. Très-
4|pteuse est la traduction romane grinitam, comme écrit très-
lisiblement notre Ms. Ce mot serait-il peut-être pour ûrinit,
avec prononciation plus douce du c, en supposant que cette der-
nière forme vienne du roman crena, anc. allm. krinna=z
entaille, entaUlure, de sorte que grinit pourrait signifier entaillé^
incisus ?
22. Saga cortina. — Le lat. saga (à côté de sagum, sagus)
=r sorte de manteau des guerriers , a pris dans le latin moyen le sens
de couverture, dans Papias : sagulum {sagum DC.) stragulum
vel coopertorium. C'est pourquoi il est interprété dans dés
glosses allemandes par lahhan (allm. mod. laken =r drap,
toile), ici par cortina, mot que les anciens glossaires allemands
1. Watsa\ wafse, vxpsl allm. moderne wespe, guêpe. (Traduct.)
— 20 —
rendent aussi par lahhen, quoique dans Jérôme et Isidore déjà
sa signification propre soit rideau.
25. Feminalia femoralia (de même dans le Gloss. Rz.)rs
vêtement des cuisses. — Femoralia apparaît, à ce qu'il semble,
pour la première fois dans Isidore : femoralia appellata eo quod
femora tegant ; il se trouve çà et là chez des écrivains posté-
rieurs; mais ni l'italien ni l'espagnol ne le connaissent. Pour le
provençal et l'anc. français il faut remarquer le synonyme
femoraus, dans Roquefort et Honnorat ; d'autre part un gloss.
lat. -franc, cité par DC donne fémorale comme un mot latin et le
traduit par braie à homme. Le Gloss, de Lille, p. 9 (Scheler,
20), le cite aussi comme mot latin et le traduit par cuissir.
26. Vitalia viscera intranea ; 15. intestinis intraneis;
196. viscera intralia, — Intranea, pour le lat. interanea,
est commun à toutes les langues romanes, p. ex. anc. fr. singul.
entraigne, dans les Glosses de Cassel : intrange, dans la L.
Salique et dans Grég. de Tours inirania ; cfr. les remarques de
Fr. Pithou au tit. XIX de la L, Salique. Mais un mot qui n'ap-
partient qu'aux domaines français et provençal, c'est intralia,
c.-à-d. entrailles, pr. intralias ; le Gloss, Rz. donne aussi
vitalia intralia,
•I
27. lAhivjn, conca, — L^Jetem au lieu de iaJrwm (bassin)
est une petite méprise. Le lat. concha, un vase ayant la forme
d'un coquillage, désigne en latin moyen et en roman difiérentes
sortes de vases, pr. conca, concha, anc fr. conque, it. conca,
esp. cuenca. Par syncope : coca, coque, cocca, qui désigne
aussi un petit esquif.
29. Aes eramen, — Les langues romanes n'ont pas conservé
aes, qui se serait réduit à la forme trop peu sonore er. Elles le
remplacent par son dérivé aeramen, d'où le fr. airain, pr.
aram. L'initiale a dans aram ainsi que dans l'esp. aramhre
s'explique par la tendance bien connue des langues romanes à
favoriser cette voyelle à la syllabe initiale non accentuée, et
même l'initiale française ai paraît avoir passé par a,
30. Abgetarii carpentarii, — Opéra abietarii se trouve
Eœod, 35, 35; d'où Papias : abietarius lignarius, et plus
tard Johannes de Janua : abietarius carpentarius, qui de
abiete operatur. Le mot ne se retrouve pas autre part en latin
et manque aussi en roman; mais carpentarius est latin et
a passé dans toutes les langues romanes : pr. carpentier,
etc.
31. Vesiculam gutturis paparon&m. —Dans le passage
»^« ■«*
— 2^ —
de Levit., I, 16, auquel se rapporte cette glosse, les deux
premiers mots désignent la gorge, le jabot de la colombe, et on
lit de même dans les glossaires allemands : vesicula (columbae)
ohroph (allem. mod". hropf = jabot, gorge) Grafif IV. 598.
On trouve en esp. papera, en port, papeira, du lat. pappa,
papparius, avec la même signification ; mais on ne trouve nulle
part le dérivé au moyen du suflSxe -on indiqué par notre glosse
{paparœiem), qui aurait donné en anc. fr. pavron. Un mot
analogue est papache « gosier >, Roquef.
32. Merg^lum corvum marinum. — Le diminutif mer^
gulus ne se trouve pas dans les lexiques latins, mais il est
employé Levit. 11, 18: comedere non debetis.,. bubonem
et mergulum. On le trouve assez souvent dans les recueils de
glosses, ex.: mergus, mergultts corvus marinus « tuchil »
(plongeur) Gloss. Zwetlenses, éd. Hofifm. p. 48, 38. Corvum
marinum se retrouve dans le pr. corp-^iari, et c'est par ce
mot que Daudes de Prades interprète mergulus, d'accord avec
notre glosse ; de morgoill que hom apella corp-^marl, Lex.
rom.y II. 479; en esp. cuervo marina; en franc, on a le
mot semi-celtique cormoran.
33. Pabula visica. — Lisez papula, d'après Levit., 14,
56: erumpentium papularum. Je ne connais guère d'autre
exemple de visica (pr. vesiga^ fp. vessie) avec i à la première
syllabe, quoique la substitution de t à ^ soit très-fréquente dans
le latin moyen écrit en France : ainsi dans fistuca pour fèstuca
(brin d'herbe ou de paille), timpora. Un seul glossaire latin-
allemand, de date plus récente, s'égare une fois dans cette
orthographe vicieuse, v. Diefenbach, Gloss. lat. germ., p.
615^
34. Sa^ma soma vel sella. — laYiJLa (selle, bât, charge
des bêtes de somme) fut transformé de très-bonne heure en
saima (déjà dans Isidore), lequel devint, conformément aux
lois du développement phonique des langues romanes, sauma,
puis sonay fr. somme (dans bête de somme)^ pour Yo duquel
nous avons ici un ancien témoignage; le provençal s'arrêta à
sauma.
35. Spatula rama palmarum, — se rapporte à Levit. 23,
40: spatulasque palmarum ; de là dans les Formules alsa^
tiques, éd. Eccard, 16 : spatulas palmarum cum suis
fructibus. Le mot roman est ici rama, it., esp., prov.; fr.
rame, pour ramus. Dans un manuscrit de la Loi Ripvmre on
trouve déjà : si quis ingenuus ingenuum interfecerit
— 22 —
et eum cum rama cooperuerit DC., sans parler d'atitres
exemples.
36. Nausiam crapuHam. — Il &ut remarquer gue le
glossateur n'avait pas de meilleur mot à sa disposition, pour
traduire nausea, que crapula, mot plus latin que roman, qui
désigne nécessairement ici le dégoût qui vient à la suite de
rivresse. C'est là le sens que donnent aussi les Glosses de
Kero : crapulla « ummazzi » (intempérance) , puis : nausia
post potum « willidho after dranke > (malaise après la
boisson); de même dans le glossaire de Rhaban Maure cra-
puîa est suivi de nausia. Il y a encore un autre point qu'il
faut relever. Crapulla avec II, d'après les lois générales de
l'accentuation, doit avoir l'accent sur la deuxième syllabe;
nous avons donc ici un exemple ancien de l'avancement de
l'accent qui a souvent lieu en français (v. Gramm. romane);
l'italien, au contraire, a crdpola. Il est' vrai que l'auteur ne
s'assujettit pas à des règles bien axes pour ce qui concerne
les consonnes simples ou doubles ; mais dans ce cas-ci on peut
se âer à lui.
37. Tn cartallo in panario. — Cartallus (xipOaXXoç)
Deuter. 26, 2, se retrouve encore plus tard. En écrivant pana-
rium, qui est lui-^même un mot latin, l'auteur pensait au mot
pr. fr. panier, lequel se montre sous une forme toute romane
dans le Ms. Rz., qui est de la même époque : in cartallo
in paner de virgis (en un autre endroit : fiscellum ponaer
in modum navis) ; de même dans un manuscrit de Paris du
IX* siècle environ: cartallum est vas quod nos vocamus
paner, v. Germafiia VIII, 398, 397, 394. Nous voyons
donc le suffixe roman -^r (-ier) existant déjà à cette époque ;
cfr. plus bas 179 sorcerus.
38. Stercora femus, — Femus pour le lat. fimus est une
formation essentiellement romane , puisque î doit devenir e,
comme cela est aussi arrivé dans le pr. fems, catal. fem,
diphthongué en anc. fr . fiens ; l'ital. et esp. fimo est moins bien
assimilé. La glosse est bien venue.
39. Popllte (l.-tes) juncture janiculorum vel rell-
quorum membrorum. — La forme barbare janiculum
s'appuie peut-être sur un mot anc. fr. janoil pour genoil ou
genou, parce qu'après la palatale j les deux voyelles i ou e
dégénèrent facilement en a, comme p. ex. dans jabot pour
gïbot (?), dans jaloux pour gelouœ, dans le mot vieilli /amm^
pour gemme, jarle pour gerle (gerulus), j ayant pour géant.
— 23 —
dans les noms propres Jannes pour Gênes, Jarman pour Ger-
main, Roq.
41. Gtorule portatrids (1. ces) hajole. — Gerulae
porteuses ; portatHœ est maintenant cité comme mot latin dans
Forcellini (v. Quicherat, Add.), it. portatrice, en provençal
on aurait portairis. Bajola = pr. bailla, nourrice, de même
anc. fr. baille (traduit par obstetriœ dans le Gl .de Douai), et
it. baila, bdlia. La signification primitive «porteuse», que nous
rencontrons encore dans notre glosse, fut donc restreinte et ne
s'appliqua plus qu'aux personnes qui portent et soignent les
enfants, mais elle s'est conservée dans le verbe anc. fr. bailler
:= porter, apporter. Le masculin du pr. bailla est baile, anc.
fr. bail {RominaLt. bah, Leœ, rom.)= intendant, administrateur,
it. bailo, bdlio =: éducateur, tuteur. Papias embrasse tous les
mots de notre glosse lorsqu'il écrit : bajiUus portitor gerulics
nutritor. L'idée de porter et celle de soigner se rencontrent
p. ex. aussi dans xo[jL(Cetv (soigner, élever,) et xojjLiar^ç (celui qui
porte, apporte).
42, 158. Novaoula rasorium. — Le premier mot ne s'est
conservé que dans le domaine du sud-ouest, esp. navaja, port.
navalha, catal. navaja. Rasorium se trouve dans Alcuin;
superiores capitis partes rasorio renovamtcs; dans Papias:
novactila rasoriurn dicta quod novum faciat, et dans des
recueils de glosses beaucoup plus anciens. Le provençal^ qui
abrège presque toujours la désinence -ori en -or, dit : ra^or ;
plus littérale est la forme franc, rasoir, ainsi que Tital. rasojo.
L'espagnol ne connaît pas ce mot. Le glossaire alphabétique
contient une glosse étrange : scara « parva novacula ».
Scara n'est pas latin, scara^sahs est allemand et a la significa-
tion de novacula, mais non de parva novacula, et nous
venons de montrer que novacula n'est pas un mot français.
44. Ooreas hissas. — Hicsa est l'anc. fr. hose, heuse, pr.
osa, anc. h. allem. hosa, et paraît se rattacher à la forme de
l'ancien français house, d'où le français moderne houseauœ.
Osa est déjà cité par Isidore parmi les calceamenta, plus tard
p. ex. par Paul Diacre, 4, 23, qui attribue ce vêtement aux
Lombards. Quelle que soit l'origine de ce mot, l'A aspirée semble
indiquer avec assez de certitude qu'il a été emprunté à l'alle-
mand.
45. Sarcina bisatia, — fr. besace, de bisaccium, chez
Pétrone. Besaza a en espagnol un équivalent : biaza, en prov.
moderne biassa, Y s n'étant probablement pas tombée par
— 24 —
analogie arec via, chemin {Dict, étym. I. bisaccia), mais
peut-être par dissimilation, c'est-à-dire par euphonie.
46. Colliridam turtam. — Le premier mot est pris dans
Rois, IL 6, 19, et suppose le nominatif collirida au lieu de
collyris, îdis (xoXXupC^;) sorte de pâtisserie. Le Gloss* Rz.
présente une autre traduction : colliridas cibus quem nos
nébulam dicens (sic). Lelat. nebula pouvait désigner quel-
que chose de mince, p. ex. du fer-blanc mince, c'est ainsi qu'ii
désigne dans le latin moyen écrit en France un gâteau mince
DC; il s'est conservé avec la même signification dans quelques
patois, p. ex. dans le Hainaut : nieule = oubhes, v. dans
Hécart. Le Gloss, de Lille, p. 25 (Schel., 54) traduit collirida
par lesche de pain = tranche de pain. Turta = fr. tourte;
l'orthographe u au Heu de o se rencontre très-souvent dans les
plus anciens glossaires, surtout dans les gloss. latins-allemands.
Il existe aussi une forme masc. tortus; v. Glossae Trevirenses,
éd. HoflFm., p. 15, 17.
47. Laterum teularum. — Teularum est calqué sur le
pr. teula, de tegula, par syncope, forme qu'on peut supposer
sans hésiter, d'après le féminin fip. tuile, it. tegola, esp. teja,
quoique l'on ne trouve que le masculin teule = it. tegolo, esp.
tejo, lequel s'appuie peut-être sur tegulum.
49. Palate masse caricarum, quae de recentis
flunt. — Cette glosse est facile à corriger d'après St-Euchère
de Lyon, DC: palatae massae quae de recentibus ficis
compingi soient et graecum est (xaXiôy)). D'anciens glossaires
allemands donnent à palata simplement la signification de
figue {palatarum figono, Diut. II. 48). Ni palata ni carica
n'ont passé dans les langues romanes. La glosse est toute
latine.
50. Déficiente laœiscente. — Le mot interprétant, verbe
inchoatif, n'est ni latin ni roman. Mais rien n'empêche de
supposer un verbe provençal perdu laissezir, puisque cet
idiome abonde en formations inchoatives romanes. Ce verbe se
serait formé sur laœus, pr. lasc, de même que alegrezir,
brunezir, carzir, frevolzir, pavbrezir, velhezir, se sont
formés sur alegre, brun, car, frevol, paubre, velh, qui
aujourd'hui ont aussi disparu de la langue, c'est-à-dire ne se
retrouvent plus dans les patois populaires.
52. Trabem trastrum. — Trastrum, par syncope de
transtrum, se retrouve dans l'anc. fr. traite, qui a la même
signification (traverse).
f,
! ,
— 25 —
53. Abenas retinacula jumentorum. — Retinaculum
doit être le prov. régna, anc. fr. règne, fr. mod. rêne = it.
retina, du verbe retinere, les deux premiers idiomes ayant
adouci Vn en in {gn) .
56. Concidls taliavit; 64. excldetur talietur ; 23. seul-
pare intaliare, — pr. talhar, entalhar, etc. Ce mot est com-
mun à tous les idiomes, y compris le valaque, et se trouve
déjà dans les plus anciens documents, v. Dict Etym, h
taglia:
57. Sulci rige, — lat. moyen riga, rega, p. ex. riga
mneae, terrae: pr. rega, arrega, anc. fr. roie, fr. mod.
raie. Le g dans rige exprime une gutturale douce, v. plus
bas les remarques sur la phonétique. Il n'est guère permis de
faire venir ce mot de l'allem. riga, rîha (allem. mod. reihé)
^ rangée, file, explication qui se trouve dans Vassius, parce
que i long ne devient jamais e, fr. oi, ai. Pour ce qui concerne
la forme, le verbe lat. rigare serait satisfaisant, en supposant
que la première signification de riga ait été <( sillon tracé dans
l'eau, > signification que peut prendre sulcus. Mais rayer et
rayon s'appuient à la fois sur rigare et radius.
58. Toraz brunia. — Le deuxième mot se trouve souvent
dans les Leges Barbarorum, et s'est parfaitement conservé
dans le pr. brunha, bronha, anc. îr. brunie, br oigne; il n'a
pas pénétré dans les autres langues romanes; étym.: l'anc. h.
allem. brunja, cuirasse, qui traduit dans les glosses les mots
thorax, lorica.
59. Vem spidus ferreus. — Mieux vaudrait spiius, ortho-
graphe qu'on trouve souvent dans le latin moyen, de l'anc. h.
allem. spiz (allem. mod. spitz, pointe), p. ex.: veru spiz,
Gloss. Flor. éd. Ecc, p. 990^. A ce mot correspond l'anc. fr.
espoit, fr. mod. épois (plur.), esp. espeto; par contre le pr.
espieut semble remonter à l'allem. spioz (allem. mod. spiesz,
dague, pique).
60. Jecore ficato; 151. gecor ficatus. — V. sur ficatus,
pr. fetge, fr. foie, plus bas le commentaire des Glosses de
Cassel, n<* 52.
63. Discrimlnavit vittat^t^,— pris dans le passage discri-
minavit crinem capitis, Judith, 10, 3; on trouve dans des
glosses lat. allemandes: discriminare « sceitilân » (allem.
mod. soheiteln = feire la raie) Grafi" VL 440. Une chronique
écrite en Italie s'est permis d'employer vittare : matronae
vittis latis tempora et gênas cum mento vittabant, v. DC.
\V^
^^^m^^^imm^^^^^^^^fm^^^^^^^^mmm'mmmmm^mmfmmmmmm^ÊmÊmmKmmm&^imm^mammmmÊmammmÊmi^mtmm^S'm^^m^
- 26 -
Les cheveux des femmes étaient maintenus de diaque côté de la
tête au moyen d'épingles {acus discriminales), mais aussi
au moyen de rubans; voilà pourquoi Isidore, 11, 1, dit: sunt
proprie discriminalia, quibtis crines divisi religantur;
cfr. dans d'anciens glossaires allemands discriminale « undir-
bant, » Graff III. 137. C'est ainsi que vittare pouvait exprimer
le sens de discriminare . Mais les langues romanes ne semblent
posséder qu'un dérivé de l'adjectif lat. vittatus {capilli vittati,
Ovide), l'esp. vetado, pr. vetat = rayé, signification qui ne
répond pas tout à fait à celle de l'original latin.
65. Ventilabmm velectorium vel ventilatorium, —
Velectorium n'est pas latin et ne se trouve pas non plus dans
les idiomes romans. Ventilatorium peut être regardé comme
roman, vu que le verbe anc. fr. ventiller a la même significa-
tion que vanner : de même la glosse ventoirs « ventilabrum, »
Gloss. de Douai, s'appuie sur l'expression < venter du blé. »
66. Offendas ahattas. — Offendere est commun à toutes
les langues romanes, mais le prov. et anc. fr. o fendre signifie
généralement ofienser. On lit encore dans le Dict. de Nicot
(1573) : offendre son ennemi c'est Vendommager; le mot
avait donc besoin d être expliqué, il n'était pas compris par tout
le monde. Il paraît qu'il importait au glossateur de donner la
signification physique, qu'il exprima par un mot populaire,
abattre, quoique le sens de ce mot, qui se trouve déjà dans la
X. Salique {si quis hominem ingenuum de barco abbatv-
deHt)y rende assez mal celui de offendere (= heurter contre).
67. Nent filant. — Les verbes dont le radical forme une
syllabe ouverte, comme dans fle-^e, ne-re, re-ri, disparaissent
ordinairement dans les langues romanes et sont remplacés par
d'autres. — Nere = fila trahere, et ainsi on rattacha l'idée
^ filum, et on se mit à dire filare, comme on dériva en ancien
h. allemand fadamôn (filer) de fadam (aUem. mod. faden =
fil). Les trois mots se trouvent juxtaposés dans les Glossae Flo-
rent, 989* : neo filo fadimo. Le valaque choisit un autre moyen:
il tira de fila torquere son verbe toarce, dont il restreignit le
sens à « filer. »
69. Pallinm drappum. — = On sait qu'au commencement du
moyen âge pallium ne désignait pas seulement un vêtement,
mais aussi une étofie. C'est là un changement de signification
qui a eu lieu pour une série d'autres mots. Drappus est un mot
roman très-ancien qui remonte bien au delà de l'époque d'où
date notre glossaire; son origine est incertaine.
— 27 -
71. Exterminant discolorant (sic Ms.). — Le mot diseo^
lorare n'est pas latin, mais il est commun à toutes les langnas
romanes; néannpioins il n'est pas satislaisant ici à cause de sa
signification. Je propose donc de lire discolocant, car nous
avons en provençal descologar = éloigner, qui est aussi le
sens de eœterminare; il n'existe pas en ancien français déforme
découcher.
72. Clibaniis fwrrms vel muUle. — Clibanus signifie : 1^ un
vase dans lequel on cuit le pain ou des gâteaux ; 2^ four. La
deuxième signification, assez inexacte, est exprimée ici par /ur-
ntw, fr. four (dans le Gloss. de Lille 24^ par /bumaise)^
la première par mutile, s'il est permis de reconnaître dans ce
motTanc. fr. modle,RQq.,fr, mod. moule (modulits). D'après
la glosse 255, in caminum « in clibanum », ce dernier mot
aurait aussi existé dans l'idiome populaire ; mais il n'y a aucun
autre témoignage à l'appui de cette indication.
73. Si vis si voles. — Nous avons ici un petit spécimen de
conjugaison roipane, c^r vole^ m peut être autre chose que le
pr. et anc. fr. vols = tu veux, et suppose aussi un infinitif t?o/&r.
J'ai don^é d'autres exemples anciens de la nouvelle forme vol
pour vel dans mon JHct. Etym. 1. volere.
74. Paraliticos octuatv^ (ainsi écrit le Ms.), — peut^re
une déformation de hecticatv^, mot qu'on a le droit de supposer
d'après l'esp. entecado (paralytique).
75. Fletnr planctur. — Le roman ne savait que faire de
flere, pas plus que de nere (v. plus haut : 67 neni). L'italien
choisit, pour exprimer l'action de pleurer, de verser des larmes,
le verbe plangere, piagnere, le français plorare, pleurer, et
il ne paraît jamais avoir employé son verbe plaindre dans le
sens italien. Mais notre glosse fait présumer qu'il l'a ainsi employé
dans les premiers temps.
76. Goflnos banstas, — fr. banse, grande corbeille, cfr.
Dict. Etym. I. benna.
77. Solveris disligaveris ; 94. solotis disligatis. — La
première glosse doit se rapporter à Matth. 16, 19 : quodcum--
que ligaveris super terram, erit ligatum et in caelis, et
^ Quodcumqu£ solveris super terram, erit solutum et in cae^
'|||ÉM||^est très-connu dans le domaine français, même dans
sîgsqpcatipn impropre que lui donne notre glosse, p. ex. prov.:
qu*fin cel.j&t in terra pogues solver quascun de sos peccatz,
i/(iœ rom.iY. 254. Mais, dans cette phrase, ligare, appliqué à
la rémission des péchés, a appelé son contraire dis-ligare, qui
— 28 —
n'est pas usité en latin, et il fut d'usage de dire pour ce cas liar
e desliar, fr. lier et délier.
78. Oportanitate gaforium; 134. conpendinm gafo^
rium. — Nous avons ici un mot purement allemand, que ne connaît
aucune langue romane : anc. h. ail. gafôri, gafuori (neutre)
trad. ^diT commodum, compendium dans les glossaires; adj.
gafâri=opporiunus ; il manque en anc. saxon et en ang.-saxon.
Dans une charte provenant d'Aquilée, de l'an 1027, oh le trouve
en compagnie de fodrum : per fodrum aut per ullum gafo-
rium = fourrage ou un tribut quelconque (à livrer), et il y est
expUqué par eœactio, tributum haud debitum per vim et con-
tra jus surreptum, v. DC. édit. H.: c'est là un sens restreint
qui ne concorde pas avec le sens donné parinotre glosse.
80. Sindone linciolo; 40. sindones linciolos. — A cette
époque l'accentuation devait déjà être linciolo, et non linciolo,
qui ne pouvait pas nsdtre directement de lintéolum; pr. lensol,
fr. linceul.
82. Furent (furentur) involent, — dans Matth. 27, 64. Fur
rar, furer sont cités comme des verbes provençaux et ancien
français, mais le mot propre pour exprimer cette idée est invo-
lare, en roman : ernblar, embler. C'est ainsi qu'il sonnait pro-
bablement déjà à cette époque, comme semble l'indiquer la vieille
forme embulare de la L. Salique, imbolare dans les Form. de
Baluze II, dont le b ne saurait être justifié, si l'on n'avait pas
déjà prononcé emblar (sans w ni o). Le verbe invdlare de notre
glosse n'est donc autre chose qu'une forme emblar ramenée à
son type latin.
83. Gonqoirebant causabant, — Marc. I, 27 (variante :
conquirerent). Conquirere signifie ici « examiner ensemble,
discuter, (juÇY)T6tv. » C'est ce sens que doit aussi exprimer le mot
interprétant causare, malgré le lat. causari, qui signifie « pré-
texter » et aussi « porter plainte. » Si l'on consulte le domaine
de la langue française, on trouve : 1° causer = être la cause de,
avec lequel concorde l'esp. et port, causar; 2* causer = parler,
jaser, correspondant à l'allem. kosen (= causer, caresser), qui
montre cette signification déjà dans l'anc. h. allem. kôsôn. Il
faut encore ajouter : 3° ancien fr. choser, pr. cAaw^ar = accuser,
blâmer. Parmi ces trois verbes, le deuxième correBp^nâ au
verbe causare de notre glosse : car « discuter » et « causer » se
rencontrent dans la signification « tenir une conversation > et
« délibérer », mais le sens primitif est contenu dans nprt^
glosse.
r;,/;
T
— 29 —
84. ntres folli. — Uter est commun à toutes les langues
romanes : it. otrej esp. odrcj fr. outre^ pr. oire. Néanmoins le
glossateur le remplace par le mot foUh\ qui n'est pas usité dans
le domaine français ; mais comme il se trouve assez fréquemment
dans les autres langues romanes (it. /vlle^ dans les dialectes esp.
fuélle^ port, folle^ roum. /bW, val. foale = soufflet à vent),
on peut présumer qu'il était aussi connu dans le nord-ouest.
85. Remetietur r^men^ura&tY. — Parmi les verbeslatins qui
disparurent se trouve aussi metiri, auquel on essaya de substituer
mensurare (ne se trouve que d. Végèce, de re milU.). Le com-
posé remensurarej dont il existe un exemple dans le latin du
moy. âge, de Tan 1199. DC, ne se retrouve que dans le franc.
remesurer, qui n'est d'ailleurs pas admis par l'Académie.
86. Cervical capitale ; — cfr . dans Papias : pulvinar capi-
tale. Les mots romans issus de ce dernier mot, comme le pr.
captai, anc. fr. cheptal, esp. caudal, etc., n'ont pas ou n'ont
plus cette signification. Ceux qui ont cette signification, savoir
Tanc. fr. chevecel, esp. càbezal, it. capezzale, comme aussi
le franc, mod. chevet (= it. capetto), sont doués d'autres
suffixes.
87. Tectum ^o/an'um ; — pr.,anc. fr. wfo*er= plate-forme,
^nc. h. allm. solari, allm. mod. soller, avec la même signifi-
ci^tion.
,>88. Anindine ros; 117. arundoro^a; 121. arundo^ro^a
vel gerlosa; et dans legloss. alphabétique : calamus ros. — Le
provençal peut se vanter d'avoir conservé la forme toute gothique
raus; mais ici nous avons déjà un mot franc, ros, qui s'est con-
servé dans roseau. La deuxième des formes données, rosa,
pourrait s'appuyer sur l'anc. h. allm. râra (allm. mod, rohr, ro-
seau), mais cela n'est pas certain, caries désinences données dans
notre glossaire ne permettentpas de décider, et le roman n'a pas dû
adopter un mot qui se serait confondu avec le nom de fleur re^^a.
Quant au mot gerlosa, il est probable qu'il doit exprimer une si-
gnification accessoire de arundo; mais il serait difficile de dire
quelle est son origine. Il serait peut-être permis de penser à l'esp.
garlocha, lequel a peut-être aussi existé sous la forme garloza,
puisqu'il y a affinité entre ch et z dans cette langue. Garlocha
désigne un javelot muni d'un crochet au bout, de même arundo
désigne aussi la verge à laquelle est attachée la ligne du pêcheur.
~\t['K0^f<f>*^f^^^^ donner anmdk, on lit harwndk rare dans les Glouet
* fi^i-H^i^e^er, p. 180.
- #() —
Espérons qu'il se trouvera une explication plus satisfaisante.
90. Mntuum dare id estprestare ; 70. mntaB^Apresto^;
93. oommoda presta. — II 7 a des témoignages beaucoup plus
anciens pour praestare avec sa signification romane, que nous
avons ici-. Notre glossaire donne encore les substantife fenera-
tor^ mutuator (qui n'est ni latin ni roman), prestator 109 =
fr. prêteur, etc.
91 . Oratia merces. — La traduction de gratia (grâce = re-
connaissance) par mer<?ô5, pr. mer ce, fr. merci est une nou-
velle preuve que l'auteur est français ; car pour exprimer cette
idée, le mot propre est en italien grazia^ et de même en espagnol
gracia^ plus anciennement grado^ d'où les verbes ringraziare,
agradecer, opposés au fr. remercier.
9f% Sublatum subportatum ; 202. svLblB.tB»subportata. —
L'auteur regarde ici sublatum comme venant de l'infinitif su/^-
ferre, non de tôlier e^ d'où la signification correspondante au
franc* supporté. Au contraire l'auteur du Gloss. vetùs,Classici
auctores, tome VI, traduit sublatum, en partant de tollere,
par le mot roman alors très-usité tultum = soulevé, enlevé.
95. 'Peribet perportat, — dansi/i?. Joh. I, 15 : testimo-
niumperhibetdeipso; dans le gloss. alphabétique : peribe\
pêrportare ; provectus perportatus . Le provençal dit : jp
tar testimoni, le français : porter témoignage^ aucun idi
roman ne possède le mot lat. assez rare pêrportare ^:^ivi
porter, mais il est employé dans le latin moyen, p. ex. au tem^,
de Charlemagne, quoiqu'avec un sens qui n'est pas clair, v. DC.
éd. des Bénédict. Il est donc possible que ce mot ait existé en
ancien français.
96. Institis fasciolis vel nasculis. — ^ Fasciola, qui se
trouve en latin, s'est conservé en ital. et en espagnol : fascitu)la,
ftianiella, tandis que le provençal et l'anc. français ne semblent
connaître que le primitif /izma, faisse. NasciUis avec un c n'est
pas inadmissible, du moins rencontre-t-on le nomin. nascula
dans des glossaires postérieurs, v. Dief., Gloss. lat. germ. Mais
la forme nasrulis serait plus correcte; dans le latin moyen des
premiers siècles on a nomin. nastulus, nastola, nastale, it.
nastro (de l'allm, nestel = lacet, petite attache), wallon nâte;
ce dernier, ainsi que notre glosse, qui contient probablement le
plus ancien témoignage roman, nous permet d'affirmer l'existence
de ce mot en anc. français. •
97. Sudario fanonem, — anc. fr. /anow, avec la même signi-
fication, n'existe pas dans les autres idiomes; de l'anc. h. atUmi
••
— 34 —
fano^ ace. fanun^ lambeau d'étoffe; y^x^t sudarium, orarium^
on a en allemand Texpression spéciale oug-^femo as sorte de
moochoirpour s*essuyer les yeux (oug^ allm. mod. awgre^œil).
98. Snpersticiosos {Act. 17, 2) superfluos, etplusbasdans
notre glossaire : siiperstitioxL^ssuperfluitates. — Superstitio
vient de super s tes; entre ce dernier et super fluus il y a parenté
de signification. Isidore 8, 3, dit : « superstitio dicta e.o quod
» sit super flua aut superinstitut a observation etc. » Il pré-
sente aussi la signification « abondance, excès » dans les glossaires
allemands, p. ex. superstitio * ubermezzichi » (excès, cfr.
l'allm. mod. adj. ûbermàszig = qui dépasse la mesure), Hat*-
tem. I. 305, Graff II. 900, Glossae Selest. 352. De super-
fluus il existe une forme romanisée sobrefluôs, citée par le
Leœ. rom., comme si l'on a.yeii super fluosus^ correspondant
au dérivé continuôs de continuus. On trouve aussi en provençal
la forme superflu, qui ne s'est pas assimilée, et qu'il faut comp-
ter parmi les latinismes.
99. Artemon malus mastus navis, — pr. mast, fr. mât,
d'ailleurs aussi en port, masto, mastro, esp. mdstil. Malus
dans le sens de « mât > n'est pas roman. Mais artemo = (ipTé[Mi>v
__ « voile de perroquet » : le glossateur a donc commis ici
ilprise, qui ne semble pas se rencontrer dans les autres
'es.
^'^ Favum frata mellis; 147. fravum fratamellis^. —
deuxième glosse l'initiale fr de frata paraît avoir amené
dtiale pour le premier mot. Il est plus difficile d'inter-
prefer frata. Le français a : raie de miel (rayon de miel), cor-
respondant littéralement à l'anc. saxon rata, v. Dict. Btym. I.
raggio. Vf est-il tombé dans raie ou a-t-il été ajouté dans
fratai Car il n'est guère possible de séparer ces deux mots, d'au-
tant plus qu'ils ont encore ceci de commun, que le nom delama^
tière leur est ajouté à tous les deux : raie « de miel », frata
« mollis ». Il est possible qu'à côté du saxon râla il existât une
forme parallèle aspirée hrâta, parallélisme dont on trouve des
exemples autre part, et qu'ensuite l'initiale A soitdevenue /"dans la
forme romane de ce mot, comme cela doit avoir eu lieu pour quel-
ques mots français empruntés au norois, et surtout pour le mot lat.
moyen ad-framire (v. Grammaire rom. I. Lettres aHemaft"
des : HR.) Ëxiste-t-il encore d'autres témoignages pour la forme
frata ? Il ne faut pas oublier qu'on trouve dans le Diction^ de
rimes' provençales, 44*, un mot fatz, traduit par favus; mais
ce favus est probablement une faute pour fatuus^
— 32 —
101 . Tereo {lisez tero) tribulo. — Terere est un des nom-
breux verbes de la troisième conjugaison qui n*ont pas passé
dans les idiomes romans. Il est remplacé en partie par tribvlare
= pressurer, tourmenter, et plus tard aussi = écraser, battre
le blé (ainsi que terere) : it. tribolare, tribbiare, trebbiare,
pr. trebolar, treblar, anc. fr. tribler, etc.
102. JCutuare impruntare; 54. mutuoacceperamtm-
pruntaéum habeo. — Dans la deuxième glosse il£aut remarquer
le beau romanisme de habeo avec le participe passé passif, qu'on
trouve employé çà et là au vm® et auix® siècle. Impruntare e&i
peut-être le témoignage le plus ancien pour le fr. emprunter^
qui n'apparaît pas encore dans l'ancien provençal ; il est formé
par proclise de in-promutuum, l'accent s'étant déplacé en avant
dans le verbe impromutuare, et le u ayant été efiacé par la
flexion, comme dans batuere et la plupart des autres verbes de
ce genre. Ici aussi, il faut le remarquer, o est remplacé par u :
impruntare pour improntare. •
103. Luto fecis. — Nous avons ici le pr. fetz = lie, port.
feZj ce dernier plus usité au pluriel fezes (notre fecis pourrait
aussi être un pluriel, v. sur is pour es, Pott, surlaLoiSaligue,
p. 125), esp. hez, heces, it. feccia = lie, dépôt, boue. Mais
lutum appartient aussi au domaine du nord-ouest : pr. loty terre
glaise, anc. fr. aussi lot, Roq.
104. In oommutatione in concambiis. — Le mot concam-
bium, souvent employé dans des Lois, Ordonnances, Formules
juridiques, etc. , n'a laissé que peu de traces dans la langue popu-
laire : on ne rencontre ni forme pr, concambi, ni fr. conchange,
ni it. concambio. L'espagnol seul, mais non le portugais, s'est
approprié la forme concambio, empruntée au latin moyen. Dans
les autres langues il est remplacé par un autre composé : pr. es-
cambi, fr. échange, it. scambio.
105. Anxiaretur angustiaretur. — Le mot latin inusité se
trouve Psalm. 60, 3 : dum anxiaretur cor meum; dans Pa-
pias : anxior molestor; on le trouve d'ailleurs aussi dans
Apulée. De anodus, anxia se forma le subst. anc. fr. ainse, pr.
aissa = peur, mais on ne trouve pas les verbes ainser, aissar.
 leur place on a angoissar, sur lequel est formé le mot roman de
notreglosse. Le Psautier d'Oxford (xi® siècle), publié par M. Fr.
Michel, traduit ainsi ce passage : esteit anguissiez U miens cuers.
106. Pex lias. — Lias est un pluriel; pr. Ihia, fr. lie : notre
glosse prouve que ces formes sont très-anciennes. L'étymologie
est peut-être levare, v. IHct. Etym. I. lia.
— 33 —
107. CitMPlBLCtbu^ Vivendi; 256. Esoas cibos. — Ciblas a
persisté dans l'it. cibo et dans les formes mieux assimilées esp,
cebOj port, cevo {Ve y venant régulièrement de i) : il est d'au-
tant plus probable qu'il existait encore en France au viii' ou au
IX® siècle, où cependant, comme le montre notre glosse, le mot
viande existait à côté de lui ; ce dernier finit par le remplacer
entièrement. Un dérivé est le pr. civada = avoine (nourriture
pour les chevaux). Une autre glosse (217) donne pulmentum
4c cibum ». Pour le premier mot il y a quelques témoignages :
anc. fr. : et faite la matinée il fist aporteir lo polment,
S. Grégoire, d'après le latin facto autem mane fecit deferri
pulmentum, Roq, I. 373 ; pr. polmen Leœ, rom,; pulmen-
tum <ii piumens y> , Gloss. de Douai. Il est à présumer que
polm^nt, qu'il ne feut pas confondre RYec piment, était un mot
peu usité. t
108. CotamiK quaccola; 16. Cotnmlces qu^acoles; — pr.
calha, fr. caille. Une forme qui se rapproche plus de celle don-
née par notre glosse est le roum. quacra, néerlandais moyen
quakele, lat. moyen quaquila, quacara, etc. Ce mot se montre
sous un aspect tout roman dans un autre manuscrit du vin^ siè-
cle, provenant aussi de Reichenau, où il est dit : cotumices si-
miles avibus^ quas quidam quaylas vocant.
110. Pruina gelata, — se trouve aussi dans le gloss. alpha-
bétique; pr . gelada, fr . gelée. Le prov. jprwma dans VEluçidari
n'était probablement pas un mot populaire, et il manque aussi
dans les dialectes actuels du provençal ; le ir. bruine doit avoir
une autre origine. La traduction par gelata est donc suffisam-
ment justifiée.
112. Bucellas (buccellas) frusta^ panis . — L'anc. fr. fruste,
avec le sens de « restes », est donné par Roquefort. Le sens latin
a été exactement conservé par l'it. frusto.
113. Gymbalis cymblis : — anc. fr. cimble, cimbre, pr.
catal. dmboL Ici encore c'est la forme française que le glossa-
teur a eue en vue.
COMMENTAIRE DU GLOSSAIRE ALPHABÉTIQUE
114. Axis ascialis. — A ascialis correspond, pour la forme
comme pour le sens, le mot aissel. Livre des Rois p. 255, où
il est dit : sur quatre roes et aissels de araim ; mais le fr.
inod. essieu doit être rapporté au diminutif aœiculus.
GLOSSES 3
— 34 —
i ib. Aper salvatietis par eus, xx fir. porc sauvage,, sans dis-
tinetioB de sexe, ce qui est aussi la signification de aper. Pour
désigner le mâle on avait introduit le mot sanglier. Aper, au
c(M) traire^ n*a pas passé dans les langues romanes. A-t^il persisté
dans le sarde porcabru, ou bien ce mot contient-il le grec
Tuntpoq ? il est difficile de le décider. C*est la forme salvaiieu», que
connaît aussi la Leœ Baiwariorum, qui est surtout intéreassuate:
^e atteste la haute antiquité de a pour t à la syllabe radicale,
substitution qui se retrouve partout : ii. salvaggio k côté de
selvaggio, esp. salvage, pr. salvatge, fr. sauvage. Est-ce à
causer de la prédilection qu'ont les langues romanes pour la
voyelle a à la syllabe initiale atone? Ou bien laudrait-il y voir
uDje influence du mot saltt€sf La première hypothèse est plus
probaUe.
ii4ft Aurire (= haurire) scabare ; 141 . exaurire sco^oâre.
Scaxare, mieux que scaBare = 1^1, eœcavare, miner, exca-
ver, et c'est cette signification seule qu'on rencontre en roaian,
jamais la signif. « puiser > ; it. scavare^ esp. escavar, eœca'^
var, wallon haver (forme qu'on peut supposer d'après le dérivé
havêie, v. Grandgagnage) . De là les substantifs lat. moyen
scahtty scava, esp. escava, it. ^cai?o= fossé, rigole. La signi-
fication ^ excaver )► est aussi celle du verbe simple : it. cavare,
esp. pr. cavar, anc. fr. ehaver Garin I. 105 (existe aujour-
d'hui encore dans le Berry), chever^ Renart, 1. 276; cependant
le mot italien exprime aussi le sens donné par notre glôsse, p.
ex. dans l'expression cat?arat?gua= puiser de l'eau : peut-âxe
ce sens appartenait-il aussi autrefois à un verbe anc. fr.. eschfit-
vei^ qu'on peut supposer d'après notre glosse.
119. Arbusta arbriscellus , *-^ témoignage bienv^u pour
le ir. arbrHsseat^ tandis que Fit. arbuscello dérive de arbus-
cula. On peut rapprocher la glosse 155 lepuseuLus < lbfiscel-
Lus », où il faut probablement lire lepRiscellus = esf. liebre-
eillOj d'où l'on peut supposer un diminutif irançais levrisseau,
correspondant à arbrisseau.
120. Armilla baucus. — Il n'existe pas de forme prov. bauc ;
en anc. français il y a bou (fémin. L. Rois) = bracelet, del'anc.
h. âllm. boug, bouga:=^ armilla dans les plus anciens glossaires
anc. norois baugr. {Boug est le radical de l'allm. mod. biegen
= courber, prétérit : bog.)
122. Aldipem alaues. — Il n'est guère possible de tirer
quelque conduiûon précise da cette glosse, qui d'ailleurs u'est
pas bien lisible dans le ma. Elle rappelle cependant, vivement use
— 35 —
glosse tonte S6mblid>le dans le Recueil de Kéro, Hattemer, I.
142^ : adeps « alapi », sur laquelle Graff, 1. 234 ne donne
aucun éclaircissement.
123. Anchro serricellus. — Si Ton veut voir dans anchro une
faute d'orthographe pour awc?Aora, il est permis de présumer que
sericellus contient l'esp. sarcillOy prov. mod. sarcel (de sar-
culum) = hoyau, houe; car le hoyau ressemble beaucoup à une
ancrCé Le grec orpcupa du moins est susceptible de la signif.
4f crochet », et dans les anciens glossaires allemands ancora est
trad. par hake ou hacke (allm. mod. haken) = crochet. Or au
mot espagnol déjà cité sarcillo correspond littéralement l'anc. fr.
sarcel, auquel Roquefort attribue la signif. « aiguillon dont on
pique les bœufe. » Il y a cependant une objection à cette hypo-
thèse : c'est que ancora n*a dans aucune des langues romanes
le sens de s ar culum.
124. Aculeus aculionis; — pr. agulion, fr. aiguillon, de
acucula, et non de aculeus, que les idiomes romans ne recon-
naissent pas.
125. Absintio aioœino. — Le mot àbsinthium est parfai-
tement roman, car il s'est conformé aux lois de formation des
diverses langues : it, assenzio, esp. aœenjo,fv.absens, aissens
encens, anc. fr. p. ex. téssen ayant passé par aussen, de
même absince, encore dans Nicot, roum. issienz. Le catalan
fait exception : il appelle cette plante donsell, mot dont la
signification propre est « garçon » ; le valaque lui a donné un
nom slave : polin. Les Olosses florentines, Diut. II, 233, ont
pour désigner cette même plante le mot lat. alosantus =
ocX6(TavOoç (fleur de sel) , par lequel il faut probablement entendre
Idi artemisia maritima, pr. encens mari. Notre glossateur
donne comme synonyme de àbsinthium le mot alôœino, lequel
est aussi par&itement roman, quoique moins répandu, savoir
esp. alosna, port, losna, anc. fr. aloisne, alogne, fr. anc. et
mod. aluine. Dans un glossaire du ix"^ siècle, Hattemer, I,
277*, on trouvece mot sous la forme alanhsan, qu'il faudrait
probablement corriger en alahsnan. Mais la forme donnée par
notre glosse, aloœino (aloœinum), paraît être le plus ancien
exemple de ce mot dont Torigine est d'ailleurs obscure. Car
l'opinion émise dans Ducange, que la forme aloœinmm, qu'on
rencontre aussi, a pu facilement naître de alosanthium, est en
contradiction avec les règles de la phonétique. Si le mot aluine
se trouvait sans ce précurseur aloœinum, on n'hésiterait pas à
le faire dériver de aloe; mais la lettre œ, caractéristique du mot
— 36 —
latin moyen, parfaitement représentée dans cUoisne, rend cette
conjecture très-Klouteuse.
126. Area danea. — Area est un mot constamment employé
dans les chartes du moyen âge et très-usité dans tous les idiomes
romans. Mais aucun de ces idiomes ne connaît danea (c'est ainsi
qu'on lit distinctement dans le ms.), dans lequel il faut recon-
naître Tallem. mod. tenne^ anc. h. allem. tenni, denni, primi-
tivement danni (neutre), moyen h. allem. tenne (neutre et fém.)
= aire où l'on bat le blé. On ajoute encore un a à la désinence
pour donner au mot un aspect plus latin. L'une des glosses
bibliques du manuscrit donne area « dansi ou dansr > (51) ;
dans ces derniers mots M. Holtzmann reconnaît avec raison le
mot danea.
127. Bracis bragas; — pr. bragas, brayas, anc. fr.
braies ; \q àJàiit &&i ici exprimé parla forme commune du plu-
riel.
128. Gompellit anetset; 118. Angariaverunt com-
pullerunt anetsaverunt ; 30. Gogor anetsor. — Voilà trois
témoignages qui permettent d'afSrmer d'une manière certaine
l'existence d'un verbe anetsare, avec le sens de « pousser »,
presser, sens qu'avait aussi angariare au moyen âge. Ts sem-
ble indiquer un tz ou z allemand, ce qui fait penser à l'anc. h.
allm. dna^«n = excitare, instigare, impellere. Cette étymologie
suppose d'ailleurs que le a primitif de la syllabe dérivative s'est
affaibli en e, mais cela s'explique très-facilement, parce que les
Romans entendaient, pour l'impératif ànazi^ aussi les deux for-
mes assimilées dnizi et dnezi, v. Graff I. 339. Mais l'orthogra-
phe ts n'est certainement pas romane ; elle n'est qu'un rappro-
chement vers le type germanique et doit être remplacée par ss *.
Ce mot anessar est un de ceux auxquels les idiomes romans re-
noncèrent dès avant l'avènement de la littérature romane, où il
n'a du moins laissé aucune trace.
132. Gaseum formaticum; — pr. formatge, fr. fromage.
Formaticum est un mot lat. moyen qu'on trouve employé à
partir du viii* siècle. Papias le désigne comme un mot populaire:
caseits vulgo formaticum.
133. Grastro heribergo. — C'est co^^ro qu'il faut lire, dans
le sens de «camp militaire », sens auquel l'anc. îr. herbergevU^i
\. L*ortbographe is, soit dit en passant, confirme l*opinion de Grimm,
Grammairej II. 217, qui veut que t dans le suffixe dérivatif asan soit égal
à ts et non h sz.
— 87 —
pas renoncé, v. Dict. étym. I. àlbergo. Le mot interprétant se
présente d'ailleurs sous sa forme allemande, sans aucune altéra-
tion, et par une coïncidence probablement fortuite, au même cas
que le mot latin : au datif singul.
135. Gulmen spicus ; plus loin : culmen spicum, — Dans
le mot roman on ne peut voir autre chose que le pr. espic, fr.
épi. Les autres idiomes, à l'exception du valaque, qui dit spic^
se servent du féminin spica. Il est vrai que cette traduction de
culmen n'est pas exacte ; elle ne le serait guère plus, si Ton vour-
hit lire culmits.
136. Gementarii mationes; 55. caementariis macio-
nibus. — Macio=:tr, maçon, pr. massa, ne se trouve pas
dans les autres idiomes. Y. sur son origine probable Dict. étym.
II. c. maçon.
137. Grebro (c,-à-d. crihro ) crivoliLS . — La forme actuelle
de ce mot en français est crible, dans lequel l est venu rempla-
cer par dissimilation le deuxième r. La glosse nous apprend
qu'il existait, à une époque bien reculée, une forme avec b
adouci, comme dans diavle, diaule, peut-être criule en pro-
vençal, au lieu de crible, qui paraît avoir été introduit du fran-
çais. Une forme analogue nous est donnée, pour le dialecte de la
Flandre, par le Glossaire de Douai : crebrum (ici aussi '(? rem-
place i) crieule.
138. Gaix calcaneum. — De même calcanea fersna dans le
Gl. de Cassel. Le roman donna la préférence au second mot qui
est également latin, parce que le premier avait un sens double; delà
l'it. calcagno, de même l'anc. esp. calcano, esp. mod. calcanar
roum. calcoign. En français ce mot sonnerait chauchain, de la
même manière qu'on a eu chaucher de calcare : mais à sa place
on a talon, qui, dans les Glosses de Cassel, a encore le sens de
« osselet, cheville », pr., catal. talô, esp. talon, de talus, cfr.le
grec a(pup6v pour talus et pour calœ. Les deux mots sont aussi
traduits dans le Gloss. de Lille par talon, p. 7*> (Schel. 15).
139. Gulicet culcet. — L'auteur s'est laissé tromper par le
roman culcer, colcer, fr. mod. coucher, pr. colcar, et a em-
ployé le verbe lat. barbare culicare. Culcare pour collocare
se trouve aussi dans les manuscrits delà Loi Salique.
140. Denudare discoperire. — Discoperire est déforma-
tion romane, et commun à tous les idiomes, aussi au valaque :
descoperî. En d'autres endroits du ms. on trouve nudaverunt
« discoperuerunt » {discoperierunt ms.?), detegere dis-
cooperire.
— 38 —
142. Ebitatum (bebetatum) bulcatum. *-^ Ce dernier doit
s'appuyer sur un verbe btUlicare^ qui pouvait avoir le sens de
« émousser », de bulla s? tête de dou, d'où le franc, boulon =
gros clou avec grosse tête. Bullicare se trouve en effet en roman,
mais se rapporte à une autre signification de bvila : « bulle
d*eau », c'est l'it. bulicare = bouillir, s'agiter et produire des
bulles sous l'action de la chaleur, pr. bolegar^ qui a le même
sens que le fr. bouger, lequel dérive du même mot.
143. Ebumeis ivorgeis. — Le subst ebur* céda la place à
l'adj. ebureus, qui donna les subst. pr. evori, fr. ivoire (meLSc),
et l'it. avorio. Il n'existe pas d'adjectif dans les langues romanes
modernes : même l'italien dit d' avorio, car ebumeo n'appar^
tient qu'à la poésie. Mais d'après notre glosse il a dû exister dans
la plus ancienne phase de la langue française, à côté du subst.
ivoriy un adj. ivôrie, de même qu'on a aussi ôrie de aureus :
le g dans ivorge exprime simplement le ; palatal. Â la place de
cette forme ivorie le Psautier d* Oxford écrit ivorin, 44, 10,
de même qu'il écrit orin pour aureus 44, 15, ferrin pour fer-
reus 106, 16.
144. Eagi manducare. — Eagi — c'est ainsi qu'on lit
distinctement dans le ms. — n'a pas de sens. En tout cas l'ini-
tiale e'est protégée par son rang dans le glossaire alphabétique.
Peut-être jfaudrait-il lire eh âge manducare (allons manger !)
ou euge manducare,
145. Framea gladius bisacutus. — Cette dernière expres-
sion est déjà employée par Jérôme, qui traduit po\u^oLioL S(aTO|xoç
jpar gladius bisacutus (DC). En anc. franc, glaive, c.-à-d.
gladius désignait une lance, un épieu (de même que framea),
mais on ne disait pas glaive besaigu; par contre en anc. franc,
comme en franc, moderne besaiguë désigne une hache à deux
tranchants, it. bicciacuto.
146. Flasconem buticulam. — Fiasco, qu'on ne trouve
guère avant Grégoire le Grand, était regardé au moyen âge
comme un mot de bonne latinité; il est d'ailleurs aussi roman, p.
ex. anc. fr. flasche, flascon, fr. mod. flacon. La traduction
est donc superflue. Il paraît cependant que buticula, c.-à-d. le
pr. botelha, fr . bouteille, était plus populaire que le premier ;
du moins est-il beaucoup plus usité depuis Charlemagne.
148. Faretra teca sagittarum vel cùpra. — Theca
sagittarum est une périphrase latine, à laquelle ne correspond
aucune expression romane, comme p. ex. anc. fr. toie de seetes.
Mais cupra ne peut guère être autre chose quel'anc. fr. cuivre,
-^ 3d —
dont le V toutefois est ici remplacé par py parce que ouvra eût
été d'un aspect trop peu latin. Le v lui-même a été intercalé, car
l'étymologie du mot est l'anc. h. allm. kohhar (allm. mod.
kocker^ carquois), néerland. koker, d'où par adoucissement de
la gutturale en t les formes coire, cuire^ et enfin cui-v-re. Il
existe une forme latinisée de kohhar dans les Lois des Lombards
{Edict. Aistulfi, Vesme p. 167) : debeant habere scuto et
coccora, dans le CapitiU. de villis : cucurum (ace), formes
qui diffèrent très-sensiblement de notre cupra,
149, Galea helmus; — pr, elniy fr. heaume. C'est là pro-
bablement le plus ancien exemple de ce mot dans le latin moyen
étant en France.
150. Gleba Uicta. ^— M. Holtzmann se demande s'il ne faut
pas lire blistaf Pour moi, je crois bien lire blicta. En tout cas
le mot est roman. Ménage p. ex. connaît un synonyme blette,
appartenant à un patois, qu'il fait dériver à sa façon de gleba,
glebula, glebuletta, etc.; cette forme blette peut s'appuyer
aussi bien sur blicta que sur b lista. Dans la nouvelle édition de
Ducange, où d'ailleurs il n'est pas fait mention de Ménage, on
trouve bleste de terre, mais seulement à partir de l'an 1479 ;
on y cite aussi blestre et blaistre comme formes appartenant
au patois. La lettre s devant t peut n'être que l'effet d'une inter-
calation dans des documents aussi récents; mais dans notre
glosse, s'il fallait réellement lire blicta, Vs devrait être regardé
comme élément constitutif essentiel du mot. Pour l'étymologie de
blicta je me permets de proposer une hypothèse, mais pas plus
qu'une hypothèse : du grec PwXoç (motte de terre), que le latin
s'était approprié dans bôlus (bouchée), pouvait naître bolita ou
boletaei parla chute de Yo, bleta, blette, v. Gramm. romane
I. Voyelles latines : Observations, 9. L'intercalation d'un c
devant t n'est pas rare en latin moyen, surtout dans la désinence
U ou et : elle apparaît déjà dans l'ancien exemple virectum
pour viretum, dans Prudence ; cfr. aussi plus haut jacinctinas
pour iacinthinas, ou vendictionis pour venditionis, FormuL
Baluz. 8.
152. Grex pecunia ; — plus haut : armenta « major pecu-
nia ». Cette dernière expression, qui a été remplacée depuis par
argentum, ne s'est maintenue qu'avec peine en provençal.
Comme traduction de greœ c'est un terme de jurisprudence en
latin moyen, qui doit avoir appartenu pendant un certain temps
aussi à l'idiome populaire : car d'une part il se trouve dans les
Glosses de Ca^sel avec le sens de « pecus » , et d'autre part il y
— 40 —
a dans les langues romanes une tendance à attribuer à « bé-
tail », « troupeau » le sens de « avoir », « biens », « fortune »,
cfr. Dict. étym. II. b. ganado. On trouve un exemple de ce
mot dans St. Adalhard : boves et reliqitam pecuniam habeat.
153. Juger (= jugerum) jornalis. — Diurnalis qui fut
abrégé en jornalis, n'a jamais eu en latin ancien le sens, de
« mesure de terje », « arpent » ; ce n'est qu'au moyen âge qu'il
prit ce sens, qui était d'ailleurs plus exactement : « portion de
terrain qu'une paire de bœufs peut labourer en un jour ». On
peut en rapprocher l'allm. morgen, qui signifie 1® matin,
8® arpent de terre, primit. : portion de terrain qu'on peut labou-
rer en une matinée, anc. h. allm. morgan « jugerum, jumar-
lis », Graflfll. 854. Cette signification a été conservée par Tanc.
fr. jomalj et même par le fr. mod. journal, au moins dans
quelques provinces, où on l'emploie pour « arpent » ; de même
le pr. jornal « campus unius diei », Oramm. prov. p. 40.
(cette signification manque dans le Lexique rom.), et enfin
l'anc. esp. jornal.
154. Insultaret inganaret; 68. ad deludendum ad
deganandum ; 89. inluserunt deganaverunt — Insultare
est pris dans le sens de « railler », qu'expriment le pr. enga-
nar, anc. fr. enganer. DEganare, formé d'après BEcipere,
Tmludere, DEridere, n'existe ni en espagnol ni en italien, et
semble manquer aussi dans les anciens textes français. Cepen-
dant Ducange donne un verbe latin moyen degannare, et Roche-
gude cite un subst. provençal degan, avec la signif. « tromperie ».
Ces données assurent l'existence d'un verbe roman deganar.
156. Lena toœa lectorium. — Laena = sorte de manteau
doublé, est un mot connu. Mais dans les glossaires anc. h. alle-
mands il est aussi traduit par lahhan (allm. mod. laken, drap,
toile) ou par lînlahhan (= drap de lit; lin, allm. mod. lein =
lin), V. Graflf II. 156. Toœa a la même signif., d'où dans les
Sumerlaten la glosse toœa, lêna (allm. mod. lehne =
appui, dossier, parapet), dans Papias : stragulum vestis, quae
toœa dicitur. Sa signification est « couverture », et lectorum
(c'est ainsi qu'il faut lire pour lectorium) est son complément,
donc : « couverture de lit ». Dans le Gloss. de Reichenau Rz.
il se présente sous la forme tusca. Cfr. encore ce passage : stra-
menta lectorum, matta et cilicium, sagum vel toœa et capi-
tale (ix« siècle) DC. Mais il n'est pas possible de découvrir ce
mot en roman, où il sonnerait en prov. tueissa, en franc, tuisse.
Il est probablement identique avec l'anc. h. allm. zussa, qui
— 41 —
traduit, dans les recueils de glosses depuis le vm® siècle, les
mots latins lodix, laena, tussina, stragulum, v, Grafif V. 711 ;
tussina semble se retrouver dans l'angL ttLskin « a kind of
long coloured dot h », Hallivell. Les Glosses de Sélestadt,
XXX. 142, donnent tussa zttssa, L'étymologie de toœa n'est
donc pas encore trouvée ; car on ne peut pas penser au lat.
toga.
157. Minas manaces; i, minatur mana^ia^ — Manace
pour menace se rencontre souvent en anc. français ; on le
trouve déjà dans Sainte Eulalie (manatce) ; et dans le Psau-
tier d'Oxford 102, 9, le verbe manacer ; v. d'ailleurs Roque-
fort. Mais il ne paraît pas exister de forme prov. manassa pour
menassa.
159. Nutare cancellare, — Le mot que veut ici donner
l'auteur est le pr. chancelar^ fr. chanceler : sa signification de
« vouloir tomber » permettrait de le faire dériver de chance =
chute, it. cadenza, venant de cadere. Mais notre glosse montre
que cette dérivation n'est pas soutenable, parce qu'une syncope
aussi forte ne peut guère être admise à cette époque. Il est vrai
que la consonne d tombe facilement, mais dans la première phase
de la langue cette chute n'entraîne pas facilement la réduction
du mot à une syllabe de moins : rançon p. ex., a passé par
ra-ançon, c.-à-d. redemptio. Il se présente une autre étymo-
logie qui tient parfaitement compte de la forme : notre mot n'est
autre chose que le iat. cancellare = donner la forme d'un
treillis (de cancelli, barres, grillage) d'où l'it. cancellare avec
le même sens, mais ayant en outre la signif. de « chanceler ». Ces
significations ne paraissent pas se toucher^ mais il y a moyen
de les réunir. Car de même que les barres des grillages se croi-
sent, de même les jambes de celui qui chancelle vont en se croi-
sant, pour l'empêcher de tomber. Au moyen âge cancellare
brachia signifiait la même chose que brachia transversim
ponere. Ce qui est décisif, c'est que nous avons le même cas en
allemand. Du subst. allm. schranken < cancelli » viennent les
verbes schranken, verschrànken, signifiant, comme le tra-
duit M. Frisch, cancellatim ponere, surtout en parlant des
bras et des jambes. L'anc. h. allm. scrankan est traduit par
lapsare = chanceler; en moyen h. allemand on disait schran-'
ken unde wanken = chanceler et trébucher^ aujourd'hui
encore dans certains patois schrankelen = aller en chancelant.
160. Olfactoriola bismodis. — Le lat. olfactorium
désigne quelque chose d'odoriférant, p. ex. un bouquet de fleurs.
— 4Î —
JFohamies de Janua (ex glossis antiquis DC.) donne nn sens un
peu différent : olfactorium unguentarium muUebre in qtio
odoramenta gestantur. Le mot n'est pas roman ; il fallait donc
le traduire. Bismodis est expliqué par d'anciens glossaires aile*
mands, qui traduisent olfactorium à peu près de la même
manière, p. ex. par bisamo (ail. mod. bisam, musc, autrefois :
odeur), GrafflII. 218, on pissim-^az (flacon d'odeurs), Gloss.
Mons. (ix^ siècle), olfàctoriolum Avec m^e traduction alle-
mande. GL Emmeram. GrafflII. 730, cfr. Diefenbach 395*,
C'est le mot allemand bisam (odeur, puis : muse), d'origine
sémitique, mais qui n'est absolument pas roman. On trouve en
latin moyen ce passage : amx)mo, balsamo bisamoque^ etc.
DC. ; est-<;e une plume romane qui Ta rédigé ? Cela reste à
prouver. Les langues romanes conservèrent le mot miLScus,
lx<5axoç, qu'on trouve déjà dans Jérôme ; il est donc probable que
notre glossateur a emprunté sa forme bismodis à quelque glos-
saire allemand, où il avait trouvé la traduction bisamo ou
bismo : il en forma un pluriel en is (pour esi)^ en intercalant
toutefois un d. Quant au mot bisamvaz (vase contenant des
odeurs), il ne l'aurait probablement pas défiguré de la sorte.
161. Oves berbices; — pr. berbitz, fr. brebis, it. berbice
(inusité), sarde barvéghe, arvéghe, ayant la même signif. et le
même genre que ovis; mais le val. berbeace est masculin.
Aucune des langues romanes n'est restée fidèle à la forme ver^
vecD ; le lat. moyen a aussi verbeœ. Il faut rapprocher la glosse
10 : opilio custos ovlum vel berbicarius, nouveau dérivé
= fr. berger.
162. Onustus carcatus ; 48. onerati carcati. — Carri-
care, verbe latin moyen très-ancien (cfr. caricatiLS, GL
antiq., Class. auct. VII. 547, dis^aricare dans Fortunat),
présente dans les deux formes de notre glossaire un phénomène
particulier aux idiomes du groupe nord-ouest : la chute de la
voyelle dérivative i, qui a persisté dans l'it. caricare et dans
le port. carEgar ; pr. cargar, fr. charger.
163. Paliurus cardonis. — Paliurus = arbuste épineux,
est traduit dans les anciens glossaires allemands tantôt par
distil (aU. mod. distel, chardon), Graff V. 232, tantôt par
ageleia) (allm. mod. aglei = fr. ancolie) Biut, II. 276*.
A l'allm. distil correspond notre forme cardonis, fr. chardon ;
le lat. moyen disait déjà de bonne heure au génitif cardonis
pour cardinis, v. p. ex. Graff, Diut. 1. c; d'où les vers commé-
moratife : Cardo svbest foribus, si cardmis est genitivtis.
— M —
Cardo, cardonis, est herba nocwa colonie, Vooab* opti^
mus, p. 16*>.
164. Ptistula malis clavis. Le lat. davus dé«igne xme
petite excraissance ou tumeur sur la peau, p. ex. usa varice, un
eor au pied, etc. De même le franc, clou a aus3i le sens du lat.
furunculus ; mais on ne connaît pas le composé mauH)lou^ que
semble indiquer notre glosse.
165. Papilio travis ; 28. papilionis travis ; 7. tentoria
travis. — Ce qu'il faut remarquer ici, c'est que le mot papilio,
commun à toutes les langues romanes, est ici ^ndu par travis
3= trabeSj trabs, qui n'appartient qu'au domaine franco-pro-
vençal dans le sens de « tente », pr. trap^ fr. tref. On le trouve
inscrit dans Papias : tenda quxxe rustiob trabis (variante :
trabea didtur).
i&7, l?eBpedis. — Cette glosse de peu d'apparence ne manque
pas d'intérêt. Pedis doit être un nominatif roman ; car il n'est
pas permis de penser à un génitif latin, puisque notre glossaire
ne s'occupe pas de grammaire latine ; mais ce nominatif était en
anc. fr. pieds, ordinairement pieZy où Ys se trouve ajouté au
thème pied : le glossateur a intercalé un i dans ds pour rendre
la forme moins dure.
168. Pavimentum astrum; — anc. fr. astre, aistre, fr.
mod. âtre, n'existe pas en provençal, car il ne faut pas confon--
dre le pr. ais avec notre mot. Notre glosse est probablement le
plus ancien témoignage pour le mot français. On le fiait ordinal*-
rement dériver de atrium, que des glossaires postérieurs tra-
duisent, il est vrai, par aistre ou aitre : Y s serait alors inter-
calé. Cette intercalation est un phénomène connu^ mais il reste
à prouver par quelques exemples qu'elle remonte à une époque
aussi reculée. Ce n'est que devant le t qu'on la rencontre de
bonne heure dans la conjugaison.
169. Parrus corium sive brittoni, — C'est ainsi qu'écrit
le manuscrit. Parrus pourrait être partes = mésange, ou
parus « barbo » = barbeau, Olossae Trev. éd. Hoffm. p. 4,
13 : mais ces significations ne concordent pas avec corium.
Brittonni n'est pas moins obscur.
170. Polito limtario. — Pour limtario il faudrait peut-
être lire limtato, par syncope de limpidatOy car il semble qu'il
faut un participe. Limpidare appartient au latin de la déca-
dence et aussi à celui du moyen âge, p. ex. : levigatis « limpi--
datis », Gloss, Rz., Glossae Trevir., éd. Hoffm. p. 19, 5,
oblimat « Umpidat », Gloss. vet., Class. auct. VI. limpidi
— 44 —
lapides = politi lap. DG.; êsp. limpiar et aiindar. n serait
imprudent de supposer pour le mot limtario de notre glosse un
verbe itératif limitare de limare (limer, polir) ; car cette forme
itérative limitare se serait rencontrée avec le verbe limitare
venant de limes ^ et la langue évite ces formations homo-
nymes.
171. Ponderatus oneratus graviatus. — Les langues
romanes n'adoptèrent pas honerattiSy peut-être parce qu'il aurait
coïncidé avec honoratus. Par contre gravis (pr. greu) donna
les dérivés pr. greviar, greujar, agreujar^ anc. fr. a^fre-'
vier, agregier = alourdir, esp. agraviar, dans la formation
duquel il faut reconnaître Tinfluence de Yi dérivatif de gravis,
172. Pestilentia gladis. — Le mot gladis serait-il peut-
être le même que clades, qui signifie aussi « épidémie » ? L'ini-
tiale g au lieu de c se rencontre, quoique rarement. Il ne
faudrait toutefois pas perdre de vue que clades n'est pas roman,
et ne se trouve que comme latinisme en italien et en portugais.
Une autre interprétation serait : gladis = au pr. glai, frayeur,
anc. fr. glaive, terreur mortelle, ou aussi : massacre, venant
tous deux de gladius.
173. Quin unoni. — C'est ainsi qu'écrit le mauuscrit. Mais
il ne peut être question d'une particule romane unoni : il fau-
drait corriger quin imOy la finale m restant d'ailleurs douteuse.
174. Rita maceria incastraia. — Que veut dire ritai
Maceria est l'anc. fr. maisiere, mesiere; incastrare est
l'anc. fr. encastrer = emboîter, et aussi : encadrer. Qu'on com-
pare le passage suivant dans Ducange : une cuve de marbre
bien encastrée de fors maisieres, à l'article incastratdra.
175. Ruga fruncetura ; — catal. frunsidura^ sarde frun^
zidura, petite plissure, fr. fronsure « rugae^ striae », Nicot
(1573). C'est un témoignage très-ancien pour le verbe fr. fron-
cer^ pr. froncir,
177. Seneu piger, — Senex n'a pas passé dans les langues
romanes; car le pr. senéc, fem. senéca paraît être une déno-
mination nouvelle, effectuée avec le suffixe -ec. Par contre le
comparatif senior avec de nombreux rejetons est devenu un
mot de grande importance. Mais le mot interprétant, piger,
est-il roman ? Quelques ouvrages provençaux, en prose, emploient
un mot pigre, et il y a aussi des exemples pour un mot anc. fr.
pigre ; mais déjà sa forme toute latine, comparativement à noir,
de niger, montre que ce n'était pas un mot populaire, mais plutôt
un mot savant, donné par la tradition scolaire.
— 45 —
178. Suooenduiit sprendunt. — Le mot esprendre {eœ-
prehendere) n'appartient qu'au seul domaine franco-provençal,
et a le sens de « enflammer », p. ex. pr. la citUatz se n'espren
= est embrasée par les flammes ; anc. fr . amors qui tout mon
coeur esprent = enflamme, LeaAque roman,
179. Sortileus sorcerus. — Il faut remarquer dans le pre-^
mier mot la chute du g, sous Tinfluence romane. Sorcerus est
le fr. sorcier, mieux latinisé : sortiarius, fém. sortiaria^ ce
dernier dans un capitulaire de Charles le Chauve. De même
qu'on fit dériver sorcier de sors, on forma de sorticula le mot
sorticulaHus DC, de l'année 589, = pr. sortilhier. Un troi-
sième dérivé, avec la même signif., et l'anc. fr. sortisseor,
Dolopathos, p. 40, du verbe sortir (comme blanchisseur de
blanchir) ou d'un verbe anc. français sortisser, s'il existe ; v.
ce dernier dans Roquef., sans citation à l'appui, et cfr. sortis--
sare dans DC.
181. S^iToirûs saccus vel bvizia ; 61. OBjaiôile bultiola ;
43. sitarciis bultiolis. — Cassidilis « pera marsupium »,
Gloss. d'Isidore, cassidilis « pera pastoralis », Papias;
protulit de cassidili suo partem jecoris, Vulg, Tob. 8, 2 ;
c'est un mot d'origine incertaine. Sitarcia (ctTapx(a) = appro-
visionnement, endroit où l'on conserve les approvisionnements
de voyage, p. ex. : panis defecit in sitarciis nostriSy
L. Rois I. 9, 7. Les deux mots se rencontrent fréquemment
dans les anciens glossaires allemands, et sont ordinairement
traduits par malaha (valise), kiulla ou ta^ca (allm. mod.
tanche, poche). S accus est connu. L'autre mot vulgaire, Jw/-
zia, conduit à l'it. bolgia, anc. fr. bouge, de bulga, sac de
voyage, valise ; c'est dans notre glossaire le seul cas où la pala-
tale g, difficile à exprimer, soit figurée par z ou plutôt par zi^ à
moins qu'on ne suppose une faute d'orthographe, car ^ et ^ se
confondaient facilement. On trouve encore bulcia dans une
charte de 1295, DC. éd. Henschel. Un dérivé est bultiôla, qu'oa
ne trouve pas dans les lexiques romans, mais qui sonnerait en.
ital. bolgiuola, en prov. bolsola, en franc, bousseule ; on ne
trouve que les deux formes fr. bougettCy pr. bouget. Le Gloss.
de Lille traduit cassidile par pannetière, 26** (Schel. 56).
182. Saniore meliore plttssano ; -* ce dernier est un bel
exemple de comparatif roman ; on en rencontre aussi un dans le
Glossaire d'ivrée (Vesme, p. 220) : plus crudeliter ,i. plus
maie.
183. Singulariter solamente. — Les témoignages anciens
— 4« —
pour les adrerbes composés avec mente sont toujours bienvenus,
même lorsqu'ils ne remontent pas à une si haute antiifuité que
rexen»ple donné par la Loi Salique : in àUia mente s= ital.
edtramente.
184. Talpas mtdi qui terram fodunt. — Talpa est un
mot roman, mais le franc, mulot (grande souris des champs)
permet de supposer une forme dialectale mul, qu'on retrouve
dans le néerland. moly angl. miOle s= taupe.
185. Tedet anoget, — Le g dans anoget sonne comme
la gutturale la plus douœv c-àrd. le franc, y, ei de cette
manière nous avons littéralement Tanc. frang. anoier, fr. mod.
ennuyer, pr. enoiar. Il ne faudrait pas prendre Tinitiale a
pour le a phonique de la jEbrme française moderne (où le son de
&M- se rapproche de a), car ce développement phonique ne peut
gfière remonter s» haut ; il faudrait plutôt y voir Tinfluence de la
particule a, qui s'accuse aussi dans Fit. annojarey c'estp-àniire
que inoéiare (car ce mot vient de o^tum) dégénéra en modiare.
Cir. Dict, étym. I. noja.
186. Turibulum incensarium; — se trouve aussi dans
Papias : esp. incensario, it. incensiere, pr., anc. fr. encenr.
sier, enfin fr. mod. encensoir, comme aussi dans le latin de la
an du moyen âge incensorium.
187. Tedio tepiditas ; — ce dernier se trouve dans le latin
nooyen el dans quelques langues romanes ; it. tiepidità, relâche-
ment, mauvaise humeur, pr. tepeditat, dans Y Elue,; il n'est
guère probable que ce mot fût très-usité dans la langue popu-
laire; un mot plus usité était l'it. tiepidezza^ esp. tibieza^ pr.
tebezeza, tebeza. Dans un autre endroit du glossaire alphabÀ-
tique^ tepidit($s traduit aussi rancor.
189. Ttdm^T&^ittransoAamt ; 188. transfretavit ^ran^
alaret. *— Le gïossateur a voulu rendre le pr. trassalhir, fr.
tressaillir, atratquds il faut ajouter l'esp. transaUr. Peu impor-
tait à Tauteur la conjugaison ; il voulait simplement mettre en
relief^ que le verbe romain aii^i composé ne change pas la voyelle
radicale.
190. Tutamenta defendamenta. — - Tutamentum ne se
retrouve pas dans les idiomes romans ; et le verbe tutari, qui
leur est resté, a du moins^ changé de signification (Dict. étym,
I. tutê^re,). Mais defendimentum appartient à tous les idiomes :
pr. defendemen, anc fr. deffendement, etc., en franc, mo-
derne, il est remplacé par défense,
191. Toffii^iuiBi e(W€mna;^ ^ pr. cabana, fr. cabane;
- 417 —
d^ dasa Isidore capanna. Le v dans le mot de notre glosse
est plus conforme aux lois de la phonétique française que b.
192. Vespertilloaes calves sarices ; — cfr. vespertilio
« calva suricis », Oloss. Rz,\ fr. chauve-souris ; mais en
prov. rata penada , forme dialectale : rcUa volagi (Onofrio,
6I0SS. lyonnais, p. 368). VespertiUo n'appartient pas au
domaine franco-provençal.
194. Urguet adastet. — Le deuxième mot rappelle l'anc.
ir. aastir pour adastir = exciter, mais il y a lieu de supposer
que dans ce derni^ s est passé un phénomène assez fréquent,
savoir Tintercalation d'une s devant le-/, qu'on ne peut guère
supposer à l'époque ou fut composé notre glossaire, comme cela
a étt déjà remarqué plus haut (v. Diet. étym. II. c. aie). Un
mot qui satisfait h toutes les conditions, est Vanc. fr. haster
(Mter), à côté duquel il a pu exister un eonqposé ad-haster^
Or-haster, C'est un mot emprunté à l'allemand : nK>yen bas aU».
kasten = accelerare, anc. norois hasta. En provençal il n'a
p» se madntenir.
195. Umanus omnici. — ^ Il ne serait pas trop téméraire de
supposer un adjectif roman omnisc venant de homo, avec la
signif. de humanus, le valaque l'a en effet (omenesc) ; le pro-
vençal aussi a omenesc y omnescj il est vrai comme substantif
remplaçant le franc. Iwmmage, Mais si l'on examine de plus
près la désinence ^ci, il ne peut phis être question de onmese
(car i latin ne devient e qu'en position), même si l'on votidait
s'appuyer sur la forme omnés, qui est d'ailleurs postérieure.
Mais un dérivé coïncidant littéralement, comme p. ex. homini-
dus, serait trop extraordinaire, et on ne pourrait l'appuyer par
aucune citation. Ommei contiosFt donc probablement une faute
d'orthographe.
197* Vecors esdamatus. — II ne parait pas exister de
forme franç;. esdarné, mais Roquefort donne, sans aucune cita-
tion, adarlé et même adaurné « niais, étourdi >, de même
dame, daurne^ étourdi, fon^ ».
19â. Vectilm tiwabxm. — La forme correcte est vectis sa
levier, barre servant à portorv Tinalum est maladroitement
latinisé pour tinaiis ss pr. tinai, anc. fr. tinel = tinet, barre
pour porter les baquets de vendanges, de tine, lat. fina (carafe
à vin), Nicot donne à sa place tins, c.-à*d. tinet.
190* UBciBns havus; 34. uncinos havos. — On recon-*
nak dans, le mot roman le primitif de l'anc. fr. havet, avec la
même signif., lequelv. ainsi que le» verbe haver (tirer à soi)v est
— 48 —
d'origine allemande ; il se rattache k Aa&^n (avoir, tenir), mais
nullement à houe^ anc. h. allm. houwa (allm. mod. haue,
boyau, houe). Le provençal ne connaît pas ce mot.
COMMENTAIRE DES GLOSSES DE L'APPENDICE.
200. Profugus porro fugatus. — Profugus avait en efifet
besoin d'être expliqué : l'auteur aurait pu employer fugiiivvs,
pr, fuidiu, mais il préféra porro qui a donné le pr. por (v.
Gramm. romane JI : Adverbes de lieu), p. ex. dans les com-
posés ^or-ptïar, por4raire, por-^olar. Fugatus est probable^
ment une faute pour fkigittis^ car d'une part fugare est resté
étranger au domaine du nord-ouest, et de l'autre sa signification
serait moins satisfaisante.
201. Vagus vacuatus. — Yagus n'appartient pas au do-
maine du nord-ouest> car vague ne peut guère être ancien. Mais
vacuaJtus doit contenir une faute, car sa signification s'écarte
par trop de celle de vagus. Une ancienne traduction française
de la Bible l'exprime par wakeraunt (v. Roquef. s. v.), mot
qu'on trouve encore écrit wacrant, waucrant, walcrant, gual-
crant (inflnit. wacrer, etc.) ; mais il y a trop peu de ressem-
blance entre ces formes et vacuaius. La véritable explication
reste encore à trouver.
205. Semel una vice, — Nous avons ici le pr. una vetz,
fr . une fois, que les idiomes romans ne sont plus capables d'ex-
primer par un seul mot. C'est ainsi que quotiens est aussi traduit
par quoi vicibus (glosse 292) = pr. qûantas vetZy fr. combien
de fois.
206. Perg^te amimlate ; 247. seoessit ablit ambulavit;
265. inoedentes ambulantes. — Ces glosses méritent d'être
réunies, parce qu'elles nous montrent ambulare comme le re-
présentant latin (non pas comme l'étymologie) du verbe fr.
aller; car il exprime ici le sens général de « aller ». Rappro-
chons encore la glosse 285 abeam vadam^ pr. vaza, où le
verbe vadere remplace le présent de ambulare.
208. Infringerent in frangèrent. — La deuxième forme,
avec la voyelle radicale primitive, qui n'est pas latine, appar-
tient seule au domaine du nord-ouest, et se trouve aussi dans le
latin moyen comme terme de jurisprudence, surtout dans les fo]>-
mules anciennes : pr. effranher^ jamais effrEnher, anc. fr. en*
— 49 —
frAxndre, comme on écrivait encore au xvi® siècle et plus tard
au lieu de enfreindre j qu'on a voulu ramener à infringere;
it. infragnere,
209. Seorsum separatim, — Seorsum n'a pas passé dans
les langues romanes, quoiqu'elles possèdent deorsum^ retrorsum
et sursum : il aurait été difficile de le distinguer de ce dernier.
Elles se contentèrent d'un adverbe formé avec separare^ pr.
sebradamen, fr. séparément; l'auteur pensait peut-être à ces
formes lorsqu'il écrivit separatim.
211. Jus legem ; 240. jus leœ velpotestas. — Jus, malgré
son importance, subit le sort de beaucoup ie monosyllabes latins
qui ne sont pas augmentés d'une syllabe aux cas obliques : il
disparut. Cependant son homonyme jus = sauce, s'est main-
tenu, du moins au nord-ouest. Les mots italiens ^it^, giusjure,
jura^ giura (plur.) appartiennent à la langue des lettrés et non
à celle du peuple. Le vide laissé fut comblé par directum : l'ex-
pression directum facere, dans Marcuif, L 21, signifie exacte-
ment la même chose q^àQJus facere, La forme syncopée drio-
tum se rencontre aussi de bonne heure, pr. dreit, fr. droit. Ce
qui est droit fut donc aussi regardé comme juste, comme ce qui
est tordu fut regardé comme injuste, fr. tort. La même chose
eut lieu dans les langues germaniques : déjà le gothique traduit
5(>taioç par raihts; de même, dans les iS^men^*c?e842,^er dreit
répond à l'allm, mit rehtu {raihts et rehtu ont tous deux pour
première signif. « droit » = le contraire de « tordu » ). Mais notre
glossateur regarde comme synonymes au mot perdu jus deux
autres mots connus aux langues romanes : lex^ pr. leis (ainsi
dans d'autres glossaires, p. ex. d. le GL lombard: jure i. e.
legem) et potestas^ p. podestat, poestat, anc. fr. poesté =
pouvoir judiciaire, juridiction. Jus traduit dans des glossaires
allemands le mot gewalt (puissance).
216. Sexagenarius qui LX annos habet. — Cicéron n'eût
pu mieux s'exprimer que ne le fait ici le glossateur roman, fr.
qui a soixante ans. Le français sexagénaire est un latinisme
évident.
218. Galumpniam contentio. — Le pr. calonja, anc. fr.
chalonge, a dévié de la signification du mot latin, car il n'ex-
prime plus une accusation injuste, mais la contestation d'une
prétention peut-être injuste ; c'est pourquoi le glossateur choisit
contentio, pr. contensd, qui d'ailleurs ne rend pas mieux le
sens de calumnia.
221. Segetes messes; — pr. mes, esp. mies. Il ne semble
GLOSSfiS 4
— 50 —
pas avoir existé de forme correspondante meis^ mois ea anc.
français ; à sa place on rencontre de bonne heure moisson.
222. Reppererunt invenerunt: — Le verbe reperire a
disparu en roman ; d'après notre glosse, invenire aurait existé
pour disparaître aussi de très-bonne heure ; tous deux furent
remplacés par trovare ; mais il faut se rappeler que envenir
donne encore un signe dévie dans la Passion de Jésus-Ckrist:
non fud trovez ne envengud, str. 44. On aurait préféré ren-
contrer une forme comme trobaverunt, parce qu*il n'existe de
ce verbe aucun exemple remontant au commencement du moyen-
âge.
223. Reus culpcibilis. — Reits s'est conservé soit avec la
signif. de «coupable», soit avec celle de «méchant» dansl'it.
reo, rio, dans Tesp. reo, dans le val. rçw. En provençal aussi
on rencontre la forme reu, fém. rea, comme terme juridique. La
forme française serait rieu : à sa place le français emploie cou-
pable de culpabilisa mot lat. de la décadence (Apulée, Arnobe,
Tertull., Symmaque).
229. JLitus ripa, — Litus n'a été conservé que par la langue
italienne, qui est la plus riche en mots latins ; ripa est commun
à tous les idiomes romans, pr. riba, fr. rive, etc.
230. Submersi dimersi necata. — Ces verbes sont au par-
ticipe : principes ejus submersi sunt in mari rvbro. Exode
15, 4 ; il faut lire necati, Submergere existe en roman, p. ex.
pr. somergir et probablement aussi sumsir, v. Dict. Etym. IL
c. sumsir ; dans la glosse 259, demergatur submergatur, il
est même donné comme mot populaire. Pour dimergere on ne
trouve pour le domaine franco-provençal que demergar, dans
le Leœ, roman, mais l'ital. a dem^ergere. Notre glossateur ex-
plique submergere par necare, probablement parce que ce der-
nier était plus usité dans le parler populaire, pr. negar, fr.
noyer. Necare avait déjà au commencement du moyen-âge le
sens de «noyer », qu'il a dans notre glosse : la Leœ Burgun^-
dionum dit : Siquamuliermuriiumsuumdimiserit, necetur
in luto. Comment en vint-on à restreindre l'idée de « tuer » à
« noyer » ? Il ne faudrait pas conclure que c'était là la manière
ordinaire d'exécuter la peine de mort. Mais le latin ne pouvait
pas exprimer cette idée par un seul mot ; il lui fallait dire aqu^
necare, car submergere n'implique pas l'idée de mort. L'idiome
populaire se servit ici d'une ellipse : il supprima agwa et exprima
l'idée totale par le seul mot necare ; car il pouvait se passer de
ce dernier mot dans sa signification stricte, puisqu'il avait, pour
-- 54 —
le remplacer, d'autres mots à sa disposition, comme oeesr^, tuer.
Ces sortes d'ellipses ne sont pas rares : elles sont un des phéno-
mènes caractéristiques des langues romanes. Il faut encore rap-
procher une troisième glosse, 258, mergl svb aquam cadere,
qui indique que le verbe mergere n'appartient pas au parler
populaire; et en effet on ne le trouve pas ; de même l'iial. mergere
n'est pas un mot populaire.
231. Emunctorla forcipes. — S munctorium = mou"
chettes pour la chandelle, est un mot de la Vulgate, Forcipes a,
peut-être donné la forme abrégée fr . forces, comme princeps
donna prince ; cfr. cependant, dans les (r^o^^e^ de Cassel,\e
no 149.
232. Ora finis summitas. — Il n'y a qu'une chose à rappeler
à propos de cette glosse, c'est que ora n'est pas du nombre des
mots qui ont disparu dans les idiomes romans ; mais il apparaît
comme masculin dans l'anc. fr . et pr. or, d'où le diminutif égale-
ment masculin or le (bord), pour se distinguer de l'homonyme
féminin hora. V. Dict, Etym. I. orlo.
233. Mala punica mcUa granata. — La dernière expres-
sion seulement peut désigner la grenade en roman : it. mêla--
granata, melagrana, esp. simplement granada, de même fr.
grenade ; le provençal et l'ancien espagnol ont un autre com-
posé milgrana, qui se rapporte à la quantité de grains à l'inté-
rieur de ce fruit. On trouve déjà dans Isidore, 17, 7, 8, un com-
posé malogranaium, que ses commentateurs, il est vrai, regar-
dent comme incorrect.
235. Exterminabit eradicabit, — Le sens dé eœtermi^
nare en latin a été renforcé plus tard : on le fit coïncider avec
celui de exstirpare. Cependant les langues romanes emploient
plus souvent eradicare, mot qui se trouve chez les plus anciens
auteurs latins, d'où plus tard Tertullien dériva encore le subst.
eradicatio, pr. esraigar, araigar, fr. arracher. L'initiale a
poure, qu'ont aussi adoptée l'esp. arrae^'ar et le port, arreigar,
ne s'appuyant pas sur la préposition ad, doit être expliquée par
la prédilection bien connue des langues romanes pour cette
voyelle à la première syllabe du mot, lorsqu'elle n'a pas l'accent;
comparez le fr. amender pour émender, l'esp. anegar pour
enegar.
236. Crura tibia. — Crus n'a pas passé dans les langues
romanes. On ne trouve le prov. tibia qu'avec le sens de «flûte *,
et seulement dans VElucidari. Un mot populaire est le fr. tige,
qui avait d'ailleurs au moyen âge aussi le sens de crics (jambe),
— 52 —
puisque les Glosses de Cassel le traduisent par j9^'n(allm. mod.
bein^ jambe, os).
238. Pugione lancea. — II ne reste de pugio dans les
idiomes romans que les dérivés pugnale et poignard : dans ces
mots le déplacement de l'accent en avant a fait tomber Yo, de
manière que poignard passa par pugionard, comme p. ex.
bornage par baronage^ maisnée par maisonée. Daga paraît
avoir été introduit plus tard. Le glossateur traduit pugio par
lancea^ qu'on ne trouve nulle part avec le sens qui lui est
assigné ici, et [qu'il n'a guère pu avoir. Par contre le diminutif
lanceta désigne un petit instrument pour darder, semblable à la
pointe d'une lance, un petit poignard, et est en efifet aussi
employé avec cette dernière signification. Il paraîtrait que le
glossateur a supprimé le suffixe diminutif qui était par trop peu
latin, même au risque d'être mal compris.
239. Jugulate occidite, — Les idiomes modernes ont perdu
jugulare ainsi que jugulum ; ils ont conservé occidere : anc.
fr. occire (encore dans Nicot et plus tard), pr. aucir (où la pre-
mière syllabe ne s'est pas développée de la manière ordinaire),
anc. catal. auciure, it. uccidere^ manque en espagnol et en
port. Le parfait roman occisi a déjà trouvé sa place dans le plus
ancien latin-moyen, p. ex. occisit, occiserit, Edict, reg.
Longob. (v. là-dessus Pott. 166. 204), occisserit, L. Sol.,
occessissei, Form, de Mabillony 49, etc.
241. Peram sportellam. — Le lat. pera signifie «poche,
valise», sport ella « petite corbeille »; cette dernière signif. est
aussi celle de l'it. sportella ainsi que de l'esp. esportilla. Mais
Papias assigne aux deux mots le sens de « poche » : pera,
sportella <f^sacculus pastoralis, mantica », et le pr. espor-
tella signifie à la fois « corbeille » et «poche», car le passage
de^i;. Marc. 6, 8: non peram, non panent neque aes, est tra-
duit par : esportellas nipa ni moneda, v. Leœ. rom, Ul. 188.
Voilà donc encore un cas où le mot interprétant du glossaire
coïncide avec un mot roman qui n'est que du domaine fran-
çais.
242. Reveretur verecundatur, — Le provençal dit vergon-
nar, non pas vergonDar, c'est-à-dire qu'il dérive son verbe du
subst. vergonha = verecundia. Au verbe provençal corres-
pond un verbe fr. vergognier, qu'on trouve.encore dans Nicot
pour pudefacere, ainsi que le port, avergonhar. Mais notre
verbe verecundari, qui existe aussi en latin, se retrouve dans
un autre verbe anc. franc, vergonder, dont on trouve un
— 53 —
exemple dans le Psaut. d'Oœfdrd, 24, i : ne me vergunderaiy
traduisant le lat, non erubescam,
244. Genuit gêner avit, — Le mot interprétant appartient
à tous les idiomes romans : it. generare, anc. esp. generar,
port, gerar, pr. generare{dansVElucidari), anc.fr. gendrer,
Marie de France I. p. 272 ; cependant ingenerare finit par
être plus usité, sauf en portugais. D'ailleurs le verbe gignere,
donné par notre glosse, n'a pas entièrement disparu en roman,
mais il était moins usité ; on ne le rencontre qu'en anc. français,
où il n'est guère employé qu'au parfait : genuit {Fragment
d'Alexandre), habituellement : engenoïi^n^ewxii), partie, enge-
noiz^ Benoît I. p. 323 ; on ne connaît pas d'infinitif engenoïr
correspondant à ce participe.
245. Peperit infantem habuit. — Parère ne s'est bien
conservé que dans le domaine sud-ouest {parir). Le domaine
nord-ouest emploie à sa place la périphrase donnée par notre
glosse, qui se montre déjà dans la Loi Salique, où il est dit
d'une femme : postquam coeperit infantes habere. V. la dis-
sertation de M. Pott: Plattlateinisch und Romanisch, p. 346.
Un mot nouveau, créé pour remplacer parère, est le pr. en fan-
tar, fr. enfanter, it. infantare ; anc. fr. p. ex. : enfaunta un
fils = peperit filium, Roquef.
246. Pueros infantes. — Puer a dû être remplacé de
bonne heure par le mot plus euphonique infans, puisqu'on lit
déjà dans la L. Salique : duos infantes, unum qui habuit
IX annoSy alium qui habuit XI, cfr. Pott, à l'endroit déjà cité.
L'ancien français a adopté pour le nominatif la forme énfes, qui
manque au provençal, pour le cas régime enfant.
248. Nosse scire. — Le mot interprétant n'appartient
qu'aux idiomes sarde et valaque ; cependant les habitants des
autres pays romans n'avaient pas de diflScultè à le comprendre,
puisqu'ils avaient conservé dans leurs idiomes sciens et scien--
tia. Mais le mot usité dans le parler populaire, employé aussi
dans les Serments de 842, était sapere, dont la double signifi-
cation « savoir » et « goûter » a pu faire hésiter l'auteur à s'en
servir.
249. In abdito in absconso. — Absconditus avait été
remplacé dans le bas-latin par absconsus, d'oùlesubst. abscon-
sio dans la Vulgate. Dans le latin-moyen la forme avec 5 devint
générale. Papias^p. ex., dit : absconsum vel absconditum;
elle passa aussi dans les langues romanes : it. ascoso, nascoso,
pr. escost, rescos, anc. fr. escons. Une expression adverbiale
— 54 —
très-usitée est en provençal en rescos = in abdito, ital. di
nascosto.
250. Statim ilico mox. — Il y a peut-être dans illico une
allusion au synonyme pr. luec (de loco). Mais moœ serait alors
une addition superflue.
252. Ideo proptey'ea. — Les langues romanes ne cjonnais-
sent aucun mot qui ressemble à propterea, mais elles connais-
sent por-Aoc (v. rarticle suivant), dont propter-ea est la tra-
duction exacte.
253. Id hoc. — Id, trop faible pour se maintenir en roman,
puisque le d dut disparaître, fat remplacé par hoc, 'qui conserve
le son le plus plein dans la forme méridionale oc, mais se con-
dense aussi en o; dans les composés, comme jîor-oc (pour ^rop-
terea) il conserve ordinairement le c,
254. Optlmos meliores. — Nous avons ici dans meliores
le superlatif de la langue moderne, avec omission de l'article,
qui ne pouvait être employé dans ces glosses, parce que son re-
présentant latin ille aurait exprimé un autre sens. Existe-t-il
un témoignage plus ancien pour le superlatif melior? Cette
glosse est une nouvelle preuve que notre glossaire appartient au
domaine franco-provençal, en ce qu'elle ne reconnaît pas dans
optimus, it. ottimo, un mot populaire, mais qu'elle le traduit.
260. In foro in mercato, — Les idiomes romans n'ont pas
conservé à forum le sens de « place du marché » ; il ne signifie
en roman que « loi, taxe, prix, mode » (esp. fuero, pr. for, anc.
fr. feur), La première signification fut exprimée par le mot
mercatus : it. mercato, esp. mercado, pr. mercat, mais en
français, de très-bonne heure déjà, Ve est remplacé par a : mar-
ché. Cet a est encore attesté dans les plus anciens documents
haut-allemands par les formes mdrcat, marchât (Grafi'IL 852),
et de même on trouve dans des chartes mérovingiennes l'ortho-
graphe marcadus. Cet a n'a probablement sa raison d'être que
dans la tendance de la langue française à remplacer e ou i par
a dans la première syllabe du mot, lorsqu'elle est atone. Mais
notre glossateur fait toujours abstraction de la forme populaire,
et cherche à donner du latin pur.
261 . Res causa ; 62. rerum causarum ; dans le glossaire
alphabétique : salsuga (lisez : salsugo ) salsa causa, -^ Causa,
à la place de res ou de aliquid, se rencontre déjà dans les écrits
latins du commencement du moyen âge. V. entre autres Bignon,
sur Marculfi Formulae, 2, 1.
262. Egemus necesse habemus, — Je me bornerai à rap-
— 55 —
peler ici que le provençal avait à sa disposition l'expression
correspondante aver necieira (manquer de), où le deuxième mot
est formé avec necessariits, Leœ. rom. IV. 308.
264. Puslllum parvum. — Le dernier mot n'existe plus
qu'en espagnol et en portugais, mais dans le parler populaire ;
l'italien a, à la place du primitif, le dérivé parvolo^ pargolo,
etc. Mais il existait aussi en français, comme l'atteste le Frag^
ment d'Alexandre, v. 88 : Vuns Venseyned, beyn parv
niischin, de grec sermon et de latin. Il fut remplacé par
petit, qui apparaît de bonne heure, car quelle autre signification
pourrait avoir le nom d'esclave Petitus dans les FormuL Lin-
denbrog. 79? Cfr. Dict. étym. I. pito,
268. Repente subito; — pr. supte, sopte, adjectif et
adverbe, soptamen, anc. fr. sups? Roq., sudement, fr. mod.
subit, suintement.
269. S&vovespera; — pr. a/ vespre, de vespre, a ves-
pras, anc. fr. au vespre (encore dans Nicot).
270. Epulabatur manducabat, — Le deuxième mot a
donné le fr. manger, etc. Mais aussi le verbe démanger, étran-
ger au latin comme aux autres idiomes romans, se trouve déjà
dans un des plus anciens glossaires : conrodit demanducamt
delaceravit, Rz.
272. Cesls flagellatis ; -^^r. flagelar, anc. fr. flaeler,
n'existe plus en franc, moderne, car flageller est un mot savant,
emprunté à la langue liturgique, et ne se rapporte qu'à la fla-
gellation de Jésus-Christ et des saints. Déjà le Glossaire de
Douai ne traduit plus flagellare par flaeler, mais par batre,
quoiqu'il traduise flagellum par flaiaus = fléau. Mais le verbe
normand ^^^^r (secouer violemment, p. ex. les arbres fruitiers)
ramène à flaeler, et est un mot de bon aloi.
275. PuplUam nigrum in oeulo ; — pr. lo nègre de
Vuelh, Leœ. rom, IV, 310 ; lexpression française n'est pas
plus belle : jorune/fe de l'œil (déjà dans le Psautier d* Ox-
ford : purnele de oil). Le provençal la possède aussi. Pru-
nelle, diminutif de pruna, petite prune violette-foncée, ne sou-
tient pas la comparaison avec pupilla, petite poupée, ou avec
ses synonymes esp. nina, port, menina, prov. mod. petita,
fillette, désignant la petite image réfléchie dans l'œil.
276. Adeps caro pinguis. — Adeps n'est pas roman ;
notre glosse en donne une périphrase, dans laquelle, il est vrai,
le mot pinguis ne l'est pas non plus, ou du moins n'est pas fran-
çais, que je sache. Le mot qui remplaça adeps dans toutes
— 56 —
les langues romanes est l'adj. crasstis : il a presque partout
adouci sa gutturale, p. ex. fr. graisse, pr. graissa; cfr. Gloss.
antiq., Class. atict. VII. 574^ pinguis ^grassus^^, ce der-
nier est donc le mot le plus connu, puisqu'il interprète le pre-
mier. On tmuve encore la gutturale forte dans le Psautier
d! Oxford, 80, 15 : craisse = adeps.
277. Exurge leva. — Ce leva, sans pronom réfléchi, est
essentiellement roman : pr. leva sus! anc. fr. lieve sus! ital.
leva! leva su! V. Gramm. romane III. impartie, chap. VII:
Actif, réfléchi.
278. Statuo st are fado. — Les langues romanes ne con-
naissent pas statuo dans sa signification primitive et propre,
laquelle est très-bien exprimée par stare fado dans notre glosse;
dans récriture du ms. ces deux mots sont distinctement réunis
en un composé. On a les expressions correspondantes it. vi fo
stare, pr. fauc estar, etc.
281. Annuant cinnant. — Annuere disparut, et fut rem-
placé de très-bonne heure par un mot qui n'est pas latin : cin-
nare; car on lit déjà dans les Glosses de Philoœène : dnnus
veO[i.a; dans le Gloss. vêtus, Classic. auct. VI : nutu volun-
tate sive cinno vel aspectu; dans le Gloss. de Paris. Pb. :
nictare didmus nadnnum (nos cinnum?) facere. D'où le
pr. cennar, anc. fr. cener, acener, it. accennare, anc. esp.
acenar. Mais cette nouvelle acquisition disparut à son tour du
domaine français, pour faire place à l'expression combinée faire
signe.
282. Merldlem diem médium. — La langue italienne
seule, la fille la plus fidèle de Rome, a conservé meridies : elle
dit merigge, meriggia, meriggio^ ce dernier est masculin.
Les autres idiomes se servent d'un nouveau composé, employé
aussi par notre glossateur, qui a d'ailleurs aussi passé en italien,
pr. md-dia, fr. mi-di, etc. = grec i^éaiQ -^iiépa, [A£ffY)ii.6p{a. Mais
il y a une remarque particulière à faire ici à propos du genre de
ces mots. En anc. français il y a, à côté de mi-di, la forme tri-
syllabe plus usitée mienii, dont la première partie ne peut être
autre chose que le féminin média = pr. mieia, de même que
mi = pr. miei est le masc. médius, cfr. par^mi = lat. per
médium, en-ni = in medio. Faudrait-il voir ici une influence
du lat. dies, qui est aussi employé au féminin ? Mais dies est
partout masculin, excepté en valaque, même là où il se termine par
una, comme p. ex. dans l'esp., port ug., catal., prov. dia (masc.) ;
de même dans les Serments de 842 : d'ist di, ainsi que dans
— 57 —
l'adverbe toz-dis; dans l'ital. fém. merriggia le moidies ii*était
plus perceptible. Ne faut-il pas plutôt supposer une sorte d'assi-
milation à son opposé mi-nuit, en anc. fr. trisyllabe mie-nwtï?
Une pareille assimilation pouvait s'opérer d'autant plus facile-
ment que di avait disparu d'assez bonne heure comme mot
autonome en français, et que la langue n'avait plus conscience
de son genre. Peut-être que dans un autre cas encore le jour a
dû se régler sur la nuit. Le franc, jour est incontestablement un
masculin. Cependant on disait en ancien franc, toute jour, le
Psautier d* Oxford a constamment tute jurn, peut-être pas
une seule fois tut jurn. Ne faudrait-il pas y voir encore une
assimilation à tute nuit? En provençal il n'y a pas d'expression
tota jorn; cependant on lit dans Girart de Rossilho, au
V. 4904, l'expression franc, tote jorn, que M. Michel voudrait
corriger, mais qu'il faut maintenir à cause du vers. Il y a en
allemand un cas analogue ; le fém. nacht (nuit) devient mascu-
lin dans l'expression adverbiale génit. des nacht s (la nuit), par
analogie probablement avec le génitif masculin des tags (le jour) :
ici c'est la nuit qui a dû se régler sur le genre du jour.
283. Mortlficare mortuum facere. — Le verbe mortifia
care, appartenant au latin de l'Eglise, avait peu à peu passé de
la signif . « tuer » à celle de « mortifier, crucifier la chair » .
Pour revenir au sens propre, le glossateur se servit de la mau-
vaise périphrase mortuum facere. Peut-être l'a-t-il trouvée
dans le parler populaire, sans cela il lui eût été facile de mettre
à sa place morti dare. Il ne faut pas, bien entendu, confondre
avec notre expression le far morto de Dante dans le vers : che
l'anima col corpo mort a fanno. On pourrait plutôt rapprocher
la glosse 273 : vastabat desertum fadebat,
286. Amplius ulterius. — La publication d'un des plus
anciens textes, du Psautier d'Oxford, a montré que le mot
amplius n'était pas étranger du tout au domaine français. Car
on trouve dans ce Psautier souvent le synonyme ampleis, p. ex.
au ps. 50, 3 : ampleis levé (sic) mei de la meie iniquitet, tra-
duisant le lat. amplius lava me ah iniquitate mea. Il y a
entre ampleis et amplius littéralement le même rapport qu'entre
le pr. forceis et fortius, entre genceis et gentius, longeis et
longius : il faut donc rejeter l'étymologie ampliatius, donnée
par M. Littré ; car si l'on compare bellais debellatius,nualz de
nugalius, on voit bien que ampliatius aurait donné ampliàis^.
1. Gomment a-t-on pu exprimer la désinence latine ^uspar éU, en fai-
— 5S —
Mais si amplius est français, le mot interprétant rdteritLs
ne Test pas, car on ne trouve nulle part une forme corres-
pondante outreis. Il est cependant permis de présumer que le
mot amplius de notre glosse doit exprimer la même chose que
l'adverbe franc, outre ou en outre (it. innoltre), qui lui est
synonyme.
288. Gomplaceat placeat. — Le premier est très-usité
dans le latin-moyen écrit en France, p. ex. dans les anciennes
formules juridiques ; il correspond ici exactement au verbe simple
placere. Le français moderne emploie aussi complaire^ mais
dans un sens restreint, comme l'it. compiacere. On ne le trouve
pas dans les glossaires provençaux, mais on y trouve le subst.
complag := agrément, de complacitum agréable, dans Peire
Vidal, 25, 68 : temprat d*amor ab dous complag. Placere
avait donc, comme l'indique aussi notre glosse, la primauté au
nord-ouest.
289. Galamum pennam unde litteras scribuiit. —
Penna avec la signif. de « plume pour écrire » se trouve pour
la première fois dans Isidore 6, 14 : instrumenta scribae,
calamus et penna, sed calamus arboris est, penna avis.
Mais les langues romanes ne l'adoptèrent pas toutes : il n'a
passé qu'en italien, en portugais et en valaque, où il sonne
peanç. Les autres idiomes se décidèrent i^oxxr pluma, qui ne se
rattache pas si bien à l'idée, puisqu'il signifie «duvet»; ainsi
respagnol, se séparant ici du portugais, qui dit rarement /}^uma ;
ainsi le catalan, qui dit ploma; ainsi le roumanche (plimma),
et enfin le provençal et le français. Cependant il est hors de doute
que le français employait autrefois aussi penne ; il l'abandonna
probablement à cause de sa double signification, puisqu'il dési-
gnait aussi une étoffe floconneuse. Voici des textes à l'appui :
un fuel de parchemin detrenche, une panne prant et son
anche, si escrit, Dolopathos, p. 122 ; que penne ne puet
escrire, Roquefort. On trouve aussi dans un ancien lexique
latin-français : calamvcs « roseau ou penne à escrire », v.
sant avancer l'accent? Peut-être de la manière suivante : Vu devait tom-
ber, et J'on eut amples; mais comme les suffixes dérivatifs atones attirent
Taccent à eux en roman, amples devint amples, et par diphthongaison
ampléis, cfr. gencés à côté de gencéis. Il faut probablement aussi rappro-
cher de cet adverbe la forme anceis = antitis, de ante. L'idiome provençal
possède nemsde mmis, Lex. rom IV. 312, Mahn, n» 203, 5; 226, 6, 277, 7 :
il semble en avoir dérivé un comparatif nemés avec la signif. potius, v.
l'unique exemple au Lex. rom. y IV, 312.
— 59 —
Hist. littér, de la Fr. XXII. p. 29. C'est au français que les
Hollandais, Anglais et Scandinaves ont probablement emprunté
leur forme jpen. — Qu'on» remarque encore dans notre glosse
l'emploi de la particule unde comme instrumental ; comme en
ital. : la mano onde io scrivo, dans la L. Salique : digitum
unde sagitta trahitur, dans un glossaire des Class. auctores,
VII. 564 : nastalis unde mortuorum pollices ligantur,
291. 'BeïlBUtBB pugnantes . — Bellum, bellare n'ont pas
passé en roman ; on ne connaît qu'une forme prov. bellar (belar)
pour bella ferre» citée par le grammairien Hug. Faidit parmi les
verbes de la première conjugaison ; mais on ne la retrouve dans
aucun texte, et il est probable que le grammairien cité Ta sim-
plement déduit de re^ielar. Les deux mots furent remplacés par
guerra, guerreiar. Notre glossateur a traduit le verbe par
pugnare, parce que ce dernier est à la lois latin et roman.
Cependant sa signification s'est un peu altérée dans la suite en
provençal et en français, car punhar, ponhar, poigner signifie
« faire des efibrts, s'efforcer » {Fierabras, éd. Bekker, v. 1030
= travailler), sens qui n'est pas contraire à son étymologie. —
A un autre radical appartient le pr. ponhedor, anc. fr. puin-
neor, Ch. de Roland, = combattant, proprement celui qui
charge la lance en arrêt, depônher piquer, éperonner le cheval,
fr. poindre, lequel s'emploie aussi comme substantif pour expri-
mer la charge à la lance, moyen h. allm. poinder. En écrivant
en provençal aussi ponhkdor, avec a, on a naturellement pensé
à pugnator. De poindre vient encore l'anc. fr. poignets, du
même radical que le subst. poindre, mais qui n'a pas en pro-
vençal de forme correspondante ponhedis ; moyen h. allm.
puneiz.
293. Exacerbaverunt eœasperaverunt ; — fr. mod. exas-
pérer, en anc. franc, asproier et aasprir = it. asprire, exci-
ter, aigrir. Eœacerbare ne paraît pas avoir été usité en France;
Roquefort donne acerber.
295. Benignltate bonitate, — Le premier n'était pas un
mot populaire pour le glossateur ; il ne l'est pas non plus en pro-
vençal, quoique l'on trouve benignitat dans quelques écrits en
prose. Mais bonitas appartenait au parler populaire.
298. Da dona. — Cette glosse est importante pour nous, en
ce qu'elle montre que de bonne heure donare l'emporte sur son
synonyme dare : car elle se sert de l'un pour traduire l'autre.
Dans les Serments de 842 au contraire donare présente son
sens propre : il remplit la signification de l'anc, h. aUm. furge--
— 60 —
ban, c.-à-d. de « prêter ^ douer », anc. fr. pardoner, latin-
moyen perdonare (perdona rmhi sapientiam, anc. h. allm. :
forgip mir gawitzi, dans les Formules de M. Massmann,
p. 171). En provençal dar s'est, pendant un certain temps,
maintenu à côté de donar, mais les significations se confondent
déjà : donar s'emploie parfaitement pour dar, p. ex. : donatz
U a manjar = donnez-lui (à l'oiseau) à manger, Leœ. rom, III.
9 ; dar finit par disparaître. Il a cependant persisté en catalan,
mais il ne paraît pas être bien usité, puisque les lexiques du pays
traduisent l'esp. dar presque toujours par donar, V. sur l'em-
ploi de donare avec le même sens en lat.-moyen Pott, sur la
L. Salique, p. 156^ qui cite aussi la dissertation de Grimm sur
les deux verbes allemands schenken (faire présent de) et geben
(donner).
299. Adolescentia juventus. — Juventus a donné en
provençal, ainsi qu'en français, deux formes, l'une masculine,
l'autre féminine : pr. masc. joven^ fém. joventa, anc. jfr. masc.
jovent, fém. jovente, mais on ne rencontre guère la forme
foventut. En provençal moderne encore le masc. lou jouvent
correspond au fr. fém. jeunesse.
300. Odi in odio habui. — Pr. : lo munt a ceuz en odi,
Sermon^ éd. Hofimann. Cette expression in odio est, comme
on sait, l'étymologie du composé pr. en-oiy fr. enn'-uiy ainsi que
l'a reconnu notre glossateur. Nous avons rencontré plus haut,
gl. 185, le verbe qui en dérive, anoget, correspondant à un type
inodiat.
REMARQUES SUR LA PHONETIQUE DES MOTS INTERPRETANTS.
Plusieurs questions de phonétique ont déjà été traitées dans le
commentaire qui précède ; il me reste quelques remarques à
ajouter.
Il faut relever l'introduction de Yo correspondant déjà de bonne
heure au prov. aw, comme nous le voyons dans les mots non
latins ros = pr. raus, soma = sauma, sorus = saur. On
remarquera d'ailleurs que le plus ancien document français déjà
n'écrit plus causa, mais cosa, auquel correspond aussi l'anc. h.
allm. k6sa (cause, débat). Il va de soi que ces formes sont aussi
une des preuves qui montrent que la patrie de notre glossateur était
— 64 —
la France. Dans le seul mot bauctis la diphthongue allemande
au a persisté.
Une autre notation non moins remarquable est la voyelle u cor-
respondant au franc, ou ou o, comme dans /unîtes (four), culcet
(couche), turte (tourte), husas {J[iOws&i)^ fruncetura (fronsure),
spunte (spontané). Nous rencontrons donc, dans ce monument
aussi, le u anc. français venant de ô, ô, ou u latin, qui a pris
tant d'importance en normand, que j*ai traité dans ma Grawr-
maire rom, I. Voyelles françaises, ; d'autres exemples de
cet u ont aussi été donnés par Raynouard, Choix, I. 17, ainsi
que par Mone dans ses Messes, Dans le Vocab. de St Galles on
trouve geberusuSy eœamurs (ex amore).
Il y a chute de voyelles atones médianes dans les mots plane'-
iur, cy7nb*liSj cuVcet,
Au français ç correspond la notation ci ou tt, p. ex. dans rtn-
ciolo (linceul), macio (maçon), manatiat (menace), bisatia
(besace). U est probable que la prononciation était déjà alors
linçol, maçoUy manaçat, bisaça; car manatiat avec i pro-
noncé serait en contradiction avec le subst. menace (157), qui
est dépourvu d'i. Nous verrons d'ailleurs dans les Glosses de
Cassel, que i placé après le c remplissait la fonction de la cédille ;
V. les Remarques sur la phonétique de ces glosses.
La consonne g est employée d'une manière toute particulière.
J'ai émis, il y a déjà longtemps, l'opinion que lors du passage
du latin au roman, le g devant les voyelles i ou e n'a pas passé
immédiatement à la sifflante italienne ou française, mais qu'il a
existé, entre la moyenne latine ^ et ce son sifflant, un son gut-
tural plus doux, correspondant à l'allemand jod (au français y
dans des mots comme ayons, soyons) ou à dj. C'est ainsi qu'on
s'expliquera, dans des chartes italiennes du vm^ ou ix*' siècle,
l'orthographe yemYo5 pour genitos, jenere pour génère, ou
l'inverse : ageciencias pour adjecientias; dans des idiomes de
ce domaine où la prononciation est parfaitement établie : jelu
pour gelUy jentile pour gentile ; dans la langue littéraire :
ariento pour argento, v. Gramm. romane I. Consonnes
latines,' G. IL M. Pott relève dans les Lois des Lombards :
nonientos pour nongentos. Cette confusion de g ayecj se ren-
contre aussi dans le latin-moyen écrit en France : M. Mone relève
dans les Messes latines : magistatis pour majestatis, et l'in-
verse : injenium pour ingenium. On rencontre encore çà et là
ce g semi-voyelle dans les premières transcriptions de l'idiome
populaire : les Glosses de Cassel le donnent dans les formes cinge.
-- 62 —
intrangey la Cant. d'Evdalie dans pagienSy dont le gi répond
exactement à Vy français moderne, le Fragment de Valen-^
ciennes dans cilg = pr. cilh, la Passion J.-Chr, dans neger
pour neyer (negare), percogded pour percoyded. V. surtout
Grandgagnage, Mém. sur les anciens noms de lieu, Bruxelles
1855, p. 75, où Ton trouvera p. ex. Torthographe Mahange =
Jlf^Aa^m^ ^ Notre glossaire fournit d'autres preuves très-con-
cluantes pour ce g semi-voyelle : p. ex. dans abgetarii pour
aàjetarii et pour abietarii (gl. 30), dans anoget^ où le g
répond à un y anc. franc, (gl. 185), dans ivorgeis, qui paraît
rendre une forme perdue ivoreis (143), dans rige, anc. fr.reye,
raye (57), enfin, parmi les mots latins, dans gecor pour jecur
(60,151). Dans tous ces cas la lettre ^ a un tout autre son que la
sifflante franc, g; dans d'autres cas elle peut se confondre avec
cette dernière ; il n'y a du moins aucune raison pour supposer le
contraire. Lorsque ce ^r est précédé d'un l ou d'un n, il correspond
donc au prov. M, nh.
L'h dans les mots d'origine allemande, comme je Tai déjà fait
remarquer plus haut p. 15, est aspirée d'une manière sensible ;
c'est pourquoi cette consonne ne tombe jamais, sauf comme mé-
diane dans adastet pour adhastet, où l'aspiration a été étouffée
par la consonne précédente, comme dans les mots latin-moyen
Ans-elmus, Guil-^ebnus, Bbernirdus. Ces mots sont husaSy
heribergo, helmus, havus. Dans les mots latins Y h est traitée
comme un signe muet, elle tombe presque toujours, du moins au
commencement du mot : orrei, aurire, ebitatum^ abenas ; elle
ne persiste que dans habere et hoc.
L'adoucissement des consonnes / et n est simplement exprimé
par un i, conformément à Tétymologie, comme dans taiiare,
brunia : dans ce dernier d'ailleurs ïi palatal se trouvait déjà
dans le type anc. h. allm. h^nja (58).
1 . Ge rapport entre j et g rappelle un rapport analogue dans l'ancien
et le moyen haut- allemand, p. ex. dans friger pour frijer (allm. mod. fréter,
comparât, de frei, libre), dans meige pour meije (allm. mod. Mai, mois
de mai), dans ferge pour ferje (batelier, du môme radical que Tallm.
mod. fakren, vehor), etc. Cette substitution a été traitée par Grimm, I.
188, 435, et par M. Wackernagel dans le Journal de Haupt V. 323. Mais il
ne faudrait pas se laisser tromper par cette ressemblance. Bn allemand
il y a simplement deux gutturales qui se substituent Tune à Tautre ;
mais en roman c'est une palatale (car le g devante, i, a la valeur d'une
palatale) qui remplit la fonction d'une gutturale douce (j). La lettre y
aurait mieux atteint ce but, mais elle était trop inusitée.
— 63 —
Les initiales se, sp, st ne sont pas affectées d*un ^prothétique,
quoique cet e se rencontre fréquemment déjà dans des chartes mé-
rovingiennes : notre glossaire écrit scavare, spicus^ stulus etc.
De même, les glossaires plus anciens ne paraisseat se servir de
cette prothèse que rarement ; celui de Florence écrit une fois :
escarus genus piscis = lat. scarus, 988*.
Le w allemand n'est pas remplacé par la notation commune à
toutes les langues romanes gu : notre glossaire écrit wapces et
non guapces.
II.
LES GLOSSES DE CASSEL
Ce recueil de mots, aussi important pour la langue allemande
que pour les langues romanes, a été publié pour la première fois
en 1729 par Eckhart, dans ses Commentarii de rébus Frandae
orientalis, vol. I, p. 853 et ss. Des remarques explicatives sont
ajoutées au texte roman et ancien h. allemand. Le manuscrit qui
contient ce monument se trouvait autrefois dans un couvent de
Fulda et passa plus tard dans la bibliothèque de Cassel, qui le
possédait déjà du temps d'Eckhart. Le premier éditeur appelle
ce recueil avec raison un m. glossariolum romano-theotiscum,
Vocabula enim latina, dit-il, dialecto romana sive provin-
ciali, unde italicus deinde et gallicus sermo ortus est,
eœpressa sunt, » Ne croirait-on pas entendre Raynouard?
Comme ce dernier, Eckhart appelle la langue provençale la langue
romane par excellence, comme lui il en fait dériver les langues
italienne et française (il ne manque plus que l'espagnol). L'hy-
pothèse tant discutée de Raynouard n'était donc pas nouvelle :
nullum estjam dictum, quod non sit dictum prius. Il ne
restait qu'à la développer. Le texte donné par Eckhart contient,
il est vrai, de nombreuses incorrections, mais son commentaire
renferme, au point de vue matériel et critique, beaucoup de
bonnes observations, qui ont encore leur valeur aujourd'hui que
la science a fait de si grands progrès.
Pendant un siècle entier aucun savant n'eut l'idée de reprendre
le travail d'Eckhart. Enfin, en 1829, Graflf donna dans sa Diu-
tiska, vol. III, p. 211, des corrections au texte d'Eckhart ; et il
— 65 —
a naturellement toujours tenu compte de ce document en publiant
plus tard son grand Dictionnaire ancien haut-allemand. Ses
remarques contiennent toutefois encore de nombreuses erreurs.
Mais bientôt une période plus heureuse allait commencer pour
notre monument. En 1848 Wilhelm Grimm publia son travail
sur la Eœhortatio ad plebem christianam et en même temps
aussi les Glosses de Cassel ; c'est un écrit de 87 pages in-4°,
qu'il avait lu en 1845 et 1846 à l'Académie des Sciences de
Berlin. Une exactitude admirable caractérise ce consciencieux
travail : de nombreux passages du texte allemand ainsi que plu-
sieurs passages du texte roman y sont expliqués ; il est précédé
de recherches sur l'âge et l'origine des glosses, et sur leur rapport
avec l'histoire poUtique et littéraire. A la fin du livre se trouve
un appendice bienvenu : un fac-similé aussi fidèle que possible
des deux monuments littéraires, de Y Eœhortatio comme du
Glossaire y en tout neuf pages. Avant que cet écrit me fut connu,
j'avais déjà achevé un travail sur le Glossaire^ qui parut
dans le Journal de Haupt, VII (1849), p. 396-405. Dans un
post-scriptum j'avais eu occasion de tenir compte du travail de
Grimm. L'éminent critique continua à s'occuper du sujet, car en
1853 il lui consacra encore un article supplémentaire de quatre
pages dans les Annales de la même Académie ; il y était aussi
revenu en plusieurs endroits de deux dissertations intitulées
Altdeutsche Gesprœohe (Anciens dialogues allemands). Après
Grimm vint M. Holtzmann, qui discuta un certain nombre de
mots romans et allemands de notre glossaire dans un des appen-
dices à son ouvrage intitulé Celtes et Germains (1855), p. 171-
177. Il traite surtout la question de l'origine et du but de ces
glosses, et j'y reviendrai plus bas. De même M. Pott, dans sa
dissertation Plattlateinisch und Romanisch (Latin vulgaire et
roman), et M. Diefenbach, dans son Glossarium laiino-ger-
manicum, ont tenu compte de nos glosses en plus d'une occa-
sion. Enfin un nouveau texte établi avec soin d'après le fac-
similé de Grimm est donné dans la dernière édition du
Altdeutsches Lesebuch (Chrestomathie de l'a ne. allemand) de
W. Wackernagel (1861), p. 27.
Je vais donner à mon tour les glosses, d'après le fec-simile
de Grimm, auquel se rapportent les lettres majuscules à gauche
de la liste. Elles ne sont pas adaptées à un texte spécial, comme
les glosses bibliques du manuscrit de Reichenau, mais elles for-
ment un recueil de mots classés d'après les objets. Grimm les
divise avec raison en sept chapitres. I. Parties du corps humain,
GLOSSES 5
— 66 —
dehomoh umbilico, 1-61. II. Animaux domestiques, àepecu-
nia à pava, 62-90. III. La maison et ce qui s'y rattache, de
casu à scandula, 91-109. IV. Vêtements, de pannu à wanz^
110-118 (très-incomplet). V. Ustensiles de ménage, de wa^a à
inckus, 119-150. VI. Varia, de deapis à noila, 151-180.
VIL Phrases, de indica à bonas, 181-245. Ce septième et der-
nier chapitre forme une partie indépendante des autres, qui se
détache d'ailleurs d'une manière visible du glossaire proprement
dit par l'initiale majuscule de son premier mot. Ce qu'il y a de
remarquable dans cette dernière partie, c'est que le roman y est
remplacé par le latin, autant qu'il était possible à l'auteur de
récrire. On y remarquera encore que les Bavarois y sont loués
aux dépens des Romans ou Welches. Il est donc probable que
l'auteur de ce chapitre était un Bavarois.
(D. col. 4, 2) homo man.
caput haupit.
uerticem skeitila.
capilli fahs.
5 oculos augun.
(D. col. 3, 4) aures aorun.
nares nasa
dentés zendi
timporibus chinnapahhun.
hiufRlun.
(D. col. 5, 6) 40 facias uuangun.
mantun chinni.
maxillas chinnpein.
collo bals,
scapulas ahsla.
(E. col. 4, 2) 45 humérus ahsla.
tondit skirit.
tundi meo capilli skir min fahs.
radi me meo coUi skir minan hais,
radi meo parba skir minan part.
20 radices uurzun.
labia lefsa.
palpebre prauua.
inter scapulas untar hartinum.
dorsum hrucki.
25 un osti spinale ein hruckîpeini.
renés lenti.
— 67 —
coxa deoh.
os maior daz maera pein deohes.
innuolu chniu.
30 libiapein.
calamel uuidarpeini.
talauun anchlao.
(E. col. 3, 4) calcanea fersna.
pedes foozi.
35 ordigas zaehun.
uncla nagal.
membras lidi.
pectus prust.
brachia arm.
40 manus bant.
palma prêta.
digîti flngra.
polix dumo.
index zeigari.
45 médius mittarosto.
medicus laahhi.
articulata altee.
minimus minnisto.
putel darm.
50 putelli darma.
(F. col. i , 2) lumbulum lentiprato.
flgido lepara.
pulmone lunganne.
intrange indinta.
55 stomachus mago.
latera sitte.
costis rippi.
unctura smero.
cinge curti.
60 lumbus napulo.
umbilico napulo.
pecunia fibu.
cauallus hros.
equm hengist.
65 iumenta marhe.
equa marhe.
puledro folo.
puledra fulihba.
animalia hrindir.
(F. col. 4, 4) 70 boues ohsua.
— 68 —
vaccas choi.
armentas hrîndir.
pecora skaaf .
pirpici widari.
75 fîdelli chalpir.
ouiclas auui.
agnelli lempir.
porciu suuinir.
ferrât paerfarh.
80 troia suu.
scruuasuu.
purcelli farhir.
aucas cansL
auciun caensincli.
85 puUi honir.
pulcins honchli.
callus hano.
galina hanin.
(G. col. i , 2) pao phao.
90 pauaphain.
casu hus.
domo cadam.
mansione selidun.
thalamus chamara.
95 stupa stupa.
bisJe phesal.
keminada cheminata.
furn ofan.
caminus ofan.
400 furnax furnache.
segradas sagarari.
stabulu stal.
pridias uuanti.
esilos pretir.
405 mediran cimpar.
pis flrst.
trapes capretta.
capriuns rafuun.
scandula skintala.
440 pannu lahhan.
tunica seia tunihha.
(G. col. 3, 4) camisa pheit.
pragas pr6h.
deurus deohproh.
— 69 —
445 fasselas fanun.
uuindicas uuintinga.
mufilas hantscoh.
uuans irhiner.
uuasa uuahsir.
dolea
420 cauaputin.
idrias
tunne choffa.
carica
licinne choffa fodarmaziu.
sisireol stanta.
cauuella potega.
4 25 gerala tina zuuipar.
siccla einpar.
sicleola
sedella ampri.
sestar sehtari.
calice stechal.
430 hanap hnapf.
cuppa chupf.
caldaru chezil.
caldarora chezi..
cramailas hahla.
(G. col. 5) 4 35 implenus est fol ist.
palas scufla.
sappas hauua.
saccuras achus.
manneiras parta.
440 siciles sihhila.
falceas segansa.
taradros napugaera.
scalpros scraotisran.
planas paumscapo.
445 lionesseh.
fomeras uuganso.
martel hamar.
(H.) mallei slaga hamar.
et forcipa anti zanga.
450 et inchus anti anapaoz.
deapis picherir.
siluuarias foUiu.
-flasca.
puticla.
— 70 —
mandacaril moos.
455 ua cane.
fac iterum to auar.
citius sniumo.
uiuaziu iili.
argudu skeero.
\ 60 moi mutti.
quanta moi in manage mutte.
sim halp.
aia tutti uuela aile.
uestid gauuati.
465 laniu uestid uuJlinaz.
lini uestid lininaz.
tramolol sapan.
uellus uuillus.
punxisti stahhi.
470 punge stih.
campa hamma.
ponderosus haolohter.
albios oculus staraplinler.
gyppus hovarohter.
475 et lippus prebanprauuer.
claudus lamer.
mutus tumper.
tinas zuuipar.
situlas einpar.
480 guluium noila.
Indica mih sage mir.
quomodo uueo.
nomen habet namun habet.
homo iste deser man.
485 unde estu uuanna pistdu.
quis estu uuer pistdu.
unde uenis uuanna quimis.
de quale patria fona uuelihera lantskeffl.
pergite sindos.
490 transiui foor.
transierunt forun.
transiunt farant.
uenîstis quamut.
uenimus quamum.
495 ubi fuistis uuar uuarut,
quid quîsistis uuaz sohtut.
quesiuimus sohtum.
— 7^ —
quod nobis daz uns.
necesse fuit durft uuas.
200 quid fuit uuaz uuarun.
nécessitas durfti.
multum manage.
nécessitas est durft ist.
nobis uns.
205 tuadina.
(J.) gratta huldi.
habere za bapenne. C^àk^^
intellexisti firnimis.
non ego niih firnimu.
24 ego intellego ih firnimu.
intellexistis flrnamut.
intellexistis firnemames:
mandasti caputi.
mandaui capaot.
245 etego ib auar.
remanda capiutu.
tu manda du capiut.
et ego facio anti ib tom.
quare non uuanta ni.
220 facis tois.
sicp sic potest so mac.
fleri wesan.
sapiens bomo spaber man.
stultus toler.
225 stulti sunt tôle sint.
romani uualba.
sapienti sunt spabe sint.
paioari peigira.
modica est iuzic ist.
230 sapienti spabe.
in romana in uualbum.
plus habent mera bapent.
stultiUa tolabeiti.
quam sapientia denne spabi.
235 uolo uuille.
uoluerunt uueltun.
uoluisti uueltos.
cogita bogazi.
detemetipsum pi dib selpan.
240 ego cogitaui ib hogazta.
semper simplun.
— 72 —
de me ipsum fona mir selpemo.
bonum est cot ist.
malas upile.
245 bonas cotiu.
Grimm donne des renseignements détaillés sur le manuscrit.
Outre notre glossaire, il contient aussi le monument ancien haut-
allemand connu so^sle nom de Eœhortatio ad plebem chrisHa-
nanij auquel notre glossaire fait suite sur la même page, quoique
son contenu ne s'y rapporte en aucune manière. Û Eœhortatio
est écrite d'une autre main, mais probablement à la même épo-
que. Pour les glosses il faut distinguer deux scribes. L'un a écrit
la première et majeure partie jusqu'à martel hamar 147;
cette partie est écrite par colonnes. Les deux dernières feuilles
à partir de mallei slaga 148, sont l'œuvre du deuxième scribe :
il n'écrit pas sur colonnes ; les mots, juxtaposés sur des lignes
continues, sont séparés par des points. Partout ce sont les mots
latins qui précèdent, les mots allemands en sont comme la tra-
duction.
Quant à l'âge du manuscrit, Eckhart veut qu'il appartienne
au VII* siècle. C'est aussi l'opinion de GrafiF {Gr. Dict. I.
p. xxxvra). Suivant Grimm il remonte au viif et peut-être
même au vn® siècle {Altdeutsche Gesprceche, I. 8) ^ En somme
il est passablement correct, le texte allemand est meilleur que le
texte roman. Pour nous en tenir à la partie romane, dont nous
devons nous occuper particulièrement ici, je commencerai par dire
qu'il s'y trouve des mots qui n'existent ni en latin ni dans aucun
des idiomes romans : ils appartiennent naturellement au domaine
de la critique conjecturale. Exemples : osti, innuolUy talauun,
ordigaSy segradas, ticinne, sisireol, caldarora, deapis,
mandacarily tramolol, albios oculus. Le manuscrit ne me
paraît pas être un travail original : car il se contredit trop sou-
vent, et il contient trop peu de corrections. Ajoutez à cela
que si l'on se range à l'opinion de Grimm, dont il sera
1. Si dans cet écrit j*ai placé les Glosses de Cassel après celles de Bei-
chenau, je n'ai pas été guidé par l'âge relatif des deux monuments, sur
lequel je ne me prononcerai pas, mais par la considération de l'histoire
interne de la glossographie, parce que le système adopté par les Gl. de
Reichenau (v. Int au GL de Reich, p. 3} paraît remonter plus haut que
celui de la traduction.
— 73 —
question plus bas, le manuscrit devrait présenter deux écritures
distinctes, de deux scribes différents. Tune pour le texte roman,
l'autre pour le texte allemand. En outre il est .peu probable (jue
l'auteur ait eu l'idée de réunir à un écrit théologique, comme
YEœhortatio, un opuscule d'un usage journalier, de manière
qu'on ne pût pas les séparer : cela se conçoit plutôt de la part
d'un copiste. Mais à quelle époque appartient l'original, re-
monte-t-il même au vif siècle ? C'est ce qu'il n'est pas possible
d'établir d'une manière précisé. Grimm en fait remonter la
rédaction aussi haut que possible. Pour prouver son assertion il
se sert du Vocabularius S. Galli. Il prétend que ce dernier a été
compilé au moyen de plusieurs autres glossaires, et qu'il aurait
utilisé entre autres le premier chapitre du nôtre, qui traite du
corps humain. Il cherche à établir son opinion par une argumen-
tation très-détaillée, p. 20. Graff veut que ce vocabulaire soit du
VII® siècle, et M. Wackerna^el, dans la deuxième édition de son
Lesebuch (1839), lui assigne la même place. Or, suivant Grimm,
les formes allemandes de ce document sont évidemment plus
récentes que celles du Glossaire de Cassel : des deux scribes
qui ont écrit ce dernier, le premier, à en juger d'après la langue,
a puisé à une source plus ancienne, peut-être encore du vn® siècle,
l'autre scribe trahit déjà les formes du vin®, p. 17. Quant à
ce qui concerne la partie romane, il dit qu'il faut y reconnaître
la langue qui était parlée par les Romans (Welches) au vn® siècle,
lorsqu'elle était encore en voie de transformation et n'était pas
bien dégagée du latin ; suivant lui les formes de notre glossaire
offrent des hésitations perpétuelles, p. 23.
D'après cette hypothèse nous posséderions dans le textç roman
un spécimen linguistique sans égal, un monument qui nous per-
mettrait de toucher du doigt le passage d'une langue d'une
période à une autre, c'est-à-dire le passage de l'ancien idiome
latin à un des nouveaux idiomes romans. Cependant les diffé-
rentes parties du glossaire ne sont pas, suivant Grimm, d'un
seul et même âge. Dans le sixième chapitre, p. ex., les mots
romans présenteraient d'autres formes, les mots latins seraient
plus fréquents : par conséquent ce chapitre paraîtrait avoir
été puisé dans une autre source, c'est-à-dire dans un autre
recueil roman, plus ancien, où la langue romane se rapprochait
encore plus du latin, p. 20. Grimm a une opinion toute particu-
lière du septième chapitre, qui contient non pas des mots isolés,
mais des questions et réponses telles qu'elles se présentent à l'ar-
rivée d'un étranger. Il serait d'une haute antiquité ; cela nous
— 74 —
serait attesté par la manière dont y est employé le pronom per*-
sonne! allemand, lequel, comme en gothique, n'accompagne le
verbe que là où Ton appuie particulièrement sur la personne. Tan-
dis que les chapitres précédents, du moins les cinq premiers, sont
tous rédigés en roman, ce dernier ne contiendrait pas un seul mot
roman (pas même va pour vadit ?). Cette dernière partie du glos-
saire serait écrite en latin, et Tallemand y serait la langue inter-
prétée, le latin la traduction, p. 20-23.
Si W. Grimm veut dire par là que le septième chapitre a,
pour ce qui concerne la partie non allemande, un autre auteur
que les six chapitres précédents, je suis d'accord avec lui ; car
on ne saurait admettre que celui qui a écrit les six premiers
chapitres ait subitement changé son langage en rédigeant le
septième. Je n'examine pas si c'est l'allemand ou le latin qui y
forme la base, ce chapitre étant sans importance pour nous : mais
je n'admets, pour la partie allemande, qu'un seul auteur, lequel,
d'après ce que j'ai dit plus haut, était Bavarois : je ne vois
pas de raison d'admettre deux auteurs. Revenons à notre glos-
saire, dont le septième chapitre n'est suivant moi qu'un appen-
dice fortuit. Est-ce une image âdèle de la langue du vn^ siècle se
d^ageant du latin, et met-il sous nos yeux le spectacle immédiat
de cette transformation ? C'est l'idée dominante de tout le com-
mentaire de Grimm ; mais je ne saurais me rallier à cette opi-
nion : je vois maintenant comme autrefois (cf. ma dissertation
déjà plusieurs fois citée), dans le développement des langues et
en particulier dans le passage du latin au roman, un progrès gra-
duel et constant, régi par un principe de formation déterminé
quoiquQ inconscient. Je n'ai jamais pu voir dans une forme,
comme p. ex. fadks à côté de cask, un nominatif sing. usité
dans le parler populaire, ni dans timporvà\}^ à côté de animalik^
un nominatif plur., tout en accordant qu'il y a dans les voyeUes
finales une certaine hésitation, que d'ailleurs on rencontre même
encore dans les Serments de 842. Car je regarde comme abso-
lument contraire au génie de la langue d'admettre que le singul.
casa ait passé par la forme intermédiaire casas et surtout que
ténipora ait passé par tempôribus, en déplaçant l'accent.
Dans des bizarreries comme timporibus^ ou meo capilli,
je ne vois autre chose qu'une manie de l'auteur de donner
des formes latines, lorsqu'il croyait en trouver dans sa mémoire.
L'introduction de mots de la langue classique a lieu encore
assez fréquemment dans les premiers textes écrits entière-
ment en roman : ces mots latins étaient peut-être regardés
— 75 —
comme des ornements de rhétorique. C'est ainsi qu*on lit dans le
poème très-ancifin de la Passion du Christ : per ipsum deo,
de regnum deu, ad deœtris deu, suspensus, passus, addv^
cere^ occidere, magis. Moi-même j'ai dit autrefois que ces
glosses nous montraient d'une manière palpable le passage des
formes latines aux formes romanes, mais j'entendais par là un
moment précis de ce passage et non le passage dans ses degrés
successifs. Que s'il arrive aussi dans d'autres domaines que* deux
périodes d'une langue se rencontrent dans un seul et même mo<-
nument littéraire et offrent un mélange de formes différentes, il
faut y voir l'effet d'une lutte entre des formes anciennes mais
autorisées et des formes nouvelles : mais temporibus pour <em-
pora n'a jamais été une forme autorisée, pas même dans le plus
barbare latin de moines. Â propos de cette objection, Grimm fait
dans son article supplémentaire les remarques suivantes : « Les
« formes latines conservées intactes ne doivent pas surprendre,
« puisque c'est précisément dans une période de transition
« qu'une pareille promiscuité devait se continuer pendant un
« certain temps. Pour moi, la transformation ne me paraît pas
« partir d'un principe déterminé ni s'opérer d'une manière simul-
« tanée pour tous les mots d'une même catégorie... La loi ne
« se développe que peu à peu. » On peut d'ailleurs élever encore
d'autres doutes très-positife sur l'opinion qui veut que nos glosses
présentent un roman absolument pur. Qu'on considère par exem-
ple les désinences atones en m, comme dans les mots dorsum,
lumbulum, egnum, gulvium, verticem,qm doivent tous repré-
senter des nominatifs, mais ne peuvent évidemment être emprun-
tés qu'au latin écrit, ne peuvent pas avoir persisté dans j'idiome
populaire comme des restes du latin parlé, puisque cet m, comme
on le sait, s'était depuis bien longtemps éteint : ce sont donc là
évidemment des jEalsiâcations. Il y a un autre fait qui nous montre
l'intention prononcée de l'auteur de rapprocher de la langue pri-
mitive la forme de l'idiome populaire : c'est la suppression systé-
matique de Ve prothétique devant s suivi d'une autre consonne
(se, sp, st)j quoique cette voyelle existât déjà à cette époque,
puisqu'elle se trouve assez fréquemment dans d'autres écrits du
commencement du moyen âge; v. Gramm. romane I, Con-
sonnes latines. S, au milieu. Notre texte roman renferme donc
des latinismes très-prononcés, et il serait facile d'en relever
encore d'autres . que ceux déjà cités. Mais il renferme aussi des
germanismes manifestes : ils consistent dans le remplacement de
V par f, de g par c = A, de 6 par p. Car l'auteur écrit naïve-
— 76 —
ment fidelli, ferrât, f orner as, au lieu de mdelli, verrat, t* o-
meras^ conformément à la prononciation germanique alors déjà
répandue du latin t?. De même il écrit, d'après la prononciation
dure de l'ancien haut-allemand, callus, uncla au lieu degallics,
ungla, ou parba, pirpici pour barba birbid, etc. On ne sau-
rait dire que nous possédions un texte roman pur dans le glos-
saire, tel qu'il nous a été conservé.
On jpeut être d'une opinion très-différente sur le but de ce re-
cueil et sur la manière dont il a pris naissance. Il avait sans
aucun doute une destination pratique, Grimm donne l'explication
suivante comme au moins vraisemblable (p. 19) : « Un Welche,
« faisant un séjour en Allemagne, probablement en Bavière (car
« il n'y a aucune trace de formes bas-allemandes , comme on
« en trouve dans les textes provenant de la Moyenne- Allemagne),
« voulut savoir les expressions allemandes pour les choses les
« plus ordinaires; il en dressa une liste, et un Allemand auquel
« l'idiome roman n'était pas inconnu ajouta les dénominations
« allemandes. Voilà pourquoi les mots allemands présentent des
« formes correctes ; et la distinction, dans l'écriture, des sons
« qui ont de la ressemblance dans le parler vivant, montre que ce
« n'est pas le Welche lui-même qui a écrit les mots qu'il se fai-
« sait dire : mais l'Allemand n'avait pas, comme on le comprend
« facilement, une connaissance exacte du roman : d'où les mé-
« prises pour les mots radiées et cinge. » (Voyez ces mots dans
le commentaire, 20, 59.) En résumé l'opinion de Grimm est donc :
un Roman est l'auteur de la partie romane, un Allemand est celui
de la partie allemande du glossaire. Qu'un Allemand ait tra-
vaillé au glossaire, il n'y a aucune raison pour le nier ; quant à
la participation d'un Roman, elle est douteuse à cause des ger-
manismes qui viennent d'être indiqués. C'est une main allemande
qui doit en être responsable, je crois celle du copiste. Je ne com-
prends pas Grimm lorsqu'il écrit dans son article supplémentaire :
« L'objection qu'un Welche n'aurait jamais confondu le v initial
« avec /*, ni g avec c, ni b avec jt>, n'atteint pas mon opinion,
« puisque j'ai dit que c'est un Allemand qui ajouta les mots allè-
ge mands , ce dernier écrivit ces initiales d'une manière correcte,
« parfaitement conforme à la prononciation de son temps. » Je
ne comprends pas cette justification, puisque je n'avais pas parlé
de mots allemands, mais de mots romans. Mais dans la question
principale je me rallie à l'opinion de Grimm, et je renonce à l'o-
pinion que j'ai émise jadis, à savoir qu'un Allemand connaissant
le roman avait voulu écrire en latin et avait introduit dans son
— 77 ~
texte une quantité de romanismes ; car le contre*sens dnge curti
(v. gl. 59) relevé par Grimm, et surtout le contre-sens ^egrrac^a^
sagarari{Y. gl. 101), découvert par moi-même, ne permettent plus
de n'admettre qu'un seul auteur. « On pourrait aussi supposer le
« cas inverse, dit encore Grimm dans le même article, à savoir
^ qu'un Bavarois en pays roman aurait dressé une liste de mots
« usuels allemands et y aurait fait ajouter la traduction romane ;
« mais il n'est pas vraisemblable qu'il l'ait demandée deux fois de
« suite pour su, gl. 80 et 81, ni pour napulo, gl. 60 et 61, [ni
« pour ahsla 14, 15, ni ofan 98, 99]. » Cela est en effet très-
juste. Aussi paraît-il naturel de considérer le texte roman, qui
occupe dans le manuscrit la première place, en quelque sorte
comme la question, et le texte allemand, qui le suit, comme la
réponse.
Mais quel est l'idiome particulier auquel appartient la partie
romane de notre glossaire ? Assurément ni l'italien, ni l'espagnol :
elle appartient au français, et au français proprement dit, non
au provençal, quoique la différence entre ces deux idiomes ne fut
probablement pas grande à cette époque : c'est pour cette der-
nière raison aussi qu'il faudra, pour l'explication des mots, avoir
recours au provençal après le français et avant les autres
idiomes. L'origine française du glossaire nous est attestée par
l'emploi du w pour gu dans wanz (118) et windicas (116), de
l'w pour dans auciun (84), scruva (81) etc., de 1'* pour es
dans pis (106), du z pour ts dans le mot déjà cité wanz. On peut
aller plus loin encore : ces deux lettres w eiu sont une particu-
larité de la région septentrionale du domaine français. Il n'y a
pas de raison péremptoire qui oblige à supposer dans w un ger-
manisme, puisque cette lettre se justifie par l'idiome roman lui-
même. Grimm ne cite que le seul mot mantun comme attestant
le caractère français des glosses ; mais cette forme ne prouve rien.
Tous les mots d'ailleurs du glossaire ne se retrouvent pas dans
le domaine français, même en y comprenant les deux âges des
deux idiomes de ce domaine, et cela n'est pas nécessaire. Plu-
sieurs des mots manquants ne se trouvent que dans les langues-
sœurs, comme : humérus, peeora, scruva, thalamus, sae-
eura, manneira, lippus : par contre on ne trouve ni en italien
ni en espagnol les mots : mantun, lumbulus, animalia, pulein,
bisle, deurus, windiea, tunne. Mais on ne trouve dans aucune
des langues romanes les mots : interseapulas, domus (avec
le sens de maison) , sicleola, sicilis et quelques autres du
6*^ chapitre.
— 78 —
M. Holtzmann a émis une autre opinion sur le but et la patrie
des Glosses de Cassel : il Ta présentée et développée d'une
manière ingénieuse dans Topuscule cité plus haut Celten und
Germanen. Ces mots, dit-il, sont puisés dans la vie journalière,
ils ne sont pas tirés d'autres glossaires. En outre, il n'y a pas lieu
de supposer n'importe quel rapport avec le Vocabulaire de
Saint-GalL Que si quelques mots se suivent dans le même
ordre dans les deux recueils, cela ne signifie pas que l'un des
auteurs ait copié l'autre : pour énumérerles membres du corps et
les choses les plus simples on n'avait pas besoin de consulter diffé-
rents ouvrages. Celui qui a inscrit les mots n'a pas voulu ap-
prendre l'allemand, mais le roman. Cela ressort du passage arh-
culata altee minimus (47) : il n'y a qu'un Allemand qui ait pu
écrire ainsi, un Allemand qui voulait noter les mots romans pour
son usage. Voilà pourquoi on lit encore : radi meo parba (19)
et immédiatement après : radiées, qui ne rentre nullement dans
ce chapitre : l'auteur a simplement voulu apprendre à distinguer
ces mots.
Moi non plus je ne puis partager l'opinion suivant laquelle le
glossographe aurait puisé à des sources écrites, lesquelles, comme
le suppose Grimm dans ses Altdeusche Gesprœche I, p. 11,
auraient existé déjà au vf siècle, c'est-à-dire avant Isidore : car
la liste me semble dressée avec trop de négligence. En efiet, au
chapitre premier déjà il manque beaucoup de mots des plus impor-
tants, comme corpus, pellis, frons, cerebrum, bucca, lingua,
venter, cor y qui se trouvent en partie dans le Glossaire de
Saint-Gall. Quant à radiées et altee, considérés comme preuves
critiques, j'y reviendrai dans le commentaire.
M. Holtzmann énonce encore l'opinion que les Glosses de
Cassel sont un spécimen de la langue romane parlée en Alle-
magne, telle qu'elle existait encore alors, au commencement du
IX® siècle, dans les colonies romaines de ce pays : l'auteur était
peut-être l'intendant d'un domaine roman en Bavière, qui se
voyait dans l'obligation, de comprendre quelques mots welches
(p. 138). L'auteur cherche ensuite à étabÛr une parenté entre la
langue du glossaire et le roumanche, parlé dans un pays
rapproché de la Bavière : cette parenté se manifeste, selon lui,
surtout dans la désinence as du pluriel au lieu de la désinence
française es. J'objecterai qu'au ix® siècle il est encore permis
d'admettre cette désinence as aussi pour le français, puisque dans
les Serments de 842 il y a plusieurs cas de singuliers en a. De
plus, M. Holtzmann fait remarquer que plusieurs mots de notre
— 79 —
glossaire, existant en roumanche, comme gallus, gallina,
maœilla, scapula, calcanea^ manquent en français, et que
d'autres, comme campa, pala, poliœ, puledro, existent du
moins en roumanche sous une forme plus pure. Nous sommes ici
arrivés au point où à des preuves matérielles on peut opposer
d'autres preuves matérielles. Il ne manque réellement en français
que les deux mots scapula et calcanea, les autres mots qui
semblent manquer nous sont fournis par l'ancien français et par
les patois. Il est vrai qu'il en manque encore quelques autres
qui auraient pu être cités, comme sedella, saccuras, manneira,,
dont je montrerai le caractère roumanche dans le commentaire.
L'ensemble des mots, continue M. Holtzmann, se retrouve au
contraire presqu'entièrement en roumanche. Cependant je n'y
trouve pas les mots suivants, qui existent presque tous en
français : nares, labia (en roum. : lefs, emprunté à l'allem.),
talun, ordigas, lumbulum, pulmone, intrangcy unctura,
cinge, verrat, troia, scruva^ auciun^ mansione, bisle, fur-
naœ, stdbulu, mediran, pis, eapriuns, hanap^ cramailas,
liones, f orner as, inchus. La structure des idiomes roumanches
dans leur état actuel diffère aussi beaucoup de la langue romane
que semble indiquer notre glossaire. Quant aux anciens idiomes
roumanches, il n'est pas possible de porter sur eux un jugement
précis.
Il reste à énumérer les désinences des noms que présente notre
glossaire, afin qu'on puisse se faire une idée juste et précise de
ces formes importantes.
nésiNENGES DE FLEXION QUE PRÉSENTENT LES GL0SSE8.
A. — La voyelle a, dont il vient d'être question, comme dans
toœa, tibia, uncla, correspond à l'a provençal, et n'a pas besoin
d'autres explications. Dans forcipa elle constitue une déviation de
la forme latine, mais elle concorde avec le prov. for sa. Il y a trois
cas où a est remplacé par e, savoir dans dnge = pr. cenha,
intrange = lat. interanea, tunne = pr. tona. Ajoutons à ces
trois exemples quatre mots du Glossaire de Reichenau, savoir :
7Hge = lat, -moyen riga, et les pluriels mana^es, quacoles,
wapces, qui supposent les singuliers menace = pr. menassa,
quacole = lat.-moyen quacola, et wapce = anc. h. allm.
— 80 —
wafsa{ci. plus haut p. 13). Cependant manac?^^ est douteux,
parce que Ye de sa désinence pourrait aussi réfléchir le lat. ae de
minadae. Le Glossaire de Saint-Gall aussi présente des e
remplaçant a ; mais il n'est pas certain que cet e ne représente
pas en plusieurs cas la désinence du pluriel ae, et de plus le
recueil ne provient pas d'un auteur roman. On peut encore ajou-
ter à ces substantifs les verbes anetset, anoget, adastet, pour
anetsat, etc.-, également du Glossaire de Reichenau, De tous
ces mots aucun n'est latin, à l'exception dUntrange, Maintenant
se pose cette question : cet e désinentiel à la place de a trahit-il
dans la déclinaison et la conjugaison déjà une tendance vers la
désinence essentiellement française ^, tendance qui se serait
affirmée librement ici où aucun original latin ne prescrivait dis-
tinctement la forme en a ? D faut rappeler préalablement que
dans plusieurs de ces mots le remplacement de a par ^ a pu pro-
venir d'un autre motif. Car il n'est pas invraisemblable que dans
dnge, intrange, rige^ anoget^ on se soit servi de \e au lieu de
a, parce qu'on ne pouvait pas encore employer devant a le gr
semi-voyelle = tr,y (dans ayons), car dans cinga il aurait eu
la prononciation gutturale. Il ne reste donc plus que les mots
tunne, quacole, wapce, anetset et adastet. Mais ces cinq mots
suffisent pour attester cette tendance vers la désinence e ; elle
n'était d'ailleurs pas prédominante au ix® siècle, comme nous
l'apprennent les Serments de 842, mais elle paraît avoir existé.
Cependant, quand Raynouard, Choix VI p. xn, veut prouver
l'existence de la désinence a dans le français de cette époque par
ce passage de Hincmar (f 882): Bellatorum acies, quasvulgari
sermone sgaras vocamt/^, il emploie en tout cas un argument
bien faible; car Hincmar peut avoir donné, à l'exemple des
auteurs de son époque, une désinence latine au mot roman : pour
être l'expression fidèle du parler populaire, ce mot aurait au
moins dû sonner Escara.
As . — La désinence as indique , ain si qu'en provençal , le nomina-
tif plur., p. ex. dans ordigas, oviclas, segradas, pragas, win-
dicas, ensuite àdca^ pridias , probablement aussi dans 5ac?cwra5.
On est étonné de lire costis au lieu àecostas. D'autres glossaires
aussi se servent de cette désinence as pour indiquer le nomi-
natif. Celui de Saint-Gall p. ex. écrit spicas hahir (épis),
stellas sterron; le GL Florentin : tunnas, mandras, caulas,
antennas, pisas (lat. pisa, plur.), arvillas, nugas, occas. On
connaît les titres : « Incipiunt dosas (glossas) ex vetere tes-
tamento; » — « Incipiunt sententias; » — « Eoc suntpar-
— 84 —
feulas causas > ; — cfr Pott, Plattlatein, p. 321 ; Zàklme-'
thode^ p. 203, Raynouard, Choix I. p. 20. Mais il arrive que
beaucoup de mots en "OS de notre glossaire paraissent être au sin-
gulier, surtout lorsqu'ils sont rendus dans le texte par ce nombre,
p. ex. maœiltas, scapulas, palas^ sappas, mufflaSy mannei-
raSs idrias, falcea^, planas, cramaila^, fomeras, tinas,
situlas, Grimm croit qu'il est permis de supposer ici une forme
du nominatif sing. en -as (à côté de celle en -a) : mais cela serait
contraire à toutes les lois de la formation des langues romanes ; à
peine trouve-t-on quelque part en provençal un nominatif sing.
diaSy mais qui est masculin. C'est que Grimm part d'une suppo-
sition qui est, je crois, erronée, à savoir que les mots romans et les
mots allemands ne doivent jamais différer dans leur nombre. Car
il ne jEaut pas s'attendre à ce que la traduction soit toujours ri-
goureusement exacte dans un travail où Ton découvre au premier
coup d'œil plus d'une trace de précipitation , d'autant plus que
l'original roman alterne d'une manière arbitraire le singulier et le
pluriel. Nous rencontrons cette même inexactitude de traduction
dans d'autres glossaires, p. ex. dans celui de Stzint-Gafl :
favilla (sing.), falawiscun (plur.); festuca (sg.), halma{^\.) ;
populus (sg)., liuti (pi.); ou dans le Gloss. Florentin : vimi-
na (pi.), wida(sg.); turta (sg.), cuochun (pi.). Graff pousse
la pédanterie jusqu'à supposer dans notre glosse pirpici widari
(74) deux datife (d'après le latin verveci), oubliant que le datif
ne peut pas servir dans un recueil de mots qui ne se rapporte pas
à un texte déterminé. J'ajouterai encore que Pott (Plattlatein,
p. 320) n'ose pas non plus se rallier à l'opinion de Grimm sur ce
point.
Os (s). — La désinence os exprimant le nominatif plur., pro-
bablement par analogie avec le féminin as, est rare, et ne se
rencontre que dans les quatre mots oculos, esilos, taradros,
scalpros. Le Vocabulaire de Saint-Oall donne aussi oculos
augun, ramo^ aesti. On rencontre 1'^ simple, sans voyelle pré-
cédente, dans pulcins, qui ne paraît pas être un singulier, pi-s^
deuru-^^ wan-z.
I. — Parallèlement à cette flexion par s on trouve aussi la
flexion vocalique par i : comme dans capilli, digiti^ putelli,
fidelli, agnelli, purcellij pulli, mallei, tutti.
Us (u, o). — La désinence w^est fréquemment employée, sur-
tout au sixième chapitre, et n'est jamais remplacée par os (au
singuL), comme dans le Vocàb.de Saint-Gall {angulos, rivos,
humos), mais par w et o, p. ex. dans junuelu^ stabulu, caldaru
GLOSSES 6
— 82 —
(132), collo, figido (52) etc. ; le Vooab. de Saint^Oall dcmne
aussi cumitOj umpiculo.
Es (s). — La désinence ^^ pour le nominatif plur. se rencontre
dans les mots aures, nares, derdes, radiées^ renés, pedes,
boves, siciles, liones, ainsi dans des mots par£aitement latins,
à l'exception de liones, qui est pour ligones. Vs simple se pré^
sente idins capriuri-s (108).
Ê. — En ^ se terminent : piUmone, mansioite (93), calice
(123) ; sur palpehre consultez le commentaire (22).
M. -^ Cette consonne a été traitée plus haut p. 75.
Parmi les pluriels il faut surtout remarquer pecora, latera,
tempora (sur timporibuSy gl. 9, v. plus haut pp. 74 et 75).
On trouve sans désinence de flexion les mots suivants : manr-
tun, calamely ialun, putel, ferrât, auùiun, fum, mediran,
sisireoly sestar, hanap, martel, moi, 'oestid, tous des singu-
liers ; le pluriel subit partout la flexion, sauf peut-être dans jotV-
pici, où ri final paraît être muet.
Voici donc la série des désinences de flexion données par notre
glossaire :
a, e, i, 0, te, as, es {is), os, us, s, em, um.
Elles remplissent toutes les mêmes fonctions en latin. Le proven-
çal n'en connaît que cinq, savoir : a, e, as, es, s. La premièpô
déclinaison ne présente pas de difficultés : dans tout, le glossaire
on ne trouve guère que la désinence a, plur. as. Mais la deuxième
déclinaison est enveloppée de ténèbres. D'après les exemples
fournis Ton aurait pu dire au nominatif sing.: cavallus, càvallu,
cavallo, cavaly et même suivant Grimm cavallum, au pluriel :
cavalliy cavallos, cavals (comme pulcins?). Le but de la
flexion était détruit, la clarté dans les rapports d'idées avait dis-
paru. Je recommande ces deux points à l'attention des roma-
nistes :
1® L'ancien sjrstème de déclinaison franco^provençal est basé
sur le système latin. Si l'on admet que la confusion des formes,
qui vient d'être mise en relief, a réellement existé dans le parler
populaire, alors il est impossible de comprendre commet l'ini»-
tinct linguistique a pu de nouveau revenir sur la bonne voie.
2° Les chartes et les formules juridiques latines de cette
époque présentent, il est vrai, la plus grande confusion dans les
formes, lorsque p. ex. elles écrivent argenti pondo tanta, de
quolibet persona, ab hodiemum die, etc. Mais il est possible
qu'à côté de cette confusion il existât dans le parler populaire un
état oï*ganiqué : et le fait nous est démontré parles Serments de
- 88 —
842. Il ne resterait ainsi qu*à supposer que le glossographe a
mêlé à ses glosses romanes des formes latines, surtout des dési-
nences latines. Je suppose qu'il Ta &it avec intention, pour
donner à son idiome une couleur plus latine ; car, pour ne citer
qu'un exemple, il est diflScile de croire qu'on ait alors encore pro-
noncé caput : dans le titre burlesque qui est à la an de la Loi
Salique^ ce mot est déjà cabo. Tout ceci bien pesé, on voit que
notre monument ne donne que bien peu de renseignements sur la
flexion. Mais d'autant plus précieux sont ceux qu'il apporte à
la phonétique et à la lexicographie : car ce n'est qu'avec peine
qu'on peut recueillir dans les ouvrages latins des vn®, vni® et
ix^ siècles, un petit nombre de mots franchement populaires du
domaine français, comme nous en trouvons un grand nombre
dans notre glossaire.
Dans le commentaire qui va suivre, j'ai passé sous silence,
comme il va de soi, les mots sans importance. Malheureusement,
pour les mots diflSciles, le labeur des recherches n'a pas tou-
jours été récompensé par des résultats satisfaisants. Il est réservé
à l'avenir de répandre la lumière sur bien des points obscurs ;
car il est à prévoir que cet important monument linguistique
deviendra encore plus d'une fois l'objet de recherches savantes
dans son ensemble comme dans ses détails.
COMMENTAIRE.
3. Y ertlceia skeitila (ail. mod. scheitel, même sens); — it.
vertice^ esp. vertice, roum. vertscJiUj n'existe plus en français,
où il est rendu par la périphrase sommet de la tête. Mais l'anc.
français avait la forme vertiz, p. ex. : en la vertiz de lui sa
felunie descendrai, Psaut. d'Oxford 7, 17 ; lefroit leprent
en la vertiz, Partonopeus II, 5. Le changement de genre
semble indiquer que c'était un mot populaire assez usité ; ce ne
sont pas les savants qui se seraient permis une pareille liberté.
6. Aures aorun (allm. mod. ohren oreilles). — L'expres-
sion romane n'est pas auHs, mais auricula ; aussi est-il difScile
d'admettre que l'idiome populaire ait encore connu le primitif à
l'époque où fut composé le glossaire, puisque,* déjà à l'époque
romaine, le dérivé le remplaçait assez souvent, et que ce dérivé
a du être employé de préférence par les Romans à cause de sa
.— 84 —
sonorité d'une part, et parce qu'il empêchait la confusion arec
aurum,
7. Nares nasa (allm. mod. ndse nez): — pr. nar (fém.),
plur. nars, it. narey nari, val. nare nçri ; il manque en fran-
çais, où il est remplacé par narine, anc. fr. aussi narille. Non-
seulement en latin, mais aussi dans les langues nouvelles, nares
est très-souvent employé pour nasus : un Provençal dit p. ex. :
datz lor del ponh per mieg las nars = frappez-les du poing
au milieu du nez ! En espagnol le mot a même disparu, et est
remplacé parnarû, narices = it. narice, narici. La traduc-
tion allemande par nasa (nez) , n'est donc pas inexacte, l'expres-
sion naslohhir (allm. mod. naslôcher = narines, littér. : trous
du nez) eût été pédante, et n'aurait pas rendu mieux le sens.
9. Timporibus ckinnapahhun , hiuffilun, (allm. mod.
kinnbacken = 1** mâchoires, 2^ joue) : — pr. templa^ anc. fr.
temple^ fr. mod. tempe, it. tempia, roum. tempra, qui sont
des singuliers tirés du plur. tempora. Les formes avec i (au lieu
de e) timpuSf timpora sont fréquentes en latin moyen, p. ex.
Hattemer L 235% 298% Gloss. Trev. p. 2, 24, Gloss, Zwetl.
p. 28, 2, Gloss. Selest, p. 336^ 356% Gl. Erford., Haupt IL
205 ; elles ont peut-être été introduites pour établir une distinc-
tion avec tempus = temps, par une sorte d'assimilation par-
tielle à l'allm. tinna (front), vu qu'ils ne paraissent se rencontrer
que dans des glossaires allemands. D'ailleurs le remplacement de
Ve par a est fréquent à l'époque franque. Quant à la traduction
allemande, Grimm corrige chinna-pahJiun (littér. : joues du
menton), dont la signification est impropre, en thinna-pahkun,
mot composé. avec le mot déjà cité tinna (front) et signifiant donc
littéralement « joues du front ».
10. Fadas wangun (allm. mod. wangen joues) : — pr.
fassa, fr. face. La forme correcte serait facia, carie singulier
seul pouvait être employé ici ; il est permis de voir dans la forme
fadas l'influence du lat. faciès. La traduction par t^an^iîn (==
genaé) est inexacte. Le Voc. de St-Gall se sert de la forme lat.
faciès^ mais la traduit aussi inexactement par le singul. wanga.
11. Mantun chinni (allm. mod. kinn menton) : — c'est un
dérivé que ne connaît ni l'italien ni l'espagnol, le premier a
mentOy le second barba, mot que les femmes sont bien obligées
d'accepter aussi. Mkntun pour mwitun ne doit pas surprendre :
on y reconnaît Simplement la tendance des langues romanes de
remplacer e ou t à la première syllabe atone par a; on la verra
encore plus bas dans saccuras de securis (138), et au Gloss. de
— 85 —
Reichenau dans manatces et quelques autres mots. Je ne vou-
drais pas admettre, pour cet a, Tinfluence de la prononciation
nasale, qui donne à Ye devant n dans le franc, moderne menton
la valeur d'un a, parce que cet a n'est pas généralement adopté
pour les autres mots, et que r/iAntun ne se présente que comme
une exception à côté de dentés, membras, jumenta. Il est
d'ailleurs très-douteux que Ye nasal se soit déjà avancé jusqu'à
Y a à l'époque où fut composé notre glossaire. En roumanche il y
a les variantes mmitun, mmtun et mkntun.
12. MaxlUas chinnpein (mâchoire): — pr. maissela, anc.
fr. maisselle, it. mascella, roum. masella; l'esp. meœilla
est dans cette langue la véritable expression pour désigner la
joue. Maooillas est au pluriel, comme le sont dans notre glos-
saire d'autres mots désignant des parties symétriques du corps.
14. Scapulas ahsla; 15. humérus ahsla (allm. mod.
aschel épaule, aisselle) . Le même mot allemand ahsla traduit
ici comme autre part (Graff I, 129) à la fois les deux mots sca-
pula et humérus ; ces deux mots sont aussi traduits par seul-
tira (allm. mod. schulter épaule), v. Graflf VI. 490, parce que
ces deux parties du corps étaient facilement confondues. On sait
que scapula (omoplate) disparut dans le parler populaire, qui
choisit à sa place spathula; ilnya que le roum. schuvi (masc),
plur. : chuvalla qui paraisse descendre de scapula ou plutôt de
scapella ; car dans cet idiome sk se développe facilement en la
sifflante sch, cfr. scandula schlonda, obscurus oschir. —
Humérus, it. orner o^ val. umçr, esp. et portug. hombro^
n'existe pas en ancien français ; le pr. hume ne se trouve que
dans YElucidari.
1 7 . Tundl meo capilli skir min fahs (tonds mes cheveux) .
— La phrase romane = pr. ton meu cabelh; la désinence -lli,
dans capillis correspondrait donc au prov. /A, et capilli serait
un singulier. Il faudrait par conséquent aussi qu'au mot coZ^e, de
la glosse suivante, correspondît une forme prov. colh; mais col-
lum ne subit l'adoucissement de la liquide que dans le catal. coll
et l'esp. cuello et non dans le pr. et fr. coL Mais que penser de
meo parba dans la glosse 19 ? L'auteur s'efforce d'atteindre les
formes latines, mais il y réussit mal ! Le pronom me = mihi^
employé dans ces glosses, se rencontre encore dans les Messes
latines publiées par Mone.
20. Radiées towr2;wn (ail. mod. towrjîe/n racines). — Comme
radiées se trouve au milieu des mots exprimant les parties du
corps humain, Grimm suppose (p. 28) qu'il est question des
— 86 —
racines des poils, puisqu'on vient de parler de la barbe, et il
cherche à prouver cette signification du mot par le passage pro*
vençal du Leœ. roman V. 30 : racina deïs cabeh. Suivant
M. Holtzmann (p. 172), notre glosse ne serait qu'une sorte de
parenthèse servant à mettre en relief la différence de sens entre
radiées et la forme à peu près homonyme radi des deux glosses
précédentes. Cette explication est ingénieuse, néanmoins je doute
qu'elle soit la vraie, parce que rddi et ràdltz ne sont pas des
homonymes, mais se distinguent déjà par l'accent d'une manière
très*sensible. S'il se trouvait plusieurs cas de ce genre, cette
remarque aurait à coup sûr beaucoup de poidsJ
21. Labia lefsa (allm. mod. lefze lèvre). — Le nombre de
labia est douteux, parce que le latin emploie au singulier aussi
bien labia que labium. Le mot allemand ne décide de rien : il
peut être le pluriel du masc. lefs^ ou aussi, comme le remarque
Grimm, le sing. du fém. lefsa. Labia n'a pas passé en français,
mais il a donné les mots : pr. lavia, esp. labio, catal. llabi;
rit. labbia (plur.) est poétique ; le roum. lefs est emprunté à
l'allemand.
22. Pslpehre prawa (ail. mod. braue sourcil, le mot anc.
allm. signifie encore paupière). Faut-il voir dans palpebre un
singulier ou un pluriel ? Cela est douteux, ainsi que pour prâwa:
notre glossaire, il est vrai, n'emploie pas e pour le lat. a^, mais
cette notation était généralement répandue. Les dérivés romans
se divisent en deux classes, suivant la différence de l'accentua-
tion. Pàlpebra donna l'esp. pdlpebra et pdrpado, ainsi que
la forme anc. fr. palpre, Psaut, dOxf. 10, 5 (mais 131, 4 :
palpebre); kpalpébra se rapportent l'it. ^aZpô'Jra, ainsi que
le prov. palpébra ou palpebre (fém.), le roum. palpéber et
palpéder, le fr. paupière, avec lequel concordent le vénitien
palpiera, le piémont. parpera. Plusieurs autres désinences
sont venues s'ajouter au radical, p. ex. : pr. palpet etpalpela,
prov. mod. parpela, parpeluga^ perpil, picard paupiele,
norm. paupille, napolit. parpetola.
23. Inter scapulas untar hartinun (entre les épaules).
— On ht dans Isidore 11, 1, 92 : inter scapilium (variantes :
inter scaplium, interscapulum) spatium, quod inter scapu-
las est; ce mot se trouve déjà dans Apulée. Le composé ne se
trouve pas plus en roman que son primitif scapula, Grimm cite
ici la glosée interscapulas « mittelschulter ^ (épaule moyenne),
du Vocab, optimus : cette traduction est moins bonne que la
précédente, car l'allemand n'a pas de mot particulier pour dési-
— 87 —
gnesF eette région du corps. -— En latin il y a encore quelques
autres composés avec inter exprimant quelque cho9e qui est
situé entre deux choses égales, surtout des régions xlu corps
humain, comme p. ex. interscalmium, interdigitium, interfe^
minium. Le latin moyen présente des composés du m&ne genre,
p.ex. : ^interciliumy> spodiumquod est inter cilia et super ci-
lia, Gloss, Trev. p. 2, 27, pr. entrecilh, it. intracciglio d'après
le IjBX. roman t esp. entreçejo; — interfinium <f^nasa-krus-
tula » (cloison du nez), Gloss. Trev. 2, 29; — interfinium
centre deuûo narines > Gloss. de Lille p. 5 (Schel. p. 10), se
trouve déjà dans Isidore H, 1, 48; DC. donne pour ce mot
encore d'autres significations. Il y a un deuxième composé roman
k d>iè de entrecilh, c'est le pr. et anç. fr. en/rw«7 = espace
entre les deux yeux. Le vocabulaire espagnol en fournit encore
quelques autres.
25. Un ostl spinale ein hruckipeini (ce serait en allm.
mod. le composé peu usité ein riicken-bein, litt. : un os du
dos). — Entre Yo et le s de osti il y a un petit intervalle dans
le manuscrit, provenant peut^tre de ce que le parchemin est
floconneux ea cet endroit ; mais il ne peut pas y avoir eu de
lettre. Ce qu'il faut surtout remarquer dans cette glosse, c'est le
numéral unus se présentant ici sous une forme toute romane et
avec la valeur de l'article indéfini ; v. d'ailleurs sur son appari-
tion Gramm. rom. III. Section I. Article, au commencement.
Un est suivi de la forme incontestable os, correspondant à l'allm.
--peini (os); quant au suflSxe -ti, qui y est attaché, U est difficile
de l'expliquer. Grimm suppose une faute d'écriture, osti pour
ossi, qui serait doni^ un nominatif singulier : mais il serait en
contradiction avec le nominatif singulier os qui va suivre (28),
une autre hypothèse serait : le scribe voulait ajouter tibia^ qui
signifie également os (v. gl. 30), mais il s'arrêta subitement en
s'apercevant que ce mot ne pouvait pas être uni à spinale, et
ainsi il resta ti. Mais n'aurait-il pas dans ce cas efiacé tH Le
scribe qui écrivit la dernière partie a agi exactement de la même
manière en écrivant sicp sic potest (221). Enfin spinalis se
rencontre en roman comme terme scientifique.
28. Os malor daz maera pein deohes (littér. : l'os majeur
de la cuisse). — On voudrait voir dans le texte roman le mot
coxae. Mais on voudrait y voir encore un autre mot, qui eût
été plus précieux, savoir l'article défini, qui est dans la glosse
allemande (daz = ail. mod. das, art. déf. neutre), c'eût été le
pendant de l'article indéfini que nous venons de rencontrer (25) .
— 88 —
Les Serments de 842 présentent, comme on sait, la même
omission : car aux articles allemands thés et then ne correspond
aucune expression romane. Il parait donc qu'à l'époque primi-
tive de l'idiome roman, on supprimait l'article pour se conformer
à l'usage latin, lorsqu'il ne paraissait pas indispensable. Mais au
Glossaire de Reichenau nous avons vu que l'article défini
manque même là où il est appelé à distinguer le superlatif du
comparatif. Quant à ce qui concerne sa forme, les passages
extraits par Raynouard, Choix I. 42, de textes du commence-
ment du IX® siècle jusqu'à sa fin, donnent pour le nominatif sing.
masc. lo, ainsi que el pour e lo, ensuite le génitif, del. Lefémi-
nin la va de soi. Le génit. plur. sonne déjà des. Le titre bur-
lesque déjà cité à la fin de la Z. Salique (dans des manuscrits
du VIII® siècle), renferme l'accusatif sing. masc. lo, et l'aocus.
plur. lis, forme que donnent aussi la Passion de J,--Christ et
le St Léger,
29. Innuolù chniu (allm. mod. knie genou). — A côté de
geniculum on trouve aussi dans le latin moyen le plus ancien,
p. ex. dans. la L, Salique, la forme germculum, et c'est sur
celle-ci que s'appuient toutes les variantes romanes de ce mot :
it. ginocchio, val. genuche, genunche, anc. esp. ginojo, esp.
mod. hinojo, port, giolho, pr. ginolh, fr. genou, roum.
genuilgl. C'est à ce type de toutes les formes énuméréesquedoit
aussi se rapporter la forme innuolu de notre glosse, autrement
elle n'aurait aucun sens. L'initiale doit être un g, qui est rem-
placé ici par la consonne équivalente i (;). La conjecture de
Grimm guinuolu, où un g est ajouté à l'initiale, est évidemment
contraire aux lois de la formation de la langue française, qui ne
permettent pas le changement du latin ge ou gi en gue ou gui.
La deuxième lettre du mot ne peut être qu'une voyelle, mais le
ms. donne un n assez distinct : cependant j'adopte un u, puisque
ces deux lettres sont facilement confondues. Il est vrai que notre
manuscrit les distingue en général très-bien, mais il y a des cas
exceptionnels où Yu incline vers la forme de Yn, p. ex. dans
uerticem (D. a), que l'on pourrait aussi lire nerticem, en sup-
posant que le fac-similé donné soit fidèle. Au milieu du mot le
ms. permet de lire ucl aussi bien que uol, car Yo est ouvert du
côté droit, mais la grammaire ne permet de lire que ucl, soit
parce qu'il existe à peine une diphthongue française uo et qu'elle
n'aurait pas pu être employée ici, soit parce que le groupe cl =
lat. c'I ou fl nous est fourni plus bas par deux exemples : puti--
cla et siccla (126). La forme corrigée de notre mot serait donc
— 89 —
junuclu, auquel devrait répondre un mot anc. fr. junoiL La
voyelle suivant immédiatement un j ou g change facilement,
comme nous l'avons vu dans le Gloss. de Reiehenau, où l'on
rencontre JAniculum pour g-Ëniculum : dans notre glosse nous
avons u pour e, et nous nous appuyons sur les exemples jumeau
pour gémeau, jusier pour gésier, Jumiége pour Gémiége
(Gemeticum),
30. Tibia pein (allm. mod. bein os, jambe). — Le latin
tibia désigne l'os principal de la jambe, et en particulier sa par-
tie antérieure ; son homonyme ital. tibia a le même sens, et pro-
bablement aussi le franc, tige pendant la phase primitive de la
langue, v. Gloss. de Reichenau, gl. 236.
31 . Galamel widar-peini (le m. ail. signifie litt. contre-os).
— Les mots anc. fr. chalemel, fr. mod. chalumeau, pr. cara-
mel n'ont que le sens du fr. mod. chalumeau. Mais si dans la
glosse précédente tibia désigne la partie antérieure de l'os prin-
cipal de la jambe, le mot calamel (de calamus), qui rentre dans
le même cercle d'idées, doit probablement désigner la partie pos-
térieure et mince de ce même os, le « contre-os » indiqué par
Tallm. widar-peini, mot qu'on ne rencontre pas ailleurs. V.
d'autres détails dans Grimm, p. 34.
32. Talauun anchlao (cheville du pied). — Talaun ou
talavun n'est pas admissible ; le deuxième a doit être une faute
d'écriture : il faut lire ^a^wwn, la double voyelle wu étant équiva-
lente à û, comme dans les mots allemands suu (81) et rafuun
(108), écrits parle même scribe. L'allm. anchlao est également
incorrect : il faudrait anchalâ = nominatif plur. du féminin
anchala, suivant l'opinion de Grimm, à laquelle cependant
M. Holtzmann ne veut pas se rallier. Ce qui est certain, c'est que
le mot allemand de notre glosse nous donne l'ancienne significa-
tion de talon, qui était restée la même que celle du latin talus,
c'est-à-dire « cheville > ; car la glosse suivante montre que pour
désigner le talon, on avait \emoi calcaneum, cfr. dans le (7^0^^.
de Reichenau la gl. 138. D'ailleurs la signification actuelle de
« talon » est ancienne aussi : ainsi on lit dans le Boèce proven-
çal : ^' ^ pren per lo talà = il le saisit par le talon, et dans le
Ms. de Paris Pb. (Holtaftnann 393) tali mei est traduit par
mino fersna =1 allm. mod. meine fersen mes talons.
35. Ordigas zaehun (allm. mod. zehen doigts du pied). ^—
Eckhart et Grafi" lisent ardigas, et en efiet la lettre pour a,
adoptée d'abord par Grimm et après lui par M. Wackernagel,
n'est pas bien distincte ; voyez le fac-similé. Mais derrière le pie
— 90 —
scribe doit avoir omis un /, car il n'y a f{\ï' ordiglcbs qui dQ»n^
un mot roman. En provençal il sonne ar^eW, de arWc?w/w* sçç
petit membre : nec vertat articules pedum^ Form. Baluz. i4.
De même en ancien franc, on a arteily mais aussi orteil^ v. des
exemples dans Roquef. (plur. ortaus), dans le latin de la fin du
moyen âge : oriillus. Il y a des patois qui conservent également
l'initiale a (Onofrio, Gloss. lyonnais p. 34). Le féminin ordigla
doit surprendre, mais cette forme est appuyée par une glosse de
Rhaban Maur : articula zaeha (doigt du pied) Ecc. p. 958, et
de plus on trouve dans Roquefort un féminin ortoile, il est vrai
sans aucun passage à l'appui.
37. Membras lidi (allm. mod. glieder membres). — Le
pluriel neutre latin en a était &cUement confondu avec le singul.
féminin, et, regardé comme tel, il prenait la désinence du fém.
plur. -as. Le Glossaire de Florence, p. ex. koTÏipisas, pi. de
pisum ; des chartes ont pecoras, pradas (prata) et nombre
d'exemples de ce genre; dans la Passion de Jésus-Christ, 48,
on trouve las ostias, de ostium. Mais on ne connaît pas de
singulier roman membra.
39. Braeh$a arm (ail. mod. arm bras, singul.). — Malgré
le mot allemand, qui est au singulier, hrachia n'exprime pas un
singulier roman , mais c'est bien le pluriel de brachium. Il
existe, il est vrai, aussi un singulier roman brachia, savoir le
pr. brassa, fr. brasse etc., mais il signifie les deux bras ajoutés
l'un à l'autre, p. ex. comme mesure de longueur (brasse), ou
pour embrasser quelque chose (anc. fr. prendre qqun entre sa
brace), et je ne sache pas de passage où il ne désigne qu'un seul
des deux bras.
42. Digiti fingra (allm. mod. finger doigts). — Les glosses
suivantes donnent les noms des difierents doigts : polix, index^
médius, medicus, articulata; au lieu de ce dernier il faut lire
auricularis. Le Glossaire de Lille, p. 6 (Scheler p. 13) donne :
poliœ pauch (pouce), index secundus digitus, médium le
moyen doit, medicus le quart doit, auricularis le petit doit.
Les doigts, à l'exception du pouce, qui a partout son nom parti-
culier, sont donc nommés ici suivant leur place ou leur grandeur,
et ces noms ne concordent pas entièrement avec nos glosses.
L'Académie donne aux quatre derniers doigts les noms : index
ou indicateur, doigt du milieu, doigt annulaire, petit doigt.
Isidore, 11, 1, 70 les nomme salut aris ou demonstratorius,
impudicus, annularis ou medicinalis, auricularis : les deux
deniers seulement concordent avec les noms donnés par notre
— 94 —
glossaire. On trouve dans Raynouard les noms provençaux
index, anular, aurioular^ d* après Y Elucidari. Maisnotreglos-
saire ajoute, après le nom du dernier doigt, encore un autre nom :
nous lisons gl. 47 et 48 : articulata altee, minimus minnisto.
D'après la disposition du glossaire Tallm. alteedeYsit être la tra-
duction de articulata (auricularis), mais il ne l'est pas. Graff (I.
247) se demande si l'on ne pourrait pas penser à zêha (doigt du
pied), mais cette hypothèse est absolument inadmissible. Grimm,
à qui la phrase entière paraît empruntée à une source étrangère
et interpolée ^ la regarde comme tronquée et essaye de la com-
pléter; il lit : auricularis aut minimus, âr^-fingar aide
minnisto (littèr. : doigt d'oreille ou le plus petit). Il n'est en effet
pas vraisemblable que I'auteur ait omis avec intention le mot
allm. orfingar correspondant à auricularis : cette omission est
plutôt le fait du copiste allemand, qui en même temps aurait
remplacé le lat. aiU par le mot allm. altê (ou bien aite serait-il
pour aliter?), M. Holtzmann, p. 172, prend le passage tel qu'il
nous est donné : selon lui, c'est I'auteur qui a employé l'allm.
altee {=alde} pour le lat. vel, et qui trahit ainsi sa nationalité
allemande. Quant à moi, la raison donnée plus haut p. 77, d'après
laquelle il faut admettre deux auteurs, me paraît tellement déci-
sive, que j'hésite à admettre l'explication de M. Holtzmann,
quoiqu'elle se recommande par sa simplicité. M. Wackernagel,
rejetant Topinionde Grimm aussi bien que celle de M. Holtzmann,
lit : auricularis alia minimus « m,innisto>.
51. liUmbulum lentiprato (allm. mod. lenden^braten,
lit. : chair des reins). — Le lat. lumbulus n'a qu'un sens dimi-
nutif = petite hanche. Mais dans des vocabulaires latins-alle-
mands il est également traduit par lentibrato, et ce dernier
peut aussi avoir la signification de ren ou renunculus (c.-à-d.
reniculus), v. Graff III. 284, Dict. moyen haut^-allemand I.
234, signification que peut aussi prendre le simple lenti, comme
nous l'apprend la glosse 26. Lumbus est roman, mais la forme
diminutive ne se retrouve que dans l'anc. fr. lumhle, Psaut.
d'Oœf, 37, 7, où elle traduit le lat. lumbus exactement comme
notre glosse : li mien lumble empli sunt de illusiuns,en lat. :
lumbi mei impleti sunt illusionibus.
52. Figido lepara (allm. mod. leber foie), — LeGloss, Rz,
donne exactement le même mot : jecoris figido, mais les Gloss.
de Reichenau donnent ficatum ou ficatus, v. la glosse 60.
i. Cfr. cependant une note postérieure, Altdeutsche Gesprxcke, II. p. 9.
— 92 —
L'accent doit être placé sur la première syllabe, comme dans Fit.
fégcdo, esp. higado, prov. fetge^ fr. foie^vo\xm, fio, deficatum,
que connaissent déjà les Glossae Isidori ; lorsque a eut perdu
l'accent, il pouvait facilement être remplacé par un i. Le même
recul de l'accent, avec affaiblissement et transformation d'un a
primitif, a eu lieu aussi dans tabdnuSy lat. moyen tavanv^Sy esp.
tdbano. La signification primitive est « foie d'un animal engraissé
avec des figues », « foie d'oie » {ficcUum jecur) : l'extension du
sens est un fait très-remarquable. Jecur a disparu sans laisser
aucune trace.
54. Intrange indinta (lisez innida = entrailles, Graff L
298). — Le gr de intrange est équivalent au franc.* y dans
ayons; le mot n'existe plus aujourd'hui : c'est le lat. interanea,
comme Ta déjà reconnu Eckhart, anc.'fr. enfreigne, esp. en-
tranas. Le patois du Hainaut, qui remplace souvent gn par n,
possède encore intrane aussi bien que esirane.
58. Unctura smero (allm. mod. peu usité schmeer
(graisse) : — pr. onchura, anc. fr. ointure, onction = action
d'oindre, mais Tesp. untura a de plus aussi le sens concret de
«onguent».
59. Cinge curti (allm. mod. gûrte! ceins!). — Grimm. p.
18, a raison, je crois, de ne pas voir dans la forme dnge l'impé-
ratif de cingere, qui ne serait pas à sa place ici, mais un sub-
stantif correspondant à l'it. eingayesp,cincha, pr. cintha, anc.
fr . cince = ceinture : il pense que le scribe allemand, qui l'a tra-
duit par l'impératif curti (ceins !), a mal compris. Le mot coi^
respond, pour parler plus exactement, au pr. cenha et à l'anc.
fr. segnCy car le g est le même que plus haut dans intrange (54).
(Je ne voudrais pas reconnaître dans cinge le lat. moyen cianga,
tzanga.) Mais, suivant Grimm, ce n'est pas un vêtement que
doit exprimer ici la ceinture, puisqu'il n'est pas ici question
d'habits, elle doit exprimer la région du corps qu'embrasse la
ceinture ; et cette explication est acceptable, car de pareilles
extensions du sens d'un mot ne sont pas rares dans les langues :
nous avons un cas presque identique dans les Glosses de Rei--
chenau pour cingolo (4).
60. JLumbus napulo (ail. mod. nabel nombril) : — pr.
lomp, lom, fr. tombe, it. lombo, esp. lomo. L'auteur, en tra-
duisant par napulo = nombril, a commis une erreur.
61. Umbilico wapw/o (aUm. mod. naèel nombril) : — pr.
ombelic, et en outre umbrilh, lequel, ainsi que le fr. nombril,
doivent venir d'un diminutif umbiliculus (le Vocab. de
— 93 —
Saint-Gall donne umpiculo). V. Dict. Etym. I. ombelico.
62. Pecunia fihu (allm. mod. vieh pecus) ; — v. au Gloss.
de Reichenau la glosse greœ pecunia (152).
64. Equm hengist (l'allm. mod. hengst ne signifie que
4( étalon », mais hengist au contraire = cheval hongre); 65.
jumentamaM^; 66. equa marke (marha = jument). —
Le mot caballus, que dans la littérature classique on ne ren-
contre que chez les poètes, mais qui appartenait certainement
aussi au parler populaire, finit par remplacer le mot equus,
moins sonore, et se prêtant moins facilement à l'assimilation
romane, dont cependant le féminin se maintint dans presque tous
les idiomes romans : esp. yegua, port, egoa, catal., pr. egua,
anc. fr. aiguë et yve, val. eapç. En français ce dernier aussi
finit par céder la place à jument^ qui était en anc. français
encore masculin et synonyme du lat. jumentum {les humes et
les jumenz tu salveras = homines et jumenta salvabis,
Psaut. d'Oœf, 35, 7); mais le mot jumenta de notre glosse
fiait présumer qu'il existait encore une forme féminine jumente,
laquelle se retrouve dans Tit. giumenta.
67. Puledro folo (allm. mod. fûllen poulain) ; 68.
puledra falihha (mieux : fulja petit poulain, v. Grimm) : —
a. puledro, puledrttj roxxm. pulieder, esp. potro, potra, pr.
poudrel, anc. fr. poutre, lat. moyen pulletrus, qu'on doit
avoir prononcé de deux manières : pullétrus et pùlletrus. Son
origine est obscure, v. Dict. Etym, I. poledro. Il faut ajouter
un diminutif; lat. moyen : pultrinus, dans les Glosses Floren^
Unes et autres, it. puledrino, anc. iv.pouirain.
69. Animalia hrindir (allm. mod. rinder boves) ; — d'où
le fr. aumailles, employé comme adjectif accompagnant le
subst. plur. bêtes, mais en ancien franc, aussi comme substantif
et au singulier, p. ex. moût a ocis de lor almaille, v. Lai de
Mélion, p. 53, au masc. plur. : almaille petiz ot les grans,
Psaut, d'Oxf, 103, 27, = lat. : animalia pusilla cum
magnis\ bestes et tuit almaille, ibid. 148. 10 = lat. bestiae
et universa pecora. En roum. armai (masc. sing.) = bête
bovine.
•^. Armentas hrindir (allm. mod. rinder boves). — En
italien armento est, suivant Valentini, une expression poétique,
mais elle n'a pas entièrement disparu des dialectes, ainsi que le
montrent les lexiques napolitains et sardes. Le roumanche aussi
;, a une forme arment. En provençal on n'a pas encore trouvé
i ce mot. En ancien français on le rencontre dans le Psaut.
s
— 94 —
dCOxf.^ où le passage de Eabacuc, 3, 29 : non erit armentum
in praesepibus est traduit par : ne serad arment es créées
(p. 241), et ibid., Cantic, Moysis, 20 (p. 243) : bure de
arment e lait de oeilles. Le mot n'existe pas dans le domaine
sud-ouest, le portugais ne s'en sert qu'en poésie. Le pluriel donné
par notre glosse ne se rapporte pas au singulier ancien latin
armenta, car aucune des langues romanes ne fournirait une
forme correspondante ; c'est la transformation assez fréquente
de mots latins plur. neutres en féminins de la première déclinai-
son, dont il a été question à propos de membras (37).
73. Pecora ^Âaa/* (allm. mod. schafe brebis); — les deux
mots sont au pluriel, qui est prédominant dans cette partie du
glossaire; pecora n'est pas roman : le mot français est otmilley
il apparaît dans la glosse oviclas awi (76).
74. Pirpici widari (allm. mod. widder béliers). — Le mot
allemand est au pluriel, et probablement aussi le mot roman
pirpici c.-à-d. birbid, qui est identiquement le même que le
pr. berbitz : car la finale i ne fait qu'indiquer que le c a ici le
son dental = ts, L'anc. h. allem. w?êrfar désigne l'animal châtré,
le mouton, et c'est là aussi le sens de notre forme birbici (ainsi
que du roum. berbeisch) : elle correspond donc mieux àsonéty-
mologie verveœ que le fr. brebis^ lequel d'ailleurs se présente
cependant avec le sens de ovis dans le Gloss. de Reichenau,
V. la glose 161.
78. Porciu svoirdr (allm. mod. schweine porcs). — Grimm
croit que le groupe iu dans porciu est équivalent à o, comme
dans auciun (84), de sorte que le mot serait le même que l'ital.
porco. Mais iu pour o se trouve surtout à la syllabe accentuée,
et se rencontre aussi dans les dialectes de l'anc. français : or une
forme anc. fr. porciu est impossible. On peut lire sans hésiter
pord. M. Wackernagel a aàofié porcui pour son texte.
79. ^Ferrât paerfarh (sanglier). — Il va de soi qu'il faut
écrire verrat. Le primitif ver, dont verr-at est proprement
le diminutif, se trouve dans le Gloss. de Lille, p. 10 (Schel. 24).
80. Troia suu (allm. mod. sau truie, cochon) : — pr. trueia^
fr. truie^ it. troja ; notre glosse est le plus ancien témoignage
pour ce mot, commun à toutes les langues romanes et qAi se
trouve souvent dans le latin moyen. Son origine est probablement
celle-ci : porcus trojanus désignait chez les Romains un porc
farci, rempli d'autres petits animaux : qv^asi aliis inclusa^
animalibits gravidum^ Macrob. Saturn. 2, 9, allusion au
cheval de Troie : machina foeta armis, Virg. Aen. 2,237. D
— 9» —
est très-possible cpie l'expression romane correspdndante poreo
ai Troja fdt ensuite appliquée à une truie pleine, et qu'enfin ce
sens s'attacha au simple mot troja (Cfr. aussi foie, du composé
ficatumjecur^ gl. 52). V. Dict. Etym, I. troja.
81. Scruva suu (allm. mod. sau, truie, cochon). -^ Le latin
scrofa (truie) se trouve également écrit avec un u dans un
glossaire latin moyen : scrufa^ v. Haupt, V. 198*^. Le mot ne
s'est conservé que dans les idiomes de l'Est : ital. scrofa, vaL
acroafç. La forme française était probablement escrouve, que
semble donner notre glosse, et plus tard escroue, cfr. le franc,
mod. écrouelle == scrofella pour scrofula. La Leœ Ripuar.
contient la forme escruva, entièrement conforme aux lois de la
phonétique française ; cfr. Pott, Plattlatein 333.
83. Aucas cansi (allm. mod. ganse). — C'est exactement
lepr. auca, anc. fr. oe^ fr. mod. oie, it.^ esp., port. oca. On
le trouve déjà dans le latin moyen le plus ancien, p. ex. dans la
Loides Alam., dans les Formulae Marculfi* U vient d'un
dérivé avica de avis, v. Dict. Etym. L oca.
84. Auciun caensincli (allm. mod. gœnschen petite oie,
oison) , — forme diminutive française de trèsr-bon aloi, comme
clerçon de clericus, tronçon de truncus ; elle se retrouve dans
le fr. oison, pour lequel le Leœ. roman donne seulement le pr.
aucon (prov. mod. : auquetoun)^ et non une forme ausson qui
répondrait mieux au français.
85. Pulli AontV (allm. mod. hûhner poules); 86. pulcins
honchli (allm. mod. huhnlein poussins). — Le lat. pullus =
petit d'un animal, est ici déjà pris dans son sens restreint = petite
volaille, correspcmdante au pr, pol, esp. pollOj fr. poulet. Nous
trouvons une forme essentiellement romane dans la glosse
(suivante pulcins^ pr. polzin, pouzi, fr. poussin = lat. pul-
licenus^ dans Lampridius ; les autres idiomes ne le connaissent
pas. Le Psaut* d'OœfordV emploie pour désigner un petit aiglon;
sieume H aigles purvocanz a voler ses pulcins ^ Canticum
Moysis 15 (p. 243).
87. Callus (gallus) hano (allm. mod. hahn coq); 88.
galina hanin (allm. mod. henné poule) ; — pr. gai, jal, pr.
mod. gau, de même anc. fr. ^a/, ^a^, formes dialectales : norm.,
berri*, lorr. jaUy champ, gau. v. Dict. Etym. IL coq. Fém.
pr. galina^ anc. fr. geïine et aussi gline; il est encore très-
usité dans les patois, et a aussi persisté dans le nom de plante
morgeline c= morsus gallinae.
89. "P^LOphao (allm. mod. pfau paon); 90. pava phain
— 96 —
(paonne). — Le nom lat; de Foiseau de Junon est pavo ; le lat.
archaïque ainsi que le lat. delà décadence ontaussilaformejpat?t«5;
le genre était exprimé par masculus pavo et feminapavo. Au
lieu de ce dernier on trouve dans Ausone la forme pava, qu'em-
ploie aussi notre auteur à l'instar d'autres glossateurs. Quant
aux langues romanes, elles connaissent toutes la forme pavo :
it. pavane j esp. ^at?on, port, pavâo, pr. pahô, fr. paon, val-
pçunu. La forme pavus, au contraire, ne se trouve que dans
Tesp. pavo (avec Tépithète real) et dans le pr. pau; le féminin
pava n'a persisté que dans l'esp. pava real ; il a été remplacé
par les dérivés non latins : it. pavonessa, port, pavâa, anc.
fr. paonesse, fr. mod. paonne, val. peunitzç. Il feut remar-
quer, dans notre glosse, la conformation essentiellement romane
du masculin pao.
91. Cosn hus (allm. mod. hatis maison). — Le ms. porte
distinctement casu, mais il faut certainement lire ca^a. La
préposition fr. chez conduit, il est vrai, à une forme cas, qui se
montre en effet dans l'expression anc. esp. en cas, mais cette
préposition n'a certainement perdu la désinence a qu'après avoir
cessé d'être un substantif. V. Dict, Etym, IL chez,
92. Domo cadam (maison, appartement). — On ne
retrouve plus dans aucune des langues romanes le mot latin
domus avec sa signification propre : car ca^a, et en français
mansio = maison (v. gl. 93) suflSsaient parfaitement. Il est
donc probable que nous avons ici un mot purement latin.
93. Mansione selidun (séjour, auberge). — Mansio n'a
donc pas ici le sens de son dérivé français maison. De même on
trouve dans les Altdeusche Gesprœche de Grimm : ubi
abuisti (habuisti) mansionem ac (hac) nocte ? = « où as-tu
logé cette nuit ? » Mais la réponse est : ad mansionem comitis
= « dans la maison du comte. »
94. Thalamus chamara (allm. mod. kammer, cabinet,
chambre à coucher). — L'it. talamo n'est pas un mot populaire,
l'esp. talamo probablement non plus. Mais l'anc. port, tamo ou
tambo se dénonce comme tel par sa transformation. Thalamus
aurait donné en français taume ou tâme, de même que calamus
donna chaume. Le Gloss, de Reichenau, 279, le présente
comme un mot n'appartenant qu'au latin, et l'explique par
domus maritalis. Son existence est en tout cas douteuse en
français.
95. Stupa stupa (allm. mod. stube chambre, mais en anc. h.
allm. = cabinet de bain), commun à toutes les langues roma-
— 97 —
nés : pr. estuba, fr. étuve, it. stufa, esp.,port. , estufa^ deTallm.
stupa, V. Dict, Etym, I. stufa,
96. Bisle phesal. — Eckhart lit hirle pheral, dont le pre-
mier correspondrait au lat. moyen pyrale (sorte d'étuve, v. DC.);
Grimm ne s'écarte pas du manuscrit, il lit hisle phîsal\ Tallm.
pMsal ouphiesal = chambre chauflfable. Pour moi, sans avoir
vu lemanuscr., j'avais regardé birle c.-à-d. pirle pour une
forme aSaihlie de bisle, pisle, anc. fr. poisle, fr. mod. poêle, et
j'avais ajouté à propos de l'étymologie : « La forme la plus
« ancienne est pisele, dans VEdicium Rotharii, autre part
« aussi pisalis. Cette forme renvoie au lat. pensile, par syncope
4c pësile (d'où la voyelle longue dans le frison pysel, moyen h.
« allm. pfîsel), mais le rapport logique n'est pas clair. L'anti-
4( quité parle de horreum pensile, le moyen âge de domus
< pensilis, caméra pendens. C'est là la trace qu'il faudrait
« poursuivre. * V. Bict. Etym. U.c. poêle (m.), Wackemagel
TJmdeutschung fremder Worter (Germanisation des mots
étrangers), 2® édit. p. 19, où la dérivation connue de pensum
est appuyée par de nouveaux arguments.
97. Keminada cheminata (appartement chauflFable). —
Le lat. moyen caminata (de caminus) remontant jusqu'au
sixième siècle^ signifie « appartement chauffable », et suivant
toute apparence l'it. eamminata (salle), roum. caminada
(garde-manger) est le même mot. C'est dans le sens qu'il a en
latin moyen qu'il faut aussi prendre le mot roman keminada
de notre glosse : ce dernier prit dans le fr. cheminée un sens
restreint, c'est-à-dire qu'il retourna à celui de caminus. Encore
dans les Glosses de Tournai (ms. du xii® siècle), on trouve
caminea dans le sens de {h)ipocaustorium = chambre chauffa-
ble. Il faut remarquer dans keminada l'affaiblissement de Va
radical en e, lequel s'assourdit enfin en e muet, comme dans
chemin, chemise, cheval. Mais il doit y avoir eu à cette époque
une grande hésitation dans le passage de a à &, car deux lignes
plus ba^ nous lisons caminus et non keminus. Dans le mot
allm. cheminata la voyelle e peut avoir été amenée par la loi de
la périphonie, mais le mot roman n'a fait que suivre les lois de la
phonétique française
101. Seg^adas sagarari. — Ce dernier ne présente pas de
difficultés; il signifie « sacristie » ; on trouve encore en moyen
h. allm. sageraere, de sacrarium, d'où aussi le pr. sacrari
sagrier, anc. fr. sacraire, it. sacrario etc. Serait-il possible
qu'à côté de sacrarium on eût aussi employé une forme sacrât a,
GLOSSES 7
— 98 —
que notre glosse semble supposer, et qu'ensuite le latin moyen
n'eût laissé aucune trace d'un mot ayant cette signification? Et
que vient faire une sacristie ici où il n'est pas question d'une
église^ mais d'une maison, une sacristie entre le poêle et Técurie I
Isidore 15, 5, dit: sacrariam proprie est locus templi in
quo sacra reponuniur. Je soupçonne que le traducteur a commis
ici une étrange erreur. On peut corriger ou expliquer segrada
aussi bien par secrata que par sacrata : car les deux mots se
rapprochent graphiquement également de l'original; mais sécréta
(sous-ent. caméra)^ prononcé plus tard segreda, peut signifier
un cabinet secret, comme l'it. segreto désigne un lieu caché.
Quant- au pluriel, il fait penser à l'expression française les
lieux.
103. Pridlas wanti (allm. mod. wànde parois). — Le
Vocab de Saint-Gall, p. 11*, donne parielas « voanti ».
hemolpridias, àe parietes, est certainement une forme romane
défigurée : on le reconnaît à la désinence ia, plutôt qu'au radical
prid-, privé de a, auquel on peut comparer le roum. prei, forme
parallèle deparei, pareit. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
le mot se présente ici déjà comme féminin, ainsi que dans tous
les idiomes du domaine roman : pr. paret, fr. paroi etc.
104. 'Ksilos jyretir (allm. mod. brettet' planches). — C'est
dans l'anc. fr. aissel, aujourd'hui encore aisseau = échandolle,
de assicellibs^ acdcellus ; par contre le fr. essieu vient de
cuviculus. II faut remarquer l'initiale e au lieu de ai.
105. Medlran cimpar (bois de charpente). — Déjà Eckhart
avait reconnu avec raison dans mediran le mot lat. moyen
materiamen^ employé p. ex. dans la L. Salique : si quis in
silva alterius materiamen furatus fuerit etc. , pr . mairani,
fr. merrain (comme airain de eramen), Grimm crut devoir y
reconnaître l'accusatif ma^enam. Mais dans ce cas le provençal
n'aurait pas dit mairaiA, mais matVâN, de même qu'il dit pi^^an
= fr. putain (= accus, lat. putam), tandis qu'il conserve à la
forme dérivée en -amen sa consonne m.
106. Pis first (aUm. mod. firste feîte). — Pis ne vient pas
de apeXi comme le suppose Eckhart; c'est incontestablement
l'anc. fr. pic ;= cime, hauteur, avec le signe du nominatif, pics
pis y comme ducs dus, arcs ars, et autres ; le procédé est essen-
tiellement français, et nous le trouvons donc déjà appliqué à une
époque bien reculée dans notre exemple ; un second exemple est
fourni par la gl. 114.
107. Trapes capretta. — De même on trouve dans Grafi*
— 99 —
in. 290 : trahes gipretta. Grimm cite à propos de notre glosse
la forme tràbes pour trabs, qui se trouve dans Ennius, comme
appartenant au parler populaire. En effet, on trouve aussi trams
dans le Gloss. de Eeichenau, gl. 165. Le mot se retrouve dans
Fane. fr. trab {les trabs et les chevrons de la maison, Lex.
roman, V. 408*), de même dans <r^/*(ibid.), dans le pr. trau,
dont on rencontre aussi un exemple dans un ancien vocabulaire
français, Hist. litt. de la France XXII. 32, dans Tit. trave,
Fesp. tràbe, le roum. trav,
108. Capriuns rafuun (chevron au toit) : — fr. chevron,
pr. cabrion, par métathèse cabiron, de caper bouc, et chevalet
sur lequel repose quelque chose, (sens qu'a aussi l'allm. bock
bouc) néerlandais keper. En latin moyen chevron est toujours
exprimé par capro, on s'attendrait à la forme plus correcte
caprio, qu'indique notre glosse, et que confirme la forme pro-
vençale; cfr. arcus arcio arçon.
109. Scandula skintala (allm. mod. schindel èchandole) :
— anc. fr. escande Roquef., pour escandre, lorrain chondre
(Oberlin p. 185), franc, mod. èchandole, avec transposition de
Taccent.
110. Pannu lahhan (allm. mad. lahen un drap, drap de lit).
— De même ît. panno, esp. pano ; mais le fr. et le pr. pan ont
un sens restreint : ils signifient presque exclusivement morceau
ou partie d'un vêtement ou quelquefois aussi d'un autre objet, p.
ex. pan de terre, pan de mur.
111. Tunica seia tunihha (le mot allm. est latin). — Le
pr. tunica n'appartient pas à la langue populaire, v. des exem-
ples dans le Leœ. roman V. 439. Mais nous rencontrons un mot
de structure romane dans le mot suivant 5eza, pr. saya, fr. saie,
du lat. saga (sorte de manteau gaulois), que le Gloss, de Reiche-
nau explique par cortina, v. gl. 22. La diphthongue ei, au lieu
de ai, dans seia, se rencontre encore dans d'autres mots, v.
Oramm, romane I. Voyelles provençales : Diphthongues
EL
113. Pragas prôh (pantalons) : — pr. bragas, brayas
anc. fr. braies, it. broche etc., tous au pluriel, roum. braja
patte du pantalon.
114. Deurus deohproh. — On connaît le sens du mot alle-
mand : il désigne une sorte de tablier entourant les reins et leà
pantalons, v. Graff III. 278, qui le traduit par lumbare. Mais
que faire du roman deurusi On pourrait lire deums, en le
rapportant à diurnales ; mais ce dernier mot désigne des chaus-
— ^00 —
sures, et non un vêtement s'adaptant aux jambes. Cependant
rénigme ne paraît pas insoluble : le latin moyen donne des indi-
cations. On lit dans Isidore : tubruci dicti quod tibias brac-
casque tegant (ainsi composé suivant lui de tibia et bracca) ;
dans Paul Diacre : coeperunt osis (c.-à-d. hosis^ v. GL de
Reichen, 44) uti, super quas equitantes tubrugos birreos
mittebant, v. DC. Tubrucu^ vient de l'allemand theoh-brôch^
theoh-bruoch (littér. : pantalon de cuisse), de la même manière
que tudesco vient de theodisc (allm. mod. deutsch, allemand).
En français il pouvait prendre la forme tevruc, plur. tevrucs,
tevrus (cfr pis pour pics 106), de même que theodisc donna
dans cette langue teoiSy tiois (et non tuois). Il ne faut pas
s'étonner de ce que l'auteur a remplacé l'initiale forte par la
douce (Devrus) ; car il dit aussi bisle au lieu de pisle (96). —
Voilà à peu près ce que je disais dans le Journal de Haupt.
(Sur la dérivation de tubrucus de diohpruoh v. aussi J.
Grimm, Hist. de la langue allem. 695.) W. Grimm, dans son
article supplémentaire, s'exprime ainsi sur mon explication :
< La forme deurus, qui m'était restée incompréhensible, Diez et
« Wackernagel l'expliquent d'une manière satisfaisante par le
4c mot tubrucus, fourni par Isidore et Paul Diacre. Seulement
« il y a là un point sur lequel ils ne sont pas d'accord : Diez, dont
« je partage l'opinion, tire le mot roman de l'allm. deoprâh
« Wackernagel au contraire croit que le mot allemand est une
« transformation du mot roman. » (Mais dans un ouvrage plus
récent déjà cité. Germanisation des mots étrangers, p. 59,
M. W. se déclare pour la possibilité de l'origine allemande). D'ail-
leurs je ne sache pas que les anciens documents français con-
tiennent aucune trace de notre mot.
115. Fasselas faciun. — Cette glosse présente des diffi-
cultés. Voici l'opinion de Grimm : fasselas vient du roman fassa,
fada, fr. face\ l'auteur avait en vue facitergula, it. fazzoletto,
mouchoir, qui a déjà été proposé par Eckhart. Le manuscrit ne
donne pas faciun, comme on lit dans l'édition d'Eckhart, mais
il donne, quoique la lettre ne soit pas bien lisible, fanun, pluriel
de fano « pannus ». M. Wackernagel aussi a adopté pour son
texte cette forme fanun. Ma remarque dans le Journal de Haupt
ne portait que sur fasselas ; je disais : « Il n'existe pas de mot
« anc. fr. faissele, formé du lat. fascia. Les fasciolae ser-
« valent à attacher les braies, v. surtout Muratori, Antiqq.
4c itaL II. 434. » M. Holtzmann est d'un autre avis. Il dit
faciun, et reconnaît dans cette forme le mot bavarois fatschen.
fadschen = maillot des enfants ou ceinture des hommes, en
gothique faskja. Pour le mot roman il propose deux mots du
latin moyen, faciale pour fadtergula^ et faseiola ;= sorte de
guêtres chez les anciens Francs. — Pour moi, je ferai les obser-
vations suivantes : 1** Un examen rigoureux des lettres dans la
partie romane de notre glossaire, s'il est permis de le faire,
démontre que ss ou s entre deux voyelles correspond toujours à
s latin, jamais à ç latin, qui est écrit également c. En se plaçant
à ce point de vue, il faut renoncer à faire dériver fassela de
fades , lequel se présente dans notre glossaire sous la forme
fadas et non fassa, 2** La signification « mouchoir » , qui s'appuie
sur fades, ne serait pas ici non plus, entre le pantalon et la
ceinture, à sa véritable place. 3<> Mais on peut faire dériver
fasselas de fasda, car sç pouvait plus facilement passer à ss
que le simple ç : on voit p. ex. s venant de sç dans esilos, qui
vient de ascellos T^our assicellos (104). Fasselae serait alors
le lat. fasdolae (c.-à-d. un pantalon formé d'une série de
bandes), qui aurait changé de suffixe. A la place de fasdolae
on employait en latin moyen aussi fasdalia (plur.) , auquel
notre forme fasselas, par attraction du deuxième ?', correspond
presque littéralement. 4* Le mot allemand de notre glosse est
visiblement plutôt fadun que fanun. L'allm. fano, qui sert à
ivdiàmve linteolum, pannus, veœillum, n'aurait pas d'ailleurs la
signification convenable. 5** A quoi faut-il maintenant rattacher
fadun? On pourrait penser à fazjûn, pluriel de fazjâ, fazzâ,
mais celui-ci signifie sardna et donnerait donc un sens encore
moins satisfaisant que fano. Il ne reste par conséquent que le
mot proposé par M. Holtzmann fdtschen, qui se retrouve dans
le néerlandais vaesche, veesche, Kilian.
116. TTSTindicas wintinga, — L'anc. h.-allm. winting
signifie fasda, fasdola\ le roman windica, que notre glosse
nous fait connaître, peut en être issu, et devrait sonner en
français guinche ou guinge, puisque le groupe de devient ou
ch ou g, cfr. revancher et venger, tous deux de vindicare
vind'care. C'est probablement l'anc. fr. guiche, guige, qu'il
faut voir dans ce mot, Yn étant élidé : il signifie bandoulière du
bouclier, au moyen de laquelle on le suspendait autour du cou,
V. Bief. Etym. II. c. guiche. Cette hypothèse est devenue
depuis beaucoup plus vraisemblable, par la découverte d'une
forme guinche dans Aye d'Avignon, p. 85.
118. TTSTanz irhiner ([gant] en cuir blanc). — Dans le
nominatif sing. voanz (fr. gant) il faut surtout remarquer le rem-
placement de ts par z^ particulier à Tanc. français, vu la haute
antiquité de l'exemple. C'est un mot d'origine allemande : on en
trouve la forme latinisée wantus déjà dans Beda. Quant à
l'adjectif allm. irhînêr (la finale r n'est pas très-lisible), il &ut
suppléer avec Grimm hantscâh (allm. mod. handschuh gant),
qu'on placera en avant.
119. TTSTasa wahsir (vases). — Vasa^ c'est ainsi qu'il faut
lire, est le pluriel latin de vas ; car l'auteur va maintenant énu-
mérer les noms de toutes sortes de vases : il n'en donne pas
moins de dix-sept. Grimm préférerait voir dans vas a le singulier
d'un féminin, correspondant au fr. vase^ mais aucune langue
romane ne connaît un féminin vasa, et le mot français aussi est
masculin et n'a pas pris Ve que pour empêcher la sifflante s de
s'éteindre. En provençal il sonne vas (cercueil, caveau), en
it., esp. vaso^ en val. vas. La désinence du mot allm. wahsir
aussi fait croire que le premier est un pluriel. Mais ce mot
wahsir lui même est difficile à interpréter. Grimm propose deux
explications, dont aucune d'aiUeurs ne lui parait entièrement
satisfaisante. L'auteur allemand, dit-il, ne trouvant pas d'ex-
pression pour rendre va^a^ conserva le mot roman et se contenta
de lui donner une désinence allemande* Ou bien wahsir est la
forme défigurée de vazzir (aU. mod. fdsser tonneaux, autrefois :
vases). Dans le premier cas, l'auteur roman aurait eu un colla-
borateur peu scrupuleux : car lorsque les traducteurs ne trou-
vaient pas le mot convenable, ils laissaient ordinairement la
place vide. Dans le second cas, vazzir aurait été défiguré d'une
manière qui paraît excessive, puisqu'il y aurait dans notre
wahsir trois lettres étrangères à la forme vazzir ; savoir : w^
correspondant à la consonne allemande v^ mais pour laquelle le
manuscrit n'emploie au commencement des mots que f\ puis A,
qui est superflu ; et enfin *. M. Wackernagel croit {Germani-
sation ^ etc., p. 17, note), que wahs est le mot latin va^ germa-
nisé, que la langue allemande, après s'en être servi pendant
quelque temps, a de nouveau abandonné ; c'est de ce même mot
lat. va^ que lui semble aussi provenir l'anc. h. allm. faz =
singulier du pluriel déjà cité va^sir.
120. Gava putin (allm. mod. bUtte, cuve) ; cavrella
pote g a (allm. mod. bottich, cuve, cuvier). — Aucune des
langues romanes ne possède cava avec la signification indiquée
ici. Dans Ducange, il est vrai, on trouve cava avec le sens d'un
vase : summata urnarum vel cavarum, mais il n'est pas
possible de lui prêter le sens de « cuve », car une bête de somme
portant une charge (somata) de cuves serait quelque chose
d'inouï : il feut lire avec l'éditeur : canarum (cannarum)
cruches* Grimm croit voir dans cava le franc, moderne cave =
endroit où l'on conserve les bouteilles. On comprend que Ton ait
pu nommer « cave > un grand panier à bouteilles, mais ce n'est
jamais qu'une expression âgurée, tandis que le propre sens de notre
mot est clairement indiqué par la traduction allemande. Par
contre, on lit dans d'autres glossaires, p. ex. dans Hattemer I.
308 (x« siècle) : cvbaputin, et l'on serait tenté de corriger aussi
dans notre glosse cvva =r fr. cuve, si la glosse 124 nedonnait pas
un dérivé écrit également avec a : cawella. Il faudrait donc sup-
poser que le scribe a Uài deux lapsus à la fois : mais c'est là
une hypothèse hasardée ; voilà pourquoi j'ai cherché à maintenir
la forme cava dans le Dict. Etymologique I, cava. La seule
manière néanmoins de sortir d'embarras est de corriger cuva =
lat. cupa et cuvella = lat. cupella. M. Holtzmann propose
un autre remède : il regarde cava comme une forme dialectale
de cuva ; je doute qu'aucun idiome néo-latin ait une tendance à
r^nplacer u accentué par a. Au-dessus de cava il y a dans le
manuscrit encore un synonyme, dolea, peut-être un singulier
roman du lat. dolium; mais il n'existe pas en ancien français de
forme doille, et l'itaUen ne dit pas doglia, mais, se conformant
au latin^ doglio.
121. Tunne choffa (allm. mod. kufe, cuve) : — pr. tona,
fr. tonne, n'existe ni enital. ni en espagnol, anc. h. allm. iunna.
On trouve une forme à désinence plus sonore, comme d'ailleurs la
nôtre le. fait supposer, dans les Glosses de Sélestadi 39, 41,
p. 352 : tu/nna cuofa.
|22. Ticinne choffa fodarmaziu (allm. mod. fuder--
maszige kufe, cuve semblable à une tonne). — Au-dessus de
ticinne il y a dans le manuscrit un mot qu'Eckhart et GrafF lisent
carica, Grimm caricx, car la dernière lettre n'est pas distincte :
pour moi, elle me paraît être un a plutôt qu'un x. La forme
ticinne, c'est ainsi que le ms. écrit très-distinctement, ne signi-
fie absolument rien, il faut la corriger. Eckhart propose tina, et
Grimm adopte cette correction. M. Holtzmann (p. 174) fait des
objections : puisque Tallemand donne dans deux glosses consé-
cutives choffa (121, 122), dit-il, il est bien possible que dans la
partie romane il y ait eu aussi deux fois de suite tunne : c'est
donc par ce dernier qu'il faut remplacer ticinne. Tunne se rap-
proche en effet beaucoup plus du manuscrit que tine. Mais M. H.
veut ensuite remplacer carica par carita, issu de carrata
(charge d'une voiture), et il faut défendre la forme carica contre
une forme aussi contestable, ou, en se plaçant à un autre point de
vue, contre une faute d'orthographe aussi grave que carita pour
carrata ; car il est très-probable que carica pouvait prendre la
même signification que carrata : cela nous est attesté d'une
manière assez certaine par l'esp. carga = charge et foudre.
123. Sisireol stanta (aUm. mod. stande sorte de baquet).
— Eckhart cite ici une forme franc. sisireaUy mais elle ne paraît
pas exister. Le mot sisireol renferme peut-être quelque fiante
d'orthographe : on est tenté de penser au pr. sestairol ou au fr.
seslerot, dont la signification, il est vrai, n'est pas entièrement
satisfaisante : car ils expriment un vase d'une mesure déter-
minée.
125. Gerala tina zwipar; 178. tinas zwipar (allm.
mod. zvber baquet). — Dans le Oloss. de Reichenau on trouve
gerula avec sa signification latine = portatriœ porteuse (41);
ici il signifie vase, sens dans lequel on le rencontre çà et là en
latin moyen, d'où l'anc. fr. jarle cuve à deux anses, dans
Roquef., dans les dialectes du sud : gerla (Onofrio, Gloss.
lyonn. p. 228), dans le Berry : jarlée (Jaubert, Gloss.), prov.
mod. gerla, de même it. gerla = corbeille portative et aussi
baquet. Il n'est pas nécessaire que gerala soit ici adjectif, comme
je l'ai dit dans mon Dict. Etym. I. gerla. Il est suivi- d'un autre
mot roman (Grimm aussi le regarde comme tel) ; tina, commun
à toutes les langues romanes, qui est probablement destiné à
préciser le sens de gerala, parce que ce dernier pourrait aussi
signifier hotte (corbeille portative), cfr. DC. Le Glossaire de Paris
Pô. désigne aussi tina comme un mot du petit peuple et l'associe
à « baquet » : an fora qtcam rustici vocant tinam vel zuivkr
(allm. mod. zuber baquet) Holtzmann, p. 394, Graff El. 149 ^
126. Siccla einpar (allm. mod. eimer seau) ; de mêine 179
situlas einpar. — Au lieu de siccla, que donne Eckhart,
Grimm lit dans le manuscrit siala. Pour moi, le fac-similé me
semble donner distinctement siccla. D'ailleurs on ne pourrait
faire venir siala d'aucun autre mot que du lat. situla (seau) :
mais cette étymologie est impossible : situla a d'abord donné
1. Les rustici de ce glossaire ne sont d'ailleurs pas nécessairement des
gens parlant roman. Immédiatement avant on lit : urna quam msiici
vocant biral; or ce dernier mot n'est pas roman, il est allemand : ces
rustici ont donc dû être des Francs : ils pouvaient d'ailleurs avoir adopté
le mot roman tina. W. Grimm fait remarquer qu'on le rencontre encore
dans des textes allemands postérieurs.
sicltty puis, par suite d'un développement régulier, it. secchia,
pr. selha, fr. seille, Grimm se rallia plus tard à cette opinion.
La forme sida est très-ancienne, comme on peut le voir dans le
Dict. étymologique de Muratori, qui cite aussi notre glosse.
La glosse 179 nous ofire la forme toute latine situla.
127. Sedella ampri (seau). — La littérature latine a con-
servé un diminutif sitella de situla, et aujourd'hui encore les
dialectes de l'Italie du nord connaissent sidella, sedela, le rou-
manche cidella seau. Le français n'a adopté que le masculin séel,
seau, peut-être parce que le féminin eût été facilement confondu
avec selle. Quant à la forme ampri, M. Wackemagel propose
de corriger ainpri, qui s'accorde en effet mieux avec la forme
ainpar de la glosse précédente. Au-dessus de sedella il y a dans
le manuscrit un autre mot, sicleola (Grimm lit sideola), dimi-
nutif qu'on ne trouve pas en roman, et qui sonnerait en italien
secchiuola, mais cette langue ne possède que sechiella.
129. Calice stechal (gobelet conique) : — pr. calitz, anc.
fr. caliz', l'ancien franc., ainsi que le franc, moderne, ont aussi
la forme savante calice, introduite et maintenue dans la langue
par la liturgie, et qui pour cette raison ne se conforma pas aux
lois de la phonétique française, d'après lesquelles il serait devenu
chalice, chelice.
130. Hanap hnapf {sorte de gobelet) : — anc. fr. hanap,
henap (d'où hanepier crâne), pr. enap, it. anappo, nappOj
la t. moyen : hanappus. Suivant Graff le mot hnapf de notre
glosse serait le seul exemple anc. h. allemand qui eût l'initiale h,
mais Tanglo-sax. hndp l'a presque toujours.
132. Caldaru chezil (allm. mod. kessel chaudière) ; 133.
caldarora chezi. — La forme caldaru pour caldariu sup-
pose une forme fr. chaudier, à la place de laquelle il n'existe
qu'un féminin chaudière = it. caldaja, esp., roum. caldera,
val. c^ldare; mais la forme chaudier se rencontrerait avec
l'it. caldaro, esp. caldero, catal. caldér = caldarium sous-
entendu vas, Caldarora est certainement une faute, il faut lire
caldarola = it. calderuola, roum. calderoula, esp. calde^
ruela, quoique chezi (du lat. catinus) n'exprime pas un sens
diminutif : tous les deux, chezi aussi bien que chezil, traduisent
dans d'autres glossaires caldarium (étuve, chaudière).
184. Cramailas hahla (crochet de la chaudière). — Le
manuscrit a crimailas et au-dessus de la première syllabe de ce
mot la correction ra. Partout ailleurs notre glossaire conserve
le c latin ou latin moyen dans le suflBxe -cul (c'I) : junuclu
— 4as —
(c*eat ainsi qua je lis)^ ovida, puticla^ sieola, sicleola; orar-
maila est le seul exemple qui présente la forme française,
laquelle était donc connue déjà à cette époque : bourg, cramail ;
fr. crémaillon, crémaillère \ lat. moyen, dans le Capitul, de
villis : cretnaculus, dans les Glossae Lindenbrogianae : cron
macula \ probablement du néerlandais Aram =r crochet de fer.
ISA Implenus est fol ist (allm. mod. voll ist plein est).
— Le glossateur a énuméré tous les vases ; il ajoute maintenant
encoce une remarque qui les concerne tous, à savoir s'ils sont
remplis ou non. Au lieu de implervus il faut lire, comme le pro-
pose Grimm, impletus ou simplement plenits. Mais je ne puis
passer sous^silence l'ingénieuse interprétation de M. Holtzroann :
acvec cette glûsse commence la troisième colonne de la page;
mais l'espace restant était tellement étroit que les mots des deux
langues ne pouvaient plus, comme pour les deux premières
colonnes, être écrits les uns à côté des autres : ils durent être
placés les uns sous les autres, d'où la remarque fol ist = c'est
rempli, c'est-à-dire la page est remplie. Il en résulte que ces
glosses ne sont pas copiées, mais qu'elles sont inscrites de la main
même de l'auteur. — Mais cette manière de s'excuser serait sin-
gulière, et si on l'admettait, on pourrait l'attribuer aussi bien à
un copiste qu'à l'auteur lui-même.
137. Sappas hawa (allm. mod. hatw boue): — anc. fr. sappe
esp. sapUy it. zappa, peut-être du grec (nca^aviQ bêche. En franc,
moderne le mot désigne le travail fait avec la sape.
138. SacGuras acht4S (allm. mod. aœt hache) : — esp. segur
(fém.), it. scure, scura, val. sqoure, roum. sigir, et aussi :
sgiir, ne se trouve pas dans le domaine franco-provençal. Il
sera permis de supposer un singulier franc, saccura = it.
scura, et un pluriel saccuras : les autres noms d'outils sont
également au pluriel.
139. Manneiras parla (large hache). — La diphthongue
ei dont nous trouvons, semble-t-il, dans notre monument les plus
anciens exemples, fait supposer les formes perdues pr. maneira,
fr. manière, correspondant à l'it. mannaja et au roum. manera,
140. Siciles sihhila (allm. mod. sichel faucille). — Sicilis,
qui est ici au pluriel (car notre auteur n'emploie jamais la dési-
sence -es pour -is) paraît avoir complètement disparu dans les
langues néo-latines; mais son diminutif sicilicula (dans Plante)
semble encore vivre dans le port, sizel, fr. ciseau, esp. cincel
(burin). Le mot pour désigner la fauciUe, le français l'a dérivé
de falœ : faucUha, faucille c.-à-d. falcicula.
— ^07 —
141. Falceas segansa (allm. mod. sensé faux). — Le pre-
mier mot suppose une forme pr . falsa ou faussa , ainsi qu'une
forme fr. fausse^ à la place desquelles on ne rencontre que faus^
faux. Mais comme il n'est pas rare que des mots de la troisième
déclinaison latine passent à la première, il est possible que ces
formes falsa^ etc., aient cependant existé. Des poètes italiens
emploient falcia pour falce.
142. Taradros napugaera (foret) : — de même dans le
Capitulare de villis, p. 42 : terebra^ t. e. taradros (c'est
ainsi qu'il faut lire au lieu de oaradrv^), pr. taraire, d'une
ancienne forme taradre, indiquée par notre glosse, fr. tarière^
esp. taladro pour taradro^ roum. terader^ latin moyen, déjà
dans Isidore 19, 29 : taratrum^ évidemment le grec Tipexpov,
V. Diçt. Etym. I. taraire. On n'a donc pa^ la moindre raison
pour lire avec Grinma tarabros,
143. SoBÏpvosscraostisran (allm. mod. ^çAro^^wen burin):
— anc. fr. eschalpre, dans Roquef., prov. mod. escàupre^
roum. scalper y port, escopro, esp. escoplo. Au lieu de scraot-
isran on trouve ordinairement scraotisarn.
144. Planas paumscapo (couteau servant à aplanir le
bois, comme traduit M. Wackernagel). — Plana, avec ce sens,
n'est pas latin, mais on le rencontre fréquemment dans d'an-
ciens glossaires; et dans les glossaires latins-allemands il est
ordinairement traduit comme ici, v. Graff VI. 406. On employait
encore dans ce sens le mot planatorium. Dérivés : fr. plaide
(fém.) = couteau à tailler, à ciseler, roum. plauna, it. pialla
{planula) rabot, esp. plana, llana truelle des maçons, c.-à-d.
instrument pour aplanir.
145. Liones seh (couteau de la charrue, et aussi : houe).
— Quoique le lat. ligo se présente ici sous une forme romane,
comme l'indique la chute du g, et quoique dans le glossaire de
Paris Pô., où il sonne ligon (et traduit haua houe), cette forme
paraisse refaite sur le mot roman (cfr. ligo houe d. le GL de
Lille p. 9, Scheler p. 21), le mot manque aujourd'hui à toutes
les langues du domaine roman ; on peut en excepter le dialecte
de r Aragon, qui a ligona pour l'esp. azada,
146. Fomeras wganso (lisez waganso le soc de la char-
rue) : — pr. vomier, de vomer voméris, avec une accentuation
vicieuse, comme dans mulier, muliéris, mais en italien vômere,
vômero. Il est étonnant que fomeras se présente comme forme
féminine.
149. Et forcipa anti zanga (allm. mod. und zange et
— 108 —
pince). — La forme forcipa représente très-mal le pr. for sa,
fr. force, qu'on rencontre déjà dans un glossaire latin-allemand
du IX® ou X® siècle, où on lit : forcia scari (allm. mod. scheere
ciseaux) Hattemer I. 309 : ce forcia doit être prononcé força,
et sa désinence a peut avoir eu quelque influence sur notre glosse.
Car rétymologie de for sa ne doit pas être forceps, mais for f ex,
soit parce que les lettres concordent mieux, soit parce que l'ita-
lien aussi eût forfice et non forcipe. Le grammairien Placidius
cite forfeœ comme un mot qu'il faut éviter (probablement parce
qu'il appartient au parler populaire) : forcipes, non forfices
dicimus,
150. Et inchus anti anapaoz (allm. mod. und ambosz et
enclume). — Les dérivés romans de incus, incûdis présentent
de grandes divergences : p. ex.: it. encûde et encudine, ancûde
et ancûdine, esp. yunque et ayunque, port, incude (poét.),
pr. encluget, fr. enclume, auxquels il faut encore ajouter deux
formes qui paraissent venir du nominatif : piémont. anciLSO,
catal. enclusa, V. Dict. Etym, I. incude,
151. Deapis picherir (ruches); 152. sil^warias folliu
(allm. mod. adj. plur. voile remplis). — C'est de toutes les glosses
du recueil celle qui oflfre le plus de difficultés. Que les ruches
d'abeilles se trouvent placées entre l'enclume et la bouteille, cela
ne doit pas nous surprendre, parce que dans ce chapitre l'ordre
systématique n'est plus conservé. On a donné diverses interpré-
tations. Au lieu de apis Grimm lit ap2V= pr. apier, lat. apia-
rium, qu'A.-Gelle appelle un mot vulgaire (v. Gramm, romane
L Eléments latins, première liste). Reste le préfixe de-, dont
il ne sait que faire. Quant à silvarias, dont il fait l'épithète
de apir, il le regarde comme remplaçant silvestres. Le mot alle-
mand folliu, qui peut aussi être un singulier, il le réunit à la
glosse suivante, au mot flasca (allm. mod. flasche bouteille) :
folliu flasca (bouteille remplie); mais la traduction romane jow^i-
cla (bouteille) serait incomplète, puisqu'il n'y a pas d'adjectif.
Sans connaître cette interprétation, j'avais donné la suivante :
« Picherir signifie ruches, mais jamais il n'a pu exister une
« expression romane équivalente deapis, et que serait donc
« siluuarias? Peut-être serait-il permis de tirer des mots
« deapis siluuarias la combinaison api arias de siluua, en
« supposant que les mots de siluua se trouvaient écrits au-dessus
« de apiarias, et qu'une distribution maladroite du copiste a pro-
« duit cette confusion ; il est vrai que Y s de deapis aurait alors
« été ajouté. Apiarium est le pr. apiari, fr. achier, l'expression
— ^09 —
< de siluua répondrait à rallm. folliu^ c'est-à-dire remplies,
« prises dans la forêt ou dans la lande. » On se rappelle ici un
passage de la Loi des Lombards, où il est question des ruches
des bois : si quis de arbore signala in silva allerius apes
tulerilj lib. I. tit. 25, § 37. M. Holtzmann enfin suppose
(p. 176) qu'il faut suppléer vasa devant de apis, qu'il regarde
comme représentant de apibus, Silwarias, selon lui, doit être
mal écrit pour alvarias = alvearia. Folliu se rapporte kpiche-
rir : c'est alvarias qui signifie ruches pleines. J'objecterai,
qu'alors le mot à suppléer vasa serait de trop, puisque, d'après
la correction de M. H., il y aurait ensuite encore alvarias : il y
aurait pléonasme. Le mot silwarias ne peut certainement pas
être conservé, car c'est un des mots qui n'existent ni en latin ni
en roman : il faut donc le corriger, et la correction proposée par
M. Holtzmann, alvarias, est assez heureuse. Il paraît cependant
que le scribe a transposé les mots ; je propose de lire : alvaria
de apis (apibus) picherir foliu ; on aurait ainsi un sens con-
venable. De apis servirait à préciser la signification de alvaria,
de même qu'on dit en français « ruches d'abeilles », car alr>earia
ne signifie pas exclusivement ruches, cfr dans Papias : alvearia,
praesepia, vasa apum. Mais le traducteur comprit « corbeilles
remplies d'abeilles » au lieu de « corbeilles à abeilles ».
J54. Mandacaril moos (nourriture). — Le mot roman
paraît défiguré, il faudrait au moins lire mandïccariL Eckhart
cite à l'appui de cette forme le lat. moyen manducaria = fr.
mangerie, Grimm cite un autre mot, qu'il trouve dans Ray-
nouard, ^nandachura, emprunté à une charte du xm'' siècle.
Ne faudrait-il pas voir dans ce dernier mot la forme mancha--
dura pour manjadura ?
155. Va cane (allm. mod. dialectal : gang va !) — Cette
glosse nous fournit une forme toute romane, de la conjugaison
de vadere, fr. va, pr. va et vai. Mais dans les Altdeutsche
Gesprdche (Dialogues en ancien-allemand) de Grimm on
rencontre la forme romane fors accompagnant le latin i : ganc
hûz est traduit par i fors!
156. Fac iterum to avar (allm. mod. thu abermals fais
encore une fois) ; — l'expression est toute latine.
157. Citius sniumo (aussitôt, à la hâte). — Cito se retrouve
dans l'it. cetto et Tesp. cedo. Suivant Grimm, le mot allemand
devrait être au comparatif : sniumor. Il faut cependant rappe-
ler que dans les Glosses de Kéro aussi, citius a le même sens
que cito [citius scero rapide, GrafiT VI. 537).
— 440 —
158. VivâJsiu Jt7t (allm. mod. eile! hâte-toi). — Orimm pro-
pose vivaz vai, en se fondant sur l'expression proveiîiçale anar
viatz. Cette conjecture mérite certainement d'être prise en con-
sidération : il y aurait un impératif roman répondant à un impé-
ratif allemand. Mais ne serait-il pas possible de sauver le texte
du manuscrit? Vivaziu contient le pr. vivatZy viatz, cela est
hors de doute. On pourrait dire, par exemple, que cette forme
vivaziu, où l'on a ajouté la désinence -aw, a été provoquée par
la glosse précédente cit-ius, ce qui serait en effet possible. Mais,
à la rigueur, le pr. viatz, qu'on ne connaît que comme adverbe,
non comme adjectif, peut parfaitement avoir pour étymologie
une forme dans le genre de vivaciv^y car l'adverbe ne pouvait
pas venir de vlvax à cause de l'accent, ni de vivacem à cause
du genre de ce dernier : us disparut d'après les lois de la pho-
nétique provençale, comme dans nesci de nescius, enfin aussi
l'i, comme dans aveneditz de adventicius ; il est possible qu'à
l'époque où vivait notre glossateur, on ait encore dit vivazi.
Que le comparatif soit descendu à la signification du positif, on
n'a pas besoin de s'en inquiéter, cfr. le synonyme latin odus
pour ociter, et l'article précédent*.
159. Argudu skeero (rapide). — L'ital. arguto ainsi que
l'esp. et port, argudo ne sont connus qu'avec le sens du lat.
argutus sagace, mais la signification « aigu » pouvait passer à
la signif. « rapide, agile » : l'adj. anc. h. allm. skeri, p. ex.
(dont le mot shero de notre glosse est l'adverbe) signifie 1** acer
ad investigandum, sagax, 2° velox; cfr. encore les diverses signi-
fications du lat. acer et du grec èÇ(5<;. La conjecture de Graff O/ciu-
tum n'est donc pas nécessaire. Cette signification « rapide ^
concorde aussi avec la signif. de Fane. fr. arguer « pousser,
exciter », p. ex. : des espérons l'argue (le cheval). Gui de
Nant. p. 35, cfr. aussi l'anc. fr. s'arguer = s'empresser.
160. Moi mutti (boisseau). — Moi, du lat. modius, est le
pr. moi, forme qu'on a le droit de supposer à côté de muei, fr.
1. J'ai dit qu'il n'existe pas d'exemple de viatz employé comme adjec-
tif. Cependant il existe un adverbe viassamen, qui semble supposer un
adjectif à deux désinences viatz viassa. Mais celui-ci n'aurait pas pu se
former régulièrement de iHmx, il a dû se former de vivus et du suffixe
-aeeus. Mais comme le provençal ne se sert pas de ce suffixe pour former
ses adjectifs, on se voit obligé de s'en tenir à l'étymoiogie vivacp : la lan-
gue a peut-être eu recours à une intercalation : car viatzmen, qui se
retrouve dans l'it. vivacemente, eût été un composé un peu dur à pro-
noncer.
— u\ —
mfdd. Ge mot revient dans la glosse suivante : quanta moi
in memage mutti, dont la partie all^nande a été heureusement
corrigée par Grimm en wêo managê mutte (ce dernier pour
muttâ) = combien de boisseaux ? On est étonné de voir le plu-
riel tout latin qtuznta au lieu de qvtanti ou quantos. L'auteur
pensait peut-être au neutre mpdium^ usité dans le latin moyen
et employé déjà par Caton (v. Diefenb., Gloss. IcU.^germ.) ; il
va de soi que cette forme n'a pu exercer aucune influence sur la
forme du roman moi.
162. Sim halp (allm. mod. halb demi) : — pr. sem, fém.
*ewm privé, p. ex. : sem de totjoi =: privé de toute joie, semar
priver; anc. fr. semé feii3le, débile, Roquel. (ce dernier appar-
tient-il bien à cette catégorie?), forme dialecte : semer muti-
ler (ce n'est pas le verbe semer que j'ai cité dans mon Dict,
Etym, I. article scemo, ce dernier doit être corrigé en sevrer);
it. scemo amoindri, scem,are amoindrir ; dans le plus ancien
latin moyen ; semus mutilé, simare mutiler. Tous viennent
du lat. semis = moitié, privé d'une moitié, d'où : amoindrir, etc.
163. Alatuttiti(?&^aa//^(allm. mod. t/?oA^aZ/£? eh bien tous):
— Aia n'est pas, comme le croit Eckhart, le fr. aide^ ni l'inter-
jection afe, c'est une forme correspondant au port, eia^ esp. ea,
= lat. eja. Il faut remarquer la forme tutti, parce qu'elle nous
apprend que le pluriel provençal tuit Vest formé d'une forme
romane antérieure tuti ou tutti, par métathèse ; que partant la
langue romane de la France n'avait pas encore complètement
perdu Vi désinentiel du pluriel, quoique peut-être on prononçât
déjà le mot en une seule syllabe : tutt) (ce j étant égal à y dans
ayons.) V. Gramm, romane II. Flexion : Pronom proven-
çal, 5
164. Vestid cawati (habillement). — Le lat. vestitus s'est
conservé dans l'it. vestitOj esp. vestido, cat. vestid, roum.
vischieu (de vischir =: vestire), mais il ne s'est pas maintenu
en français ni en provençal. Cependant on lit dans l'ancien
poème de la Passion de J. -Christ, 11 : palis y vestit, pcUis,
mantels davant estendent a sos pez.
165. Laniu vestid uillinaz sous-entent. cawati (allm.
mod. wollene de laine) ; 166. Uni vestid lininaz (allm. mod.
leinene de lin). — La forme romane de ces deux adjectifs latins
laneus et lineus permet de supposer qu'ils ont existé dans le
domaine français, et en effet l'idiome méridional possède à la fois
lani et Uni, pour lesquris il faut supposer les féminins lanhà,
linha (ce dernier existe). L'italien a lano, lino.
— 4V2 —
167. Tramolol sapan (toUe fine). — La première moitié
du mot roman concorde avec le fr. tramait, Fit. tramaglio, le
lat. moy. tremaculum, filet de pêche qu'on étend au travers
des petites rivières : c'est aussi le mot que les interprétateurs
ont proposé. Mais la difierence entre un grossier filet et une toile
fine saute tellement aux yeux, qu'il paraît prudent de séparer
les deux mots, dont le second, tramait, se rattache plutôt à ter-
macula ou tri-macula (à trois mailles). C'est ce que j'ai fait
dans mon Dict. Etym, I. tramagtio (où il faudra cependant
lire tramotol au lieu de tramolot), en rapprochant le fr. treil-
lis, it. traticcio, venant du lat. tri-ticium. Quant à l'étymo-
logie du mot de notre glosse, il n'y aurait pas trop d'inconvé-
nients à adopter le lat. trama = trame du tissu, dont le sens
peut être étendu au tissu entier. Mais il n'existe pas de dérivé
roman correspondant, et l'on peut se demander si dans la forme
mal-sonnante tramotol, avec le double suflîxe ot, le deuxième
ol n'est pas l'efiet d'un lapsus du scribe, tel qu'on en rencontre
fréquemment dans les manuscrits. Il faut encore remarquer, à
propos du deuxième mot de la glosse, que sapan est à la fois
roman et allemand : pr. savena, anc. fr. savene, etc.
168. Vellus williLS (toison) : — pr. velt, it. vetto^ esp.
vetlo.
169. Punxlsti stahhi (allm. mod. du stachesi tu piquas).
Punoci pour pupugi, forme citée par un grammairien comme
n'appartenant pas à la langue littéraire, appartient en efiet au
parler populaire, c'est-à-dire à la langue romane, ex. : poins,
poinsist, etc. Cependant les glossaires présentent plus souvent
la ioTXùQ pupugi, cfr. Grafif. VI. 729.
171. Campa hamma (fesse, gigot). — La traduction ne
concorde pas avec le sens du pr. camba, fr. jambe, mais il est
possible qu'elle se rapproche plus du sens primitif du mot, qui a
dû être face sinueuse, courbure, pli du genou : car sa racine est le
celtique cam courbé, sinueux, dont les nombreux dérivés latins
et romans désignent tous quelque chose de recourbé : ex. : lat.
cam-^ruSy cam-erus, courbe, tordu, cam-era voûte, cam^
erare voûter ; port, camba jante de la roue (bois recourbé) ;
V. Bict. Etym, I. gamba.
172. Ponderosus haolohter (souffrant d'une hernie). —
La signification attribuée ici à ponderosus n'est ni latine ni
romane, on trouvera des renseignements sur ce mot dans
Ducange ; sur son emploi dans les glossaires on peut consulter
Graff IV. 848, où l'allm. haotoht, holoht traduit à la fois her^
— 4^3 —
niosiis et ponderosus. Ces deux mots sont aussi synonymes
dans Papias.
173. Albios oculos staraplinter (allm. mod. staarblind
littér. : aveugle de la cataracte). — Le scribe a probablement
voulu écrire albioculus, mais ayant écrit albios- au lieu de
albioo- et s'étant aperçu de la faute commise, il recommença le
mot oculus. Ce mot albioculus désigne, suivant Eckhart,
quelqu'un qui nil nisi album in oculo habet. Il ressemble tant
à rit. avocolo et au fr. aveugle, que l'identité des deux mots
se présente d'elle-même. D'ailleurs la forme av-eugle me paraît
être une forme plus juste que ceUe que donne notre glosse :
elle vient, comme on le sait^ de db-oculus; on en rapprochera
pour ab le composé abnormis et une forme appartenant au grec
de la décadence àic-ofÀ^AaToç = èÇ-éixixaToç. Albioculus aurait cer-
tainement donné en français plutôt une forme aubeugle, si l'on
en juge par les formes aube, aubade, aubépine, aubier, aubin.
Il vaut donc mieux voir dans ce mot l'eflFet d'une méprise, qui a
fait entrer dans le composé aveugle l'adj. albus, qu'une forme
plus ancienne.
174. Gyppus hovarohter (bossu, bosselé). — Dans y pour
i, je ne vois pas l'effet d'un hasard, d'autant plus que cette glosse
est la seule où le scribe emploie cette lettre. Au commencement
du moyen âge on écrivait souvent, au lieu de gibbus (convexe,
bossu), gybbus, et on prononçait cet y comme un u : c'est ainsi
que s'explique Fit. gobbo, roum. gob (bosse), fr. gobin (bossu) ;
de même thyrsus (tige des plantes) donna naissance à l'it. torso,
crypta à grotta, pùpdY) à borsa, t6[à6o(; à tomba. Gfr. Dict.
Etym. I. gobbo, — Les mots lippue et claudus des deux
glosses suivantes n'offrent pas beaucoup d'intérêt : il n'y a qu'à
rappeler que dans le domaine franco-provençal on n'en trouve
que des dérivés, par ex. en prov. lipos et claudicar,
180. Gulvium noila (a. h.-all. nuoil rabot). — C'est le fr.
gouge, esp. gubia : on le rencontre déjà dans Isidore, écrit de
deux manières : gubia et gulbia. Le mot paraît être emprunté
à l'ibérique : le basque gubia signifie arc, gubioa gorge (v. le
recueil de Humboldt) : de même ï'allm. kehle (gorge) peut aussi
désigner une tringle dans laquelle est pratiquée une rainure. Cfr.
Dict, Etym. I. gubia.
181. Indica mih sage mir (dis-moi). Avec cette glosse
commence la longue série des phrases, sur lesquelles il y a d'ail-
leurs peu de chose à dire. Mih pour mihi va de soi. Ici M. Wac-
kernagel (v. l'article supplémentaire de Grimm, p. 4) rappelle
GLOSSES 8
une expression traitée par J. Grimm dans le Jowrncd de Haupt
II. 191 : c'est la protestation usitée entre religieux dans les
couvents allemands crede mich ! pour mihi.
189. Pergite sindos; — lisez pergiSj comme le propose
Grimm.
201. Nécessitas durfti (allm. mod. composé singul. noth-
durfl besoin). — Le mot allemand doit être regardé comme un
pluriel, à cause du dernier mot de la glosse précédente warun
(allm. mod. voaren étaient), et au lieu de nécessitas il faut lire
necesse, à cause du mot multum de la glosse suivante, comme
le remarque encore Grimm. Cependant dans le latin moyen,
nécessitas est avait le même sens que necesse est (p. ex. : si
nécessitas fuerit^ Form. Mabill. 51), et Ton oublia sa qualité
de substantif, de sorte qu'on s'explique qu'avec le temps on ait
dit multum nécessitas est.
208. Intellezisti fimimis (au-dessus du premier i il y a
un t) dans le ms.), lisez : intellegis; 212. intellezistis fime--
mmmeSy -^ lisez : intellegimus ; car les deux verbes allemands
sont au présent (Grimm).
,216. Remanda capiutu ; — lisez remando (Grimm).
226. Sicp sic potest so mac (aUm. mod. so mag, indic.
prés, littér. : ainsi peut = il est possible ou permis que) ; il &ut
rayer sicp^ qui ne peut être que l'efiet d'un lapsus.
230. Sapienti spahe ; — il faut lire avec M. Wackernagel :
sapientia spahi,
244. Mstlas upile (ail. mod. iibel maux). — Grimm pro-
pose de corriger mali, M. Wackernagel m/ilos,
245. Bonas cotiu (ail. mod. gute bons, bonnes). — Grimm
propose bona.
REMARQUES SUR LA PHONETIQUE DES MOTS ROMANS.
Différentes questions de phonétique ont déjà été traitées dans
le commentaire qui précède : il y en a quelques autres qu'il est
plus aisé de traiter séparément.
La voyelle a au lieu de ^ à la première syUabe du mot, lors-
qu'elle n'a pas l'accent v. gl. 11.
La voyelle ^ à la première syllabe atone du mot, correspon-
— 4i5 —
dant au fr. ai dans esilos = aissel 104, mediran «s mamen
105, nous représente déjà le passage d'une dipfathûng«e à une
TOjelle simple (dans la prononciation) . On peut en rapprocher la
forme eramen du Oloss. de Reichenau. Sur e pour a à la
même syllabe, v. keminada 97.
La voyelle i remplaçant le lat. é se rencontre dans plusieurs
exemples : pirpici 74, pvUcins 86, Usle (pensile, pèsUef)
96, sim {semis) 162. M. Wackernagel (Umdeutschung etc.,
p. 20) nous montre ce même phénomène phonétique dans des
mots aoc. haut-allemands empruntés au latin, et donne de nom-
breux exemples. On rencontre i remplaçant e atone dans ttryu-
porihus 9, mediran 105 (qui vient cependant probablement
de m^deiran) et quelques autres ; cfr. dans le Gloss. de Rei--
chenau la forme visica 33.
La lettre u représentant le français ou, o, comme dans le
Oloss. de Reichenau, se rencontre p. ex. ddins pur celli, tutti,
m^ntun, audun, tundi.
Les diphthongues ai, ei, oi apparaissent déjà p. ex. dans m'a,
seia, manneiras, mx)i. Dans la partie allemande on ne rencontre
jamais ai, mais toujours ei, comme p. ex. dans les mots einpar,
pein, sheitila, au chapitre VHP. A la glosse 228 : peigira à
côté du roman paioari, La dipht. aUy en exceptant les mots
purement latins, n*est employée que dans aucas, auciun.
Dans les consonnes il faut remarquer les moyennes romanes
remplaçant les fortes latines : la labiale b dans bisle ; la den-
tale d dans figido, fidelli, keminada, pridia^, mediran,
sedelli, argudu, vestid; la gutturale g dans ordigas, segra--
dos, etc. Le Voc. de Saint-Oall nous montre le même phéno-
mène dans ballida (pallida), babille (papilla), prades (prata),
gubrunes (crabrones), indiga {indica).
Mais l'inverse a lieu aussi : la forte à la place de la moyenne ;
c'est un germanisme. La labiale p dans/}arôa, putel, pragas,
puiiela, pirpici, umpilico, trapes, gyppus; la gutturale c
dans callus, uncla. De même, le Voc. de. Saint-Gall fournit,
pour|î : prachia, cupiculus, ropustus, gippus; pour c : car--
rvius. Il a été question de ces germanismes dans l'Introduction,
pp. 75 et 76. On rencontre v remplaçant b, suivant une loi
générale, dans cavallus ; on rapprochera trams, du Gloss. de
Reichenau, et cervellus, du Gl. de Saint-Gall.
Il laut surtout remarquer la notation ci là où elle correspond
au pr. tz et au fr. 5. Déjà dans le Glossaire de Reichenau,
p. 66, nous avons remarqué ci ainsi que H là où le français a ç,
dont ces notations paraissent aussi avoir eu déjà alors la valeur
phonétique ; elles furent remplacées plus tard, comme on le sait,
par cz. Nous en trouvons un exemple dans pirpicty probable-
ment un pluriel, mais ne pouvant guère venir de berbicus, qui
n'apparaît qu'assez tard en latin moyen ; c'est plutôt le pr. ber-
bitz, forme appartenant à toutes les langues romanes. C'est bien
ainsi qu'il fiiut aussi juger le ci dans fadas et aucturij c'est-à-
dire que ces- deux mots étaient prononcés façaSj aucun. Le
Glossaire Rz. doime vespertilio calva suricis : il est possible
que dans le dernier mot ci remplisse la même fonction, et que 1'^
final y soit superflu; en prov. : soritz. Cette notation ci, ti c=
ç était usitée encore des siècles après. Dans le Fragment de
Valenciennes, p. ex. on trouve jpe^cion = iv.peisson, poisson^
pretiet = fr. prisé. La Passion de Jésus-Christ écrit cio à
côté de zo, so, cho ; le Saint-Léger écrit corroptios, en trois
syllabes, = pr. corrossos : si Ton avait réellement prononcé Vi,
le mot eût compté pour quatre syllabes (dans le Frag. de Vai.
il est écrit correcious, prononcez correçous). M. Bartsch, en
parlant des deux mots lanci et faillenti dans le Fragment
d'Alexandre, v. 96 et 97, a parfaitement raison de dire que
l'i n'y servait qu'à indiquer que le c et le / devaient être pro-
noncés comme un z. On sait que dans des textes postérieurs la
notation ce joue le même rôle, p. ex. lorsque le Psautier d'Ox-
ford écrit excdceat à côté de exalçad, menceunge pour men-
çunge, etc. La même chose n'aurait-eUe pas aussi déjà lieu ici
dans falcea, qui n'est autre chose que la forme fais (lat. faix)
transportée dans la première déclinaison, sonnant donc falça,
it. f aidai Ou encore pour les formes calice et vertice (le ms.
donne verticem), qui ne seraient pas des formes d'ablatiif, mais
répondraient au pr. calitz et à l'anc. fr . vertiz ? L'auteur aurait
pu se servir partout du z, mais il n'osait pas l'employer dans des
mots latins.
La lettre /"à la place de v dans fidelli, ferrai ^ f ombras con-
stitue encore un germanisme évident, dont il a été déjà question
plus haut, et qu'on rencontre aussi dans le Gloss. de Saint-
Gall, où on Ht : fespertilia^ farius, fofet^ .et dans un autre
glossaire du vin® ou ix® siècle (Graff I. Lxxn), qui écrit fnfolus.
Cette tendance à mettre l'aspirée à la place de la spirante s'est
aussi manifestée dans la germanisation des mots empruntés au
latin, et surtout dans les noms de lieux romans employés par le
haut-allemand.
La gutturale douce g dans cinge, intrange a été traitée plus
— 447 —
haut, p. 61. Peut-être est-il aussi permis de la supposer dans
figido {g = y, cfr. anc. fr. f'eye, fr. mod. foie).
Uh n'est jamais omis. Notre glossaire difiere en ceci de celui de
Beichenau.
Pour rendre 17 mouillé, notre glossaire emploie la notation il,
dans la forme cramailas 134. Un autre exemple bien ancien est
fourni par un manuscrit de Reichenau : quayldSy de qudc'las,
Gl, de Reich. 108 ; tandis que le titre comique à la fin de la L.
Salique emploie la notation H dans botilia, où le deuxième i
n'a aucune valeur étymologique, mais une valeur purement
orthographique, comme Y h provençal ; v. Gramm, romane I.
Consonnes françaises, L,
Sur n roman à la place de m final, v. GL de Cas sel, medi-
ran 105. Sur Texistenee d'un n nasal ou non, ibid. mantun 11.
Les initiales se, sp, st ne sont pas plus affectées de Ve proté-
thique que dans le Gloss, de Reichenau.
Le w dans des mots d'origine allemande n'est pas remplacé par
la notation romane gu : c'est une particularité de notre glossaire
qui indique le nord de la France ; v. p. 77, et Gramm. romane I.
Consonnes allemandes : 7, W, i. Le ms. écrit quelquefois
uu pour u = V, mais c'est l'effet du hasard.
La chute romane de consonnes placées entre voyelles ne se
rencontre que dans trois exemples : pao poxxrpavo, liones pour
ligones, moi pour modius.
m
LES GLOSSES DE VIENNE.
Parmi les rdcueils de glosses latines du moyen âge qui peuvent
servir d'auxiliaires plus ou moins précieux pour Tètude historique
des langues romanes, se trouve entre autres un glossaire latin-
allemand de la bibliothèque impériale de Vienne : il fait partie
d un volume de parchemin, coté R. 3355, renfermant des manus-
crits de différents siècles, dont il occupe les feuilles 234-236. U a
été publié une première fois par Denis (II, p. 1545), mais d'une
manière souvent très-incorrecte ; il Ta été d'une façon plus satis-
faisante par Graff, dans ses Diutiska, III, 485^
Ce recueil est un fragment de peu d'étendue, ne contenant que
quatre-vingt-douze glosses, parmi lesquelles une glosse double ;
le nombre des mots latins ou romans y est de quatre-vingt-qua-
torze : ils désignent tous des choses concrètes, se rapportant à
l'agriculture et à l'économie domestique, surtout des vases, des
habits, des harnais de chevaux. Il date probablement du xi® s. :
c'est là l'opinion de Hoffmann de FaUersleben, qui en parle
dans ses Althochdeutsche Glossen (glosses en ancien h.-alle-
1. Il aurait pu être utilisé d'une manière avantageuse pour l'interpré-
tation des Glosses de Cassai, ce qui n'a été fait ni par W. Grimm ni par
moi : les nombreux barbarismes et obscurités qu'il renferme m'avaient
détourné d'entreprendre ce travail. Récemment W. Wackernagel attira
de nouveau mon attention sur ces glosses : il m'invita à en faire le sujet
d'un travail spécial (invitation à laquelle j'obéis volontiers) et m'envoya
en même temps une copie de Hoffmann de FaUersleben, qui donne
d'importantes corrections au texte de Graff.
— 449 —
mand), p. xxxj ; c'est aussi Tavis de GraflF, Alth, Sprachschatz,
I, p. Ixxiij. En effet les mots appartiennent encore tous à lancien
haut-allemand pur; on n*y remarque pas la moindre trace de
moyen haut-allemand : c'est ainsi que nous rencontrons l'ancienne
forme rivmOy et non riomo ou rtEmo (moyen h.-allm.) ; on y
voit même encore employée l'ancienne copulative a, comme dans
scatOrhuot (chapeau à ombre) . L'idiome est très-nettement carac-
térisé : la consonne b est presque toujours remplacée par p ; le
groupe^/* est représenté par ph ou aussi par f; fest maintenu
ou rendu par v ; la gutturale douce g n'est jamais remplacée par
la forte ; au lieu de la consonne A il y a simplement ch, excepté à
la fin des mots et dans le groupe se, où elle est représentée par c ;
la dentale douce d, pas plus que la gutturale, n'est jamais repré-
sentée par la forte ; et réciproquement la forte ne cède jamais la
place k la douce. Le consonantisme concorde donc en général avec
celui des Glosses de Cassel, et comme aussi le vocalisme est à
peu près le même dans les deux recueils, il est peut-être permis
de tirer de cette concordance quelque conclusion sur la contrée où
fut écrit le glossaire de Vienne.
Quant aux mots non allemands, leur forme toute particulière
a déjà excité l'étonnement du premier éditeur, Denis : il s'est
demandé si c'était un italien se trouvant en Allemagne ou un alle-
mand se trouvant en Italie qui avait rédigé ce glossaire. Qu'un alle-
mand en soit l'auteur, cela est bien certain ; mais ce qui ne l'est pas
moins, c'est que l'auteur n'a pas recueilli ces mots de la bouche du
peuple, mais qu'il les a extraits d'autres glossaires. Car d'une
part les mots se trouvent rangés en plusieurs endroits presque
dans le même ordre que dans d'autres recueils beaucoup plus
anciens ; et d'autre part l'auteur n'a pas su se défaire de certaines
particularités que présentent ces recueils dans la manière de
traiter certains mots : c'est ainsi qu'il met p. ex. des accusatifs pour
des nominatifs, notamment burim pour ïmris, qu'il accompagne
forceps de l'étymologie a pilo. U est facile de reconnaître que,
malgré les modèles présents à ses yeux, l'auteur a souvent con-
fondu le latin avec le roman, et non-seulement avec l'italien, mais
aussi avec le français, langues qu'il avait probablement apprises
à l'étranger. Des mots romans isolés se rencontrent dans tous les
glossaires latins-allemands, tandis que dans le nôtre on ne les
rencontre plus isolés, mais par groupes compactes, et les mots
mêmes qui ne prennent pas une forme purement romane, qui
sont contraints de se plier à la forme latine, présentent néan-
moins des traits tout romans. On rencontre p. ex. v pour p.
.%
— 420 —
comme dans cavistrum (chevêtré) ; g pour c guttural, comme
dans mdnaga (prov. manga) ; de même d pour t dans sida^
fibuladura, cusidura, vestido; surtout s servant à rendre la
prononciation du français c, dans lansa, sincta, arsilun. Mais
l'auteur s'oublie plusieurs fois jusqu'à se conformer à la pro-
nonciation allemande, lorsqu'il met p au lieu de b, ou ch au lieu
de c guttural. Comment se fait-il que d'autre part d'autres glosso-
graphes allemands remplacent si fréquemment par g ce même c
guttural, surtout lorsqu'il se trouve à l'initiale? Le nôtre écrit
guba, galdarios, gramagla ; d'autres écrivent glunes, grati-
gula, gunnus, etc. Il est vrai que beaucoup de mots étrangers
adoptés par l'allemand durent subir cette modification phonique,
p. ex. en ancien haut-allemand : gapha (du roman capa), gar--
minân (carminare), gruft (crypta), en moyen hautr-allemand :
gerner (carnarium), gumpan, gumpost {compositum),
gunter feit {contra facturn). La langue allemande avait donc
aussi bien que le roman une tendance à faire descendre la gut-
turale forte à la douce, seulement le roman ne fait ordinairement
subir ce changement qu'à la gutturale médiane ; v. Wackernagel,
Umbildung, etc., p. 26. Un autre fait caractéristique de notre
glossaire est une certaine indépendance qu'il montre dans sa
manière de traduire : il s'écarte souvent de la traduction tradi-
tionnelle, mais quelquefois pour s'égarer.
Parmi les quatre-vingt-quatorze mots non allemands il y en a
environ trente, desquels on peut affirmer qu'ils sont romans ; il
n'y en a que sept qui appartiennent exclusivement au latin ; un
nombre à peu près égal ne se retrouvent ni en latin ni en roman
(quelques-uns cependant en latin moyen) . Une trentaine de mots
appartenant à la fois au latin et au roman ne donnent lieu à
aucune remarque importante : je m'abstiendrai donc de les
mentionner.
Pour ce qui concerne les désinences, il faut remarquer que
plusieurs mots sont à l'accusatif singulier ; d'autres sont à l'accu-
satif pluriel en -as, ce qui fait penser au provençal, d'autres
enfin se terminent en -o comme en italien. Quatre mots seulement
sont dépourvus de toute désinence de flexion : ce sont : poly
thomar^ paludel, arsilun.
Nous allons traiter les mots les plus remarquables du
glossaire.
— 421 —
COMMENTAIRE DES MOTS LES PLUS REMARQUABLES
DU GLOSSAIRE.
Burim^ fluoges houpit (allm. mod. pfluges-haupt, littér.
tête de charrue) . — Le mot roman est aussi donné à l'accusatif
par d'autres glossaires, p. ex. par le GL de Sélestadt {purim
phlogis hobit, p. 361), probablement parce que les auteurs pen-
saient au passage de Virgile in burim, par lequel seul on le
connaissait. Il faut remarquer que ce mot, qui est un terme
d'agriculture romaine, n'a persisté qu'en Italie {bure, mascul.,
milanais : burett), et qu'il n'a pas passé les Alpes.
Lora ioh-halma (courroies servant à attacher le joug,
Grimm III. 456), — port, loro (courroie qui porte l'étrier), anc.
fr. lorain (courroie), n'existe pas en italien, peut-être parce
qu'il se serait confondu avec Voro.
Pol cholpo (allm. mod. kolben crosse). — On ne peut pas
penser à polus, qui ne désigne en latin que l'axe céleste. Si l'on
veut y voir le roman pal = lat. palus (poteau), on a un mot
qui convient à la traduction allemande.
Cimalic (Graff : cimalio) scaia-huot (allm. mod. schatten-
hut chapeau à ombre). — Il faut lire cimalia, qui se trouve
dans Carpentier et signifie. « sommets des arbres », anc. fr.
cimeaulûc, cité par le même auteur. Le mot ne peut être autre
chose qu'un dérivé de dme. Le « chapeau à ombre » pouvait se
composer de branches, comme nous le voyons par ces vers cités
par le Dict. moyen haut-allemand de Benecke-Mûller-Zarncke :
in des meigen bluot braeche ich ir ein skatehuot (dans la
floraison de Mai je cueillerais pour elle un chapeau à ombre) ;
la traduction allemande s'accorde donc avec le sens du mot
roman. — Cette glosse nous permet de proposer une correction
dans un glossaire de Leyde (Journal de Haupt V. 198) du
XI® siècle; il contient cette glosse mutilée Samalich. Scato
(quatre lettres illisibles). Le deuxième mot ne peut être autre
chose que scato-huot, parce qu'il n'existe aucun autre composé
avec scato qui convienne ; le premier mot est probablement
notre cimalic^ que le scribe ne comprenait pas, et comme il lui
rappelait le lat. similiter, si fréquemment employé dans les glos-
1. Le manuscrit emploie presque partout des initiales minuscules.
— 422 —
saires, il écrivit étourdiment à sa place le mot aUemand synonyme
samalich.
Humenili chipphun. — Le premier est donné par Papias
comme un mot se rapportant au char : humeruli^ qui extremiton
tibus acois fiunt = qui sont appliqués au bout des essieux, expli-
cation confirmée par plusieurs glossaires latins qui le traduisent
par luni ou luninge c.-à-d. clous de l'essieu, v. Graff IL 221.
Biutiska IL 172. Ce même sens est aussi attribué à humerulus
par des glossateurs français : car le mot ûéce, par lequel il est
traduit dans le petit Glossaire de Tournai, ne peut guère être
autre chose que obex (barre, verrou) qui en ancien allemand
est également expliqué par lun ; la même origine et le même sens
doivent être attribués au lorrain ouc?ie {ch correspond ici au lat.
ç). Cependant la plupart des glossaires allemands traduisent,
comme le nôtre, humeruli par chipfun, p. ex. GL de Sélest.
p. 362% GL Trev. p. 17, 30, Gl Lindenbrog, 696, Sumer-
laten 32, 10; or chip f un désigne les grosses barres attachées
à Taxe et soutenant l'échelle. Mais cette signification n*est don-
née à humerulus par aucun glossaire latin ni roman, et Tesp.
hombrillo a également un autre sens. Il serait néanmoins pos-
sible que la signification qu'on rencontre dans le latin moyen
fut prise dans la langue vivante, qu'elle fût romane, puisqu'elle
est aussi attestée par Papias, dont la patrie est romane. On se
représentait le char, et principalement la charrue, comme un
être animé, comme un animal, auquel on attribuait une tête et
une queue : l'axe autour duquel tournait la roue pouvait alors
être envisagé comme l'épaule ou l'articulation dans laquelle se
meut la jambe ; le clou ou verrou de l'axe pouvait ensuite être
désigné assez justement par un diminutif de humérus^,
Medioli napa (aUm. mod. naben moyeux). — C'est le
fi^nç. moyeu. D faut absolument corriger modioli, quoique
beaucoup de recueils donnent la forme défigurée mEdiolus, p.
ex. GL Lindenbr. 997, Diutiska IL 172, Diefenb., Gloss, lat,
moyen 179, Sumerlaten 11^, 32* : il est certain que les auteurs
pensaient à médium, parce que le moyeu est le milieu de la roue.
C'est de cette &çon que les grammairiens savent rectifier la
1. En cimbrique aksela désigne Tessieu aussi bien que Fépaule; et si Ton
voulait remonter à une forme plus ancienne ahsala, qu'il est permis
de supposer, on aurait une étymologie pour Tital. $ala (essieu), qui ne se
retrouve dans aucune autre langue romane. Mais 11 est téméraire de
supposer une influence du petit peuple cimbrique sur la formation de
la langue italienne.
— 423 —
langue ! Cette rectification n'a d'ailleurs eu aucune influence sur
le mot français : car à côté de moyeu on ne trouve pas en ancien
français de forme meyeu.
Temo languid. — C'est l'it. iimonej etc., avec l'accentua-
tion régulière. La traduction allemande donnée ici comme dans
la plupart des recueils est incorrecte : car languid (lang-wiedé)
désigne l'arbre de couche traversant le chariot dans toute sa
longueur et servant à joindre ensemble ses deux trains. Et cepen-
dant il serait possible que l'une ou l'autre des langues romanes
eût connu cette signification attribuée au mot latin de notre
glosse, car Papias explique iemo par longitude aratri vel
plattstri, ce qui s'applique plutôt à langwide qu'à « timon ».
Un autre mot latin moyen traduisant langwide est long aie, DC.
Gerula zupar (allm. mod. zubey^ baquet). — C'est l'anc. fr.
gerle, v. la gl. gerala zuipar, au Gloss. de CasseL
Gruba putina, — Il faut rapprocher cette glosse de la gl.
cava putin du Gloss. de CasseL Elle fournit un nouvel argu-
ment pour lire dans ce dernier cuva au lieu de cava, malgré
l'opinion de Grimm et de Holtzmann. On retrouve la même alté-
ration de la première syllabe dans gubellas GvaS VI. 698.
Galdarios chezzila (plur.). — C'est la glosse caldaru
chezil du Gloss. de Cassel. De même chaldarioli chezzili:=.
caldarora (pour caldarola) chezi du GL de Cassel.
Gramagla haia. — Dans le Gl. de Cassel : cramailas
hahla ; mais nous avons encore la gutturale initiale faible g dans
gramacula Gloss. Trev. éd. Hoffm. 16, 8.
Dolea zéntanara (plur.). — De même doleo kentenara
Doc. Mise. I. 204. Dans les deux cas la traduction allemande =
allm. mod. zentner quintaux est inexacte ; dans le Gl. de Cas-
sel dolea n'a que le sens de baquet, auge.
Angaria stanta allm. mod. stante grand vase ou réservoir
en bois, baquet). — Cette glosse se retrouve littéralement dans
d'autres recueils, v. Grafi" VI. 697. Le lat. aquaria, par suite
d'une nasalisation assez fréquente, devint ancaria (voilà peut-être
pourquoi l'aUm. anker = ordin. « ancre » désigne aussi une
mesure de capacité des liquides), et ensuite angaria, de même
que aequalis donna en provençal engal. Par le passage de ca à
che ancaria devint l'anc. fr. anchere, dans certains dialectes
ancere (comme ceval pour cheval), dont la forme latinisée
ancheria se retrouve dans une charte de l'an 1318, citée par
Carpentier. Le lat. aquaria donna encore la forme non nasa-
lisée fr. aiguière, prov. aiguieira^s&rvo&oiv, qui existe encore.
— 424 —
Falces sengansa (allm. mod. sensé feux). —Le GL de
Cassel donne la glosse correspondante fcUceas se gansa,
Falcidas sihchilun (allm. mod. sicheln faucilles). — Le
mot roman est une forme impossible : il faut corriger fcUcicla^s,
c'est cl qui, par l'effet d'un lapsus calami, est devenu dy comme
cela arrive assez souvent. A falcicla correspond exactement le
catal. falsilla^ pr. faucilha, fr. faucille,
Dolatrias partun (anc. ail. harte hache, conservé dans
hellebarte hallebarde). — Le mot dolatria (singul.) se laisse
plus aisément transformer en dolatoria (marteau des tailleurs
de pierres) qu'en dolabra (sorte de hache), qui n'a pas passé
dans les langues romanes. Dolatoria a donné en français
doloire, et doladera en espagnol, où le suflSxe or est assez
souvent remplacé par er, tandis que l'anc. fr. masc. doloir,
Vocàbul, dEvreuœ p. 7, se rattache à la forme dolatorium,
qu'on trouve dans Isidore. Notre glosse est la même que la
gl. dolatoria partun du Gl. de Saint-Gall, et dolatoria parta
Hattemer I. 389, Sumerlaten 35*».
Bantini pecchi (allm. mod. becken bassins). — Le mot
roman doit être corrigé en baccini; le copiste a lu nt au lieu de
ce.
Urceolum urzal. — Cest l'it. orciuolo (cruche), avec un
suflSxe différent, anc. fr. ourcel (petit vase), Roquef., orciaus,
Voc, d'JSvreiuv p. 37. En anc. haut-allemand il y a les
variantes urzeol, urzol, urzel, moyen h. -allm. urgel.
Manlle hantichar (vase qu'on peut manier avec la main).
— La forme manile, de manus, se trouve çà et là en latin
moyen pour désigner un vase dans lequel on se lave les mains,
mais il n'existe pas en roman. Il n'est resté en roman que le
composé aquamanile = bassin, cuvette dans laquelle on versait
l'eau de Yurceolus, donné par la glosse précédente {urceolo
uno cum aquamanile , de l'an 915, DC.) : c'est l'esp. aguon
manil (arrosou*). La forme la plus ancienne est aquaemanalis,
dans Varron, cité par Nonius; une forme plus récente est aqui--
minale, dans Julius Paulus, à laquelle se rattachent les formes
du latin moyen citées par DC.
Focipe apilo scari (allm. mod. scheere ciseaux). — Il
faut lire forcipe = forcipa du Gl. de Cassel. Le deuxième
mot apilo a été omis par Graff, qui ne l'a probablement pas
compris. Isidore 20, 13, dit en parlant des ciseaux : « si a filo
« feruntur, /*ponitur ut fbrfices, quae sunt sartorum ; si a pilo,
« per^ ut forpices, quae sunt tonsorum. » Notre auteur aurait
— 425 —
donc dû écrire forpices, parce que forcipes n'a rien de commun
avec pilus, prétendue étymologle de forpices.
Fiscina fiscer (ail. mod. fischer pêcheur). — Au-dessus du
c du mot allemand il y a un Â. Le mot latin doit être corrigé en
fuscina = it. fuscinola fourche ; je ne connais pas d'autre mot
roman qui puisse s'y rattacher.
Manuterias hantduuchillû (allm. mod. hand-tucfdein
petite serviette). — Déjà Grégoire le Grand se sert du mot
manutergium, formé comme manutigium, et plus tard on voit
aussi apparaître la forme syncopée manuterium. Les idiomes
populaires ne le connaissent pas.
Fossorias houun (allm. mod. hauen houes). — Le mot
roman apparaît déjà dans Isidore 12, 14 : « fossorium vocant
quod foveam faciat » ; et il est probable que les laboureurs romains
le connaissaient aussi. Il n'a néanmoins persisté qu'en France :
pr. et anc. fr. fossor ; cfr . dans un gloss. lat.-franç. cité par DG. :
ligo hoe ou fossour.
Genuale ampahtlahhan. — Le mot latin signifie genouil-
lère et est correctement traduit dans un manuscrit d'Ëmmeram
cité dans Graff II. 158, par chni-lachan morceau d'étoflfe pour
couvrir le genou {chni = allm. mod. knie genou), tandis qu'ici
il est inexactement rendu par ampat-lakhan = littéral, toile
de service (cfr. serviette de servir)^ qui sert autre part à traduire
gausape^ mensale et mappa. On ne peut rapprocher de p^nwafe
que l'it. ginocchiale.
Rosarum scarasahs (couteau à tondre). — Il faut lire
rasorium, qui n'existe pas en latin classique, mais apparaît déjà
dans les Glosses d'Isidore et fréquemment plus tard : it. rasojo^
fr. rasoir^ et avec un sens peu différent : port, rasouro, esp.
rasero = racloir.
Procula zuec (allm. mod. zwech = broche, broquette). —
Il faut lire brocula, mot appartenant à toutes les langues
romanes, d'origine incertaine, p. ex. esp. broca, fr. broche =
outil de cordonnier pour mettre des clous au talon. Le diminutif
donné par notre glosse ne se retrouve que dans le Oloss. de
Lille : brocula broche.
Spado drât (allm. mod. draht âl de fer). — Le mot roman
contient une faute d'écriture : c'est l'it. spago ficelle mince^
venant, suivant Ferrari, de spartum = corde ou ficelle faite
avec une certaine plante appelée en espagnol esparto, d'où ont pu
naître les mots sparticus, sparcuSy spacus, qu'on rencontre
en latin moyen et qui sont traduits dans les glossaires aile
— 426 —
mands par drât (fil) Graff V. 239 ; v. Dict. Etym. IL a. spago.
Manugo stil (allm. mod. stil manche, tige). — Le mot
roman pourrait être une défiguration de manubrium (manche),
mais il correspond beaucoup plus littéralement à Tit. manicOs
esp. mango, fr. manche, dont il paraît être le plus ancien
exemple. On lira donc mdnago, conformém^t à une autre
glosse de notre recueil mdnaga armilo (allm. mod. ermel
manche d'un habit).
Fundallo sola (allm. mod. sofde semelle). — Le premier
mot est écrit SundcUlo dans Tédition de Graff; et en effet ce mot
est plus facile à comprendre que fundallo ; ce pourrait être Fit.
sdndalo.
lU.ezipe ufsiuid. Quel est le sens de cette glosse? Graff lit
u/'fiuid, mais il n*a pas admis ce mot dans son grand diction-
naire anc. h.-allemand.
Thomar uperscvhi (allm.-mod. uber-schuhe souliers des-
tinés à être mis par dessus [uber] d'autres chaussures). — Le
premier mot n'est pas latin ; il est originaire de l'Europe orien-
tale, se trouve dans l'it. tomajo, et fait supposer une forme
plus ancienne tomario ou tomaro ; v . Diefenbach, Dict. gothique
I. 207.
Piz spiz (allm. mod. spitz pointe). — Le premier mot peut
être regardé comme une formé de l'ancien nominatif français =
pic-z, comme déjà dans le Gloss. de Cassel il feut remarquer jpw
comme représentant pics : dans ce même glossaire nous ren-
controns aussi le z comme signe du nominatif dans wan-z, avec
la seule différence que dans wanz le z est pour ts [want-^).
Un Roman eût sans doute écrit pic-^ ; mais l'auteur allemand de
ce glossaire a peut-être été conduit à piz par TaUm. spiz. Le
sens est « pointe en bec du soulier », en moyen-h.-allemand :
de7* spiz.
Scoph sâc. — Selon moi, le premier mot est allemand, et
non roman : sc6ph-s6c signifierait soulier de poète, soulier de
chantre, et devait traduire le lat. soccus (soulier de théâtre,
cothurne), que le scribe a oublié d'écrire en premier.
Calza hosotra... chnehosa. — Colza, de calceus, latin
moyen ccUda, est un mot roman de trè&-bon aloi : it., esp.
calza, fr. chausse. Le premier mot allemand contient une faute
d'écriture : il faut lire hosa (allm, mod. hose culotte) qui appa-
raît sous sa forme correcte dans le deuxième mot interprétant.
La syllabe -^ra, attachée à hoso, doit être détachée de ce mot :
car hosatra ne signifierait absolument rien : il faut lire hracca
— 427 —
OU broLcUe, dont les demiàres lettres manquent, panoe que, sui-
vant Graff IV. 1050, le parchemin trop mince en cet endroit ne
permettait pas de les y écrire ou plutôt parce qu'elles ont été
grattées plus tard. Le mot chnehosa (knie-hose) désigne proba-
blement une culotte dépassant les genoux (knie) . .
Fasoniola wintinc (bandeau). — Le mot allemand sert aussi
à traduire fascia, fasciale, fasciola. Aucun dictionnaire des
langues néolatines ne connaît fasoniola, muni de deux sùlBSxes
-^n et -0/ (l'italien ne possède que fa^ciuola) ; et il ne se trouve
en général aucun exemple d'un mot roman combinant -*on et -0/.
Mais il 7 a un autre sufBxe, -^11, dont le sens est à peu près le
même que celui de -ol, et qui ne se refuse pas absolument à se
combiner avec -on, comme le montrent les formes jambonel^
jambonneau, de sorte qu'on pourrait à la rigueur supposer une
forme franc, faisoniole.
Nastlo nestila (allm. mod. neste} ruban mince). — On
trouve en latin moyen na^tula, à la place duquel notre glossa-
teur met une forme syncopée, c.-à-d. romane, qui se retrouve
dans rit. nastro. Graff, dans son grand dictionnaire, cite cette
forme nastlo comme un mot allemand.
Sincta gwrtila (allm. mod. gùrtel ceinture). — Sincta*,
dont r^ doit indiquer la prononciation française du o, est roman,
et non latin : c'est l'it. cinta, esp. cincha, prov. cinta, fr.
ceinte.
Sella lenti fano (littér. : toile des reins). — Le mot soi*
disant latin sella doit désigner un habit couvrant les reins, comme
l'indique la traduction lenti^fano, qui traduit dans un autre
glossaire lumbare ; mais il n'est pas possible de trouver cette
forme sella dans aucune des langues romanes. 11 est fort probable
que nous sommes ici en présence d'une ancienne connaissance.
Ce doit être le mot fassela (de fascia) que nous avions rencontré
au Gloss. de Cassel, et dont le scribe a omis la première syllabe.
U ne me paraît guère possible de donner une autre explication.
Le sens serait une bande ou écharpe entourant les reins, et il se
pourrait bien qu'il eût existé une forme franc, faissele, pour
laquelle notre glosse paraît être un deuxième témoignage indé-
pendant du premier.
Flbula dura naruuo (aUm. mod. narbe cicatrice). — Le
mot roman fibiUadura n'apparaît nulle part en latin ; il désigne
nécessairement l'endroit cousu ou agrafé d'un habit, et se retrouve *
dans l'it. aflSbbiaturar, qui pouvait sonner en ancien français
fibléure. Le mot allemand naruuo = narwa traduit dans un
— 428 —
autre glossaire le lat. anstda^ qui est un synonyme de fiàtUor-
dura, Graff suppose que narwa = cicatriœ et narwa = fibu-
ladura sont deux mots d'origine différente. Mais il a tort : car la
cicatrice aussi peut être regardée comme quelque chose qui a été
cousu, réuni, et plusieurs autres langues n*ont qu*un seul mot
pour exprimer ces deux mêmes significations.
Uro vel llmbus soum (allm. mod. saum bord, bordure).
— Uro représente ora, mais il n'y a pas lieu de supposer une
faute .d'écriture : la désinence masculine o constitue simplement
un romanisme; c'est l'anc. or (normand wr), le sarde oru, v.
Dict. Etym. I. orlo,
Lansa gen^o. — Le mot allemand, en moyen h.-allemand
gère (de gêr javelot), désigne une pièce d'étoflfe en forme de
mince triangle, cousue sur un habit, par analogie avec la pointe
d'un javelot. On trouve aussi en latin moy&x pilum vestimenti.
Notre glosse confirme que l'origine de gêro est gêr, en nous
montrant que le roman a dû aussi employer, pour désigner la
même chose, le mot lancea, quoique aucun idiome, aucun dia-
lecte du domaine n'en fournisse un témoignage.
Gusidura nât (allm. mod. naht couture). — Une forme
latine consutura, pour sutura, ne nous a pas été conservée ; elle
n'apparaît que dans le latin moyen écrit à la fin du moyen âge
(v. Diefenb. Dict. latin moyen) ; cependant les plus anciens
glossaires fournissent au moins sutor, consutor (Quicherat). La
forme donnée par notre glosse appartient au contraire à toutes les
langues romanes : it. cucitura, esp. coceduras, costura, pr.
costura, fr. couture, roum. cusadira, val. cosçturç.
Antelina furpugi (courroie du poitrail traversant la poi-
trine), postelina afterreifi (courroie redressant la queue du
cheval). — Le latin classique ne connaissait que postilena; le
latin de la décadence^ le transforma en postelina, parce que la
désinence -ina lui était plus familière que -ena ; et d'après ce
modèle elle forma le nouveau mot ante-lina. Mais ni l'un ni
l'autre ne paraissent s'être introduits dans le parler populaire :
car ils n'ont pas laissé la moindre trace dans aucune langue
romane. Il en est de même des formes antella et postella, citées
par Isidore comme provenant de antesella et postsella : elles
n'apparaissent que dans la langue savante.
Gingola stafa stegereif {stegerrif ms. ? = étrier). ^ Le
• premier mot est l'it. cinghia, pr. cingla, fr. sangle. Il n'est pas
traduit : car sa signification ne peut guère avoir été « étrier » .
Isidore 20, 16, dit : « Cingula hominum generis neutri est
— 429 —
« (var. : sunt) nam animalium génère feminino dicimus has
« cingulas, » et c'est le cas que nous avons ici. Stafa est Tit.
staffa (étrier), qui est formé sur Tallm. stapfe.
Suprasella hulft. — L'allm. hulft sert aussi à traduire le
roman ktdcita = fr. housse : il signifie donc ici la couverture de
la selle. Le latin moyen ne fournit que la forme supersellium,
formée d*après subsellium, mais le franc, sur selle (Roquef.)-
reproduit littéralement notre glosse suprasella. Le provençal
ne possède que sotzella = le contraire de surselle^ c.-à-d. ce
qui est sous la selle.
Ragabia slougriumo, — Le mot allemand se trouve ac-
compagné d un point d'interrogation dans le grand dictionnaire
de Graflf. Mais il y a dans le Vocabularius optimus, p. 30a, une
glosse qui prouve l'existence de ce mot et en indique le sens :
c'est la glosse liga, ligula = sluhrien (allm. mod. schuh-rie-
men courroie ou attache du soulier). Quant à ragabia^ je ne sais
qu'en £aire.
Arsilûn satelpogo. — Le français ne connaît pas de forme
arcillon, ni l'italien la forme archicellone : mais il n'est pas
impossible qu'elles aient existé : elle pouvait naître de arcus,
comme p. ex. oisillon est sorti de auca. La forme diminutive ne
doit pas nous arrêter : elle est également donnée dans le syno-
nyme arceolus, cité par le Gloss. d'JEmmeram et par d'autres
glossaires. Le glossateur n'aurait guère pu tomber sur une forme
aussi régulière, si elle ne lui avait pas été fournie par le parler
populaire.
Sarga vel uestido roc (allm. mod. rock habit). — On
trouve dans Ducange des formes comme ^arica, sareca, saraca,
sarcay qui désignent des vêtements, et qui Sont formées
sur le lat. serica, le nom de la matière ayant passé à l'habit,
comme en beaucoup d'autres cas : c'est le fr. sarge, serge, etc.
En se plaçant à ce point de vue, on peut conserver toutes les
lettres du mot. Dans le cas contraire, on pourrait retrancher IV
et lire sagu = anc. fr. saie, sorte de manteau.
Paludel sarrÔG (habit de guerre). — L'auteur nous donne ici
unmotquiestévidemmentdeformationromane, c.-à-d. provençale,
sans désinence de flexion, comme au Gloss, de Cass elles formes
calamel, putel, martel : il peut venir de paliuiamentum,
avec changement de suffixe, lequel mot est également traduit par
sarrôc dans d'autres glossaires {hoc quidem rustici sarochium
dicunt, Gloss. Nyerup, p. 296) ; il peut encore venir d'un pri-
mitif perdu^ auquel il faut aussi faire remonter le latin paluda^
GLOSSES 9
le
y
— 430 —
tus. Il ne se retrouve pas dans le domaine français ; mais il existe
en italien, où il semble se montrer pour la première fois dans une
traduction manuscrite de Yalère Maxime : paludello petit man-
teau. Ce n*est que longtemps après la rédaction de notre glossaire
qu'apparaît le lat. moyen palt^dellumy cité par T)C.,eipaliUel-'
lum^ cité par Dietenbach dans son Dict. lat. moyen et dans
son Dict. IcUirirgerman.
Pasingo papas. — Au lieu Aq papas, Graflf (III. 353) écrit
pampas : c'est ce dernier qu'il regarde comme le mot latin de la
glosse, pasingo comme le mot allemand : il interya*tit l'ordre
des deux mots. Ne nous écartons pas de la règle. La glosse, il est
vrai, est obscure, et peut-être aussi stérile qu'obscure. Je me
permets néanmoins de proposer Texplication suivante : elle pour^
rait être une déûguratioa de praecinctus papae, le substantif
praecinctus remplaçant la forme ordinairement employéepra^-
dnctorium, qui désigne une des distinctions de la papauté,
comme nous Tapprend l'inépuisable Ducange. La traduction aUe-
mande manque, parc^ qu'dle était difficile, ou peut-être parce
que la page était remplie. Denis a omis cette glosse.
NOTES.
P. 17. Ru fa sora. Il ne paraît pas tout à fait exact de dire que dans
sora le fr. au a déjà la prononciation o : l'orthographe saur est toute
moderne, Tancien français dit sans exception sor, II faut donc dire que
dans ce mot, d'après une loi qui est sans exception, Vau latin (allemand)
est devenu en français o. Quant à Vau véritablement français, il provient
de a plus une consonne (l ou v) vocalisée en u^ et il n'était pas encore
formé à l'époque de notre glossaire.
P. 17. Turmas fulœs. Le sens du mot allemand est demeuré au mot
français plus tard que ne le dit l'auteur ; on trouve encore dans la Chart"
son de Roland (éd. Mûller, GXII, 4439) : Paien sunt mors (l. Paiens unt
mors) a railler s e a fuis; et dans Auheri le Bourguignon (éd. Tobler,
p. 488, V. 6) : Ains amenra de chevaliers grans fous.
P. 24. Laterum teularum, Teule a certainement existé aussi en fran-
çais : il est à tuile ce que eule est à uiie ; c'est une forme lorraine ou
"wallonne ; cf. seule de seculum dans Eulalie.
P. 24. Trabem trastrum. Je ferai remarquer ici que le diminutif de
trastrum^ trastellum, a donné le fr. tréteau, anc. trestel, que M. Diez
(Etym, Wb., 2« éd. II, 427) fait venir, par une distraction évidente, du
néerl. drie^stal.
fP. 27. Exterminant discolorant. Cette glosse se rapporte certaine-
ment à Math. YI, 46, passage où on lit (non-seulement dans la Yulgate,
mais dans au moins neuf mss. de la version antérieure à saint Jérôme,
dans saint Hilaire et saint Augustin) : exterminant enim fades suas (ou
eorum). Or dans ces traductions exterminare signifie d'habitude non pas
expulser, mais a bien plutôt le sens du mot français moderne exterminer.
Ainsi dans la Yulgate exterminare rend (Ps. XXX YI, 9 ; LXXIX, 14 ;
Nahum II, 23; Sap. m, 46 ; XI, 20 ; XU, 8, 9) tantôt èÇo)60pet5eiv, tantôt
Xu(iia(vsa6ai, tantôt àçaviCsiv, tantôt éxTpC6siv et awexTpî6eiv. Dans le passage
de Mathieu, le texte donne àçavCCetv, qui a le double sens de détruire et
de défigurer : il n'est donc pas surprenant que, les anciens traducteurs
ayant choisi pour rendre ce mot exterminare, qui ne précisait pas le sens,
on l'ait plus tard expliqué par decolorare, qui répondait au second sens
d'àçoviÇeiv. Rien d'étonnant non plus dans la forme de discolorare (angl.
— 432 —
to discolour) pour decolorare : on sait que dans la latinité de la décadence,
surtout africaine,' le préfixe de devient très-souvent dis. Ainsi on trouve
diffinire (definire) dans Lactance et Caelius Aurelianus ; dimoliri, discer-
tatio, dispicere, divastare, dans le cod. Gantabrigiensis de l'ancienne
version latine biblique; diridere^ disœndere discensus, dispoliare, dis-
ponsare^ distruere dans le cod, Sangallensis^ dissignare dans saint Augus-
tin {Civ, Dei XV, 16). Il ne semble donc pas qu'il y ait de nécessité à
lire dans la 71« glosse de Reichenau discolocant pour discolorant. La
prédilection pour des verbes ainsi composés avec dis se montre encore
plus bas (gloss. 77, 94, 440) dans les formes dw/i^are et dwcopen're. — R.j
P. 27. Paraliticus octuatus. Je serais porté à ne voir dans octuatus
qu'une faute de lecture du scribe pour contractus^ qui est le terme
habituel en bas latin pour rendre paralyticus, de même que le fr. contrait.
— [Le mot interprétant octuatus ne semble pas être une altération de
hecticatus, qui est vraiment trop éloigné, mais de arcuatus (courbé par la
goutte). Ainsi Nonius Marcellus (p. 35 Merc.) s. v. arquatus, à propos
du morhus regius : c Quod ita stringat corpora ut in arcum ducat, i II
serait possible aussi qu'on eût'voulu mettre obscurvatus ou occurvatus,
-R.]
P. 29. Utres folli Fol n'est pas rare en anc. fr. au sens de t soufflet
de forge, i c'est-à-dire c outre à vent. » Le gloss. fr. 7692 donne
encore : c Follis fou. FoUiculus souflet vel petit fou. »
P. 34. Ârmilla baucus. C'est sans doute par erreur que M. Diez
attribue au mot bou dans le Livre des rois le genre féminin ; du moins j'y
lis (II, 1, p. 121) : Pris la curune de sun chief et le bou de son bras. On
trouve aussi bou masc. dans Benoît, Chronique des ducs de Normandie,
t. I, p. 131.
P. 36. Ce verbe anetser serait-il le même que le verbe anesser, que
je trouve dans un manuscrit du roman de Troie, cité aux variantes de
l'édition de M. Joly, p. 408 : c Fusiax, vertax, l'autre richesse Lescuers
de femme qui anesse i ?
. [P. 36. Gaseum formaticum. Outre formaticum on trouve formago
dans le même sens, par exemple dans Théodore de Gaza, qui a rendu
Tpu9aXC8a dans Aristote par formaginem. Dans la Vulgate le même mot
grec est traduit par formella (Sam. 1, 17, 18) : — t Decem formellas casei
bas défères ad tribunum. i — R.]
fP. 37. Denudare discoperire. Le composé discoperire n'est pas
rare dans le latin provincial ; par exemple dans le ms. des Evangiles de
Vérone on lit (Luc. V, 19) : t Etdiscoperuerunttectumetsumiserunt, •
— et Lev. XVIIl, 7 : t Non discoperies, » (Pirminius, de sing. libr.
canon, ap. Mabillon, p. 68). — La Vulgate, autant que je sache, a con-
servé partout la forme avec le double o. — Le préfixe dis (encore sub-
sistant dans l'anglais to discover) a dû de bonne heure en roman s'affai-
blir en de, comme le montre ce passage de Lucifer de Cagliari (Pro
Athan. I, 27) : t Non decooperuerunt aurem meam (Sam. I, 22, 17). •
-R.]
— 433 —
[P. 38. Ebitatum bulcatum. Peut-être faut-il voir dans le mot inter-
prété evitatum, dont le sens répond en quelque manière à celui du fr.
bougé. — R.]
P. 38. Eagi manàucare, L'iaitiale e de Fénigmatique eagi est assurée
par la place de ce mot dans le vocaJbuIaire, dit M. Diez ; cependant un
/'conviendrait au moins aussi bieii^ et Ve et ly majuscule se confondent
sans cesse. Je serais tenté de lire Fagi pour Ftigin (phagein) si le glos-
saire offrait d'autres exemples de l'admission de mots purement grecs.
Je remarque dans le glossaire latin-français n^ 7679, au milieu de mots
tous latins, cette glosse : c Fage grece comedere latine ».
[P. 40. Lena toxa lectorium. Au lieu de lire lectorum pour lectorium^
on pourrait se décider pour la correction tectorium (couverture dans
Gaton), si bien que le glossateur aurait interprété Una par deux mots,
to(sa^ et tectorium, — R.]
[P. 44. Quin unoni. Gomme le latin quin peut signifier aussi < pourcpioi
piks ? », on pourrait, sans s'arrêter à la conjecture quin tmmo, — en
lisant uuoni pour unoni (cf. GL Cass. 18â et 187 unde p. uanna)^ trou^
ver un sens identique et admettre que cette glosse n'est autre chose que
la glosse no 219 du glossaire de Gassel sous une autre forme : quare non
uuania ni, -^ R J
P. 46. Transilivit, transalavit, etc. Je crois que le verbe roman
doit être compris comme un composé de trans et alare, c'est-à-dire aler,
aller. L'explication de M. Diez ne me parait pas satisfaisante, surtout si
on remarque que la forme transaUvit ou -kret se répète deux fois. Si
on suppose que le glossateur faisait assez d'attention à 1& différence de
transilire (form. latine) et de transalire pour la relever expressément,
il est peu vraisemblable que par deux fois il ait^ sans y faire attention,
écrit transalare pour tramaitre. D'ailleurs t7'ansaliret conviendrait bien
mal, comme traduction, à trans fretaret. Le verbe tresaier, au coatraire,
n'est pas rare en ancien français. — Je regarde notre glosse comme le
plus ancien exemple du verbe aler.
P. 46. Tugurium capanna. Cabane n'est pas un mot populaire en
français ; il a été pris de l'espagnol. La vraie forme de capanna est chc^
vane, qui existe dans plusieurs noms de lieux.
[P. 47. Vecors esdarnatus. Esdarnatus me semble être une altération
romane du latin externatus, qui a tout à fait le sens de veeors,s:î. exter^
natus =s£xToççp^b>v (Gloss. Philox.) et Apulée de Mag.y p. 47 (Bip.) :
c ad oblivionem praesentium extemari »; Tertullien, de Anima I, 1 :
c externata [anima]; » Non. Marcellus, p. 108 (Merc.) : c externavit ut
constemavit, id est dementem fecit; » GatuUe : c Ah misera adsiduis
quam luctibus externavit Spinosas Erycina ferens in pectore curas. *
-R.]
[P. 48. Vagus vacuatus. Si on considère vagus comme l'équivalent de
vacuus (mal écrit ou affaibli), on obtient pour le mot interprétant va(»/a-
tus une explication parfaitement satisfaisante : le verbe vaeuare se
trouve dans Golumelle et souvent dans les textes juridiques. •*- R.]
GLOSSES 9*
— 434 —
P. 49. Vectum tinalum. Le tiné de Nicot ne représente pas tinet, mais
bien tinel; Ve de tinet est un è, celui de tinel un é. De même dé pour
del (deél), et bien d'autres mots dans les patois.
P. 51. Crus tibia. Tige au sens de c jambe » est resté dans c tige de
botte. »
P. 57. Amplius ulterius. On pourrait croire que Fane. fr. ampleis vient,
non pas d*ampliaiius, mais d'une forme amplatius (cf. amplare, amplatus).
Seulement il faudrait trouver l'orthographe amplais,
P. 58. Calamum pennam. Il serait facile de multiplier les exemples du
fr. penne dans ce sens ; je citerai seulement le plus ancien (Alexis, str.
57) : Quier mei, bels fredre, et enque e parchamin Et une penne,
P. 93. Jumenta marhe. On trouve aussi jument au sg. maso, en anc.
fr. : c Li queiz volontiers soffrant lo damage de son perdu t jument (/)ia^
de S\ Grégoire, dans E. du Méril, Formation de la langue française,
p. 440). »
P. 94. Ferrât paerfarh. Le mot v«r, primitif de verrat, se trouve
souvent dans les anciens textes ; je citerai seulement la Chanson de
Roland: Eldestre bras le morst uns vers si mais (éd. Mùller, LVIII, 727) ;
il n'est pas nécessaire de changer vers en urs comme le fait l'éditeur.
[P. 97. Segradas sagarari. Dans son observation sur cette glosse,
M. Diez a exprimé la supposition que le traducteur avait commis là une
étrange méprise en traduisant, au lieu de sécréta que le glossographe
avait en tête, sacrata. Cette hypothèse ingénieuse mérite à coup sûr
d'être prise en considération, et je suis loin de m'attribuer l'autorité
nécessaire pour décider l'explication de cette glosse. Je voudrais seule-
ment indiquer que, — malgré la parenté évidente du mot interprétant
avec sacrata, — le traducteur a fort bien pu, tout en rattachant à secreto
le mot qu'il traduisait, en donner une interprétation admissible. Si en
effet nous considérons d'abord le mot secretarium, nous trouvons que
dans les textes juridiques romains il désigne une salle d'audience ou une
salle de délibérations réunie au tribunal proprement dit (cf. Cod. Justin.
I, XL VIII, 3; XIV, 3; pr. XII, 19, 215; Lactant. de mort, persecut.
XV, 5, et les notes de Gellar et de Bùhnemann sur ces passages); chez
Sulpice Sévère secretarium signifie une chambre située dans le bâtiment
ecclésiastique et garnie de poêles, dans laquelle on faisait certaines affaires
où on hébergeait des étrangers de distinction (Epist. , I, ad Euseb, X ; Dial.
II, 1, 2, 3; VIII, 8; 2). Or cette chambre que Sulpice Sévère appelle ici
secretarium^ il l'appelle dans le paragraphe immédiatement suivant (II, 1 , 4)
secretum : t Hoc ergo secretum beati viri (Martini) pauper ille... inrepsit.»
Si d'autre part sacrarium^ d'après Isidore (XV, 5), signifiait proprement
le lieu où on conservait les sacra, mais si on appelait du même nom une
chambre retirée et tranquille (celle de l'empereur par exemple dans
Ausone), — il semble que les deux mots secretum et sacrarium étaient
si rapprochés l'un de l'autre pour le sens qu'ils ont pu très-bien être
interprétés l'un par l'autre comme des synonymes par un glossateur de
la décadence. — R.]
— 435 —
ê
P. 98. Pis first. J'ai quelque peine à admettre ridentification de pi$
à pi{c)s, pour la forme et pour le sens. D'abord la chute du c devant 1*5
finale me parait douteuse à une époque si ancienne, et l'exemple de
deurus est peu concluant. Ensuite pic est un mot inconnu à Tancien
français (M. Diez rappelle ancien français, mais pour ma part je ne me
souviens pas de Favoir rencontré, si ce n'est au sens àe pioche)^ et en fran-
çais moderne il n'a jamais le sens qu'il aurait ici. — Je préférerais voir
dans pis une forme altérée par le glossateur allemand, comme pirpici etc. ,
et lire bis : ce mot serait le primitif de biseau, mot dont Tétymologie me
paraît imparfaitement déterminée par M. Diez dans son Dict. étymoL
(s. V. bis). — Le mot piz, qu'on retrouve dans les Glosses de Vienne
(voy. ci-dessus, p. 125), et que M. Diez traduit également parptc, n'est
pas plus clair.
P. 99. Capriuns rafuun. Je remarque dans le travail de M. Longnon
(publié dans la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Études) sur le Pagus
bononiensis une rivière appelée au ix« siècle Capriun, qui s'appelle
aujourd'hui la Planquette. Ces deux noms sont synonymes.
P. 111. Laniu, Uni vestid. Les adjectifs laneus et lineus n'ont pas
seulement en français une existence hypothétique. Laneus vit dans le
mob- lange, et lineus dans le mot linge. Ces deux mots, aujourd'hui subs-
tantifs par suite de l'ellipse d'un mot comme vêtement, étaient adjectifs
en ancien français, comme le montre ce vers d'un fabliau : c Et robe
ne lange ne linge », c'est-à-dire « robe de laine ou de lin. » Cf. encore
Rois, n, 6; les miracles de saint Éloi, p. 103 b; Ane. théâtre françois^
t. m, p. 384, etc.
INDEX.
1. GLOSSES DE REICHENAU.
LISTE ALPHABÉTIQUE DES MOTS INTERPRÉTANTS
TRAirés DANS LE GOMMBKTAIRE.
(Les chififres correspondent & ceux des pàragrai)iiefi.)
abattas 66.
absconso 249.
aculionis 124.
adastet 194.
alaues 122. ^
aioiino 125.
ambulate, etc, 206.
anetset, etc. 128.
angustiaretur 105.
anogiet 185.
arbriscellus 119.
asclalis 114.
astrom 168.
bajole41.
banstas 76.
baucus 120.
berbices, e^c. 161.
bisatia 45.
bismodis 160.
blicta 150.
bonitate 295.
bragas 127.
brittoni 169.
brunia 58.
bulcatum 142.
bulzla, bultiola 181.
buticalam 146.
calcaneum 138.
caWes sorices 192.
cancellare 159.
capitale 86.
carcatus 162.
cardonis 163.
carpentarii 30.
causa 261.
causabant 83.
cavanna 191.
cibus 107.
cincella, cincellas 14.
cingolo 4.
cinaant 281.
conca 27.
eoncambiis 104.
contentio 218.
coriam 169.
cortîna 22.
corvum marinnm 32.
coxa 4.
criTolus 137.
crapallam 36.
cuna 11.
culcet 139.
calpabilis 223.
cupra 148.
cymblls 113.
danea 126.
defendamenta 190.
deganandum 154.
demanducavit 270.
desertum faciebak 283.
diem médium 282.
dimersi 230.
discolorant 71.
dis(x>perire 140.
disligayeris, etc. 77.
dona 298.
drappum 69.
eradicabit 235.
eramen 29.
esdarnatus 197.
exasperaverunt 293.
fanonem 97.
fasciolis 96.
fecis 103.
femoralia 25.
femus 38.
ficato 60.
filant 67.
finis 232.
flagellatis 272.
folU 84.
forcipes 231.
formaticnm 132.
fnate mellis 100.
fruncetura 175.
fhistas panis 112.
fttlcos 8.
furnus 72.
gaforium 78.
garbas 13.
gelaU 110.
generavit 244.
gerlosa 121.
gladis 172.
gladius bisacutus 145.
graviatus 171.
ërinitam 21.
abere avec partie, pctssé
102.
habere annos 216.
havus 199.
helmus 149.
heribergo 133.
hoc 253.
busas 44.
Uico 250. •
impruntare 102.
incastrata 174.
incensarium 186.
infantem habebat 245.
infantes 246.
infrangerent 208.
inganaret 154.
in odio habui 300.
intaliare 56.
intralia 26.
inlranea 26.
invenerunt 222
involent 82.
ivorgeis 143.
V.
janicaloram 39.
jornalis 153.
inventus 299.
lancea ^38.
laniu 165.
laxiscente 50.
legem 211.
leloco 3.
lepiscellus 119.
leva 277.
lias 106.
limtario 170.
linciolo 80.
lini 165 (166).
lucris 17.
luaceria 174.
mala granata 233.
malis clavis 164.
luanaces, etc. 157.
mandacare 144. 270.
mansiunculas 2.
mastns 99. .
mationes 136.
roeliores 254.
mercato 260.
merces 91.
messes 221.
mortuum facere 283.
muli 184.
mutile 72.
nasculis 96.
necata 230.
necesse habemus 262.
nigrum in oculo275.
occidite 239.
octuatus 74.
omnici 195.
panario 37.
paparonem 31.
parvum 264.
pecunia 152.
pedis 167.
pennam 289.
perportat 95.
persas 20.
piger 177.
pinguis 276.
placeat 288.
planctur 75.
plus marquant le compa-
ratif 182.
plussano 182.
porro fu^atus 200.
portatricis41.
potestas 211.
preslare 90.
propterea 252.
pugnantes 291.
quaccola 108.
rama palmarum 35.
rasorium 42.
remensurabit 85.
retinacula 53.
rige 57.
ripa 229.
ros^ rosa 88.
saccus 181.
salvaticus porcus 115.
scabare, scavare, 116.
scire 248.
sella 34.
separatim 209.
sepelita 9.
serricellus 123.
solamente 183.
solarium 87.
soma 34.
sora 5.
sorcerus 179.
spicario 12.
spicus 135.
spidus 59.
sportellam 241.
sprendunt 178.
starefacio 278.
subito 268.
subportatum 92.
summitas 232.
suçerfluos 98.
taliavit, etc. 56.
tepiditas 187.
teularum 47.
tibia 236.
tinalum 198.
tortam t;. turtam.
toxa 156.
transalavit 189.
trastrum 52.
travis 165.
tribulo 101.
turtam 46.
ulterins 286.
unoni 173.
vacuatus 201.
vadam 206.
Yelectorium 65.
ventilatorium 65.
Yerecundatur 242.
verecundia 3.
vespera 269.
vice 205.
visica 33.
vitiosior 1.
vitta 11.
vittavit 63.
Vivendi 107.
voles 73.
wapces 19.
— 138 —
% GLOSSES DE CASSEL.
LISTE ALPHABÉTIQUE
DE TOUTES LES FORMES LATINES ET ROMANES CONTENUES
DANS LES 245 GLOSSES DE CASSEL.
(Les mots traités dans le commentaire sont marqués d'un astérisque ;
le chiffre qui les suit est celui qui précède dans le commentaire le
paragraphe consacré à chacun d'eux.)
agnelli 77.
*am 163.
"^âlbios oculus 173.
"^animalia 69.
"^argudu 159.
"^armentas 72.
*articulata 42 f47).
*auca8 83.
"^auciun 84.
*aures 6.
^bisle 96.
^bonas 245.
bonum 243.
boves 70.
"^brachia 39.
"^calamel 31.
calcanea 33.
*caldarora 132 (133).
*caldaru 132.
*calice 129.
*calluà 87.
caminus 99.
camisa 112.
"^campa 171.
*capilli 4.
*capriuns 108.
caput 2.
*carica 122.
*casu 91.
*cava 120.
caYallus 63.
*cawella 120 (124).
^cinge 59.
♦citius 157.
♦claudns 174 (176).
cogita 238.
cogitavi 240.
*conii 17 (18).
collo 13.
costis 57.
coza 27.
^cramailas 134.
cuppa 131.
de quale patria 188.
. de me ipsam 242.
detemehpsum 239.
"^deurus 114.
Migili 42.
*doUa 120 (119).
^doino 92.
dorsum 24.
ego 209, 210, 215, 240.
^equa 64 (66).
"^equm 64.
"^esilos 104.
est 229, 243.
e&-tu 185, 186.
et 149. 150.
etego 215.
"^fac iternm 156.
facias 10.
facio 218.
facis 220.
*falceas 141.
"^fasselas 115.
*ferrat 79.
fidelU 75.
fieri 222.
*figido 52.
flasca 152.
*fomeras 146.
^forcipa 149.
faistis 195.
fuit 199, 200.
' fum 98.
fumax 100.
"^galina 87 (88).
"^gerala 125.
gratia 206.
^gulvium 180.
gyppns 174.
habent 232.
habere 207.
habet 183.
*hanap 130.
homo 1, 184^ 223.
"^humérus 14 (15).
idrias 120.
Mmplenas 135.
in 231.
*inchus 150.
«index (digitus) 42 (44).
"^indica mih 181.
inlellego 210.
''intellexisti 208.
^intellexistis 208 r212).
^inter scapulas 23.
intrange 54'.
Ipsum, de me — 242.
detemetipsum 239.
iste 184.
iterum 156.
"^iumenta 64 (65).
^keminada 97.
♦labia 21.
^laniu vestid 165.
latera 56.
"^lini vestid 165 (166).
^liones 145.
*lippus 174 (175).
^lumbulum 51.
^lumbus 60.
maior, os — 28.
^malas 244.
mallei 148.
manda 217.
^mandacaril 154.
mandasti 213.
mandavi 214.
^manneiras 139.
^mansione 93.
^mantun 11.
manus 40.
martel 147.
^maxillas 12.
*me = mihi 17 (18).
-me-, de me ipsum 242.
^medicu^ (digitus) 42 (46)
"^mediran 105.
^médius (digitus) 42 (45).
♦membras 37.
*meo capilli 17.
meo coUi 18.
*meo parba 17 (19).
-met-, detemetipsum 239.
♦mih = mihi 181.
^minimus digitus 42 (48).
modica 229.
*moi 160, 161.
mufflas 117.
♦mullum 201 (202).
rautus 176.
♦nares 7.
necesse fait 199.
^nécessitas 201.
nobis 198, 204.
nomen habet 183.
non ego 209, quare- 219.
"^oculos 5.
^-oculus, albios oculus 173
"^ordigas 35.
^os maior 28.
^osti, un-spinale 25.
♦oviclas 73 (76).
paioari 228.
palas 136.
palma 41.
^palpebrae 22.
^annu 110.
♦pao 89.
*parba= ôarôa (17) cfr, p,
76.
patria 188.
*pava 89 (90).
*pecora 73.
pectus 38.
*pecunia 62.
pedes 34.
*pergite 189.
*pirpici 74,
♦pis 106.
^planas 144.
plus babent 232.
*polix 42 (43).
^ponderosus 172.
*porciu 78.
potest 221.
♦pragas 113.
^rag
*pridi
ias 103.
♦pulcins 85 (86).
*puledra 67 (68).
*puledro 67.
*pulli 85.
pulmone 53.
— 439 —
punge 170.
^punxisti 169.
purcelli 82.
putel 49.
putelli 50.
pnticla 153.
-quale patria 188.
quam sapientia 234.
quanta moi 161.*
quare non 219.
quesivimus 197.
quid 196, 200.
quis estu 186.
quisistis 196.
quomodo 182.
quod 198.
radi 18, 19.
*radices 20.
remanda 216.
romana 231.
^saccuras 138.
^sapiens 223.
*sapienti 230, 227.
sapientia 234.
^scalpros 143.
^scandula 109.
♦scapulas 14, 23.
*scruva 81.
*sedella 127.
^se^radas 101.
*seia 111.
semper 241.
sestar 128.
sic potest 221.
*8iccla 126.
*sicleolal27(126?).
^siluuarias 151 (152).
*siin 162.
♦sisireoi 123.
♦situlas 126 (179).
^spinale 25.
stabulu 102.
stomachus 55.
stulti 225.
stultitia233.
stultus 234.
stupa 95.
sunt 225, 227.
^talauun 32.
♦taradros 142.
-le-, detemetipsum, 239.
^tbalamus 94.
♦tibia 30.
*ticcine 122.
♦timporibus 9.
*tina 125.
tinas 178.
tondit 16.
*tramolol 167.
transierunt 199.
transi unt 192.
transivi 190.
*trapes 107.
*troia 80.
tu manda 217.
tua 205.
♦lundi 17.
♦tunica 111.
♦tunne 121.
♦tutti 163.
ubi fuistis 195.
♦umbilico 61.
♦un 25.
uncla 36. >
♦unctnra 58.
unde venis 187.
♦va 155.
vaccas 71.
♦vellus 168.
Yenimus 194.
venisti 193.
venis 187.
♦wanz 118.
♦wasa 119.
♦windicas 116.
> *
— <40 —
3. GLOSSES DE VIENNE.
LISTE ALPHABÉTIQUE
» f
DBS MOTS ROMANS INTERPRETES TRAITES DANS LE
COMMENTAIRE.
(||t<es chiffres correspondent à ceux des paragraphes.)
angaria 13.
amelina 43.
arsilùn 47.
bantini 17.
bnrim 5.
calza 6.
cimalic 4.
cin^ola 44.
cnsidnra 42.
dolatrias 16.
dolea 12.
Alces 14.
fiftlcidas 15.
fasoniola 35.
fibnladura 39.
fiscina 21.
focipe 20.
fosorias 23.
fnndallo 29.
galdarios 10.
genuale 24.
gerula 8.
grennagla 11.
guba 9.
ûumeroli 5.
lansa 41.
lora 2.
manile 19.
roanngo 28.
majiuteria& 25.
medioli 6.
mezipe 30.
nastlo 36.
paludel 49.
pasinso 50.
piz 32.
pol 3.
procala 26.
ragabia 46.
rosaram 25.
sarga 48.
sooph 33.
sella 38.
sineta 37.
spado 27.
suprasella 45.
temo 7.
thomar 31.
urceolum 18.
uro 40.
PIN.
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HEINRICH (G.-A.). Histoire de la littérature allemande depuis les origines jusmi'à
répoque actuelle. L'ouvrage complet se composera de 3 forts volumes iû-8^ Les
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HILLEBRAND^K.). Études historiques et littéraires. Tome premier : Etudes italiennes.
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HUMBOLDT (G. de). De Torigine des formes grammaticales et de leur influence sur
le développement des idées, traduit par A. Tonnelle. In-8'. 2 tr.
JOLY, Benoit de Saintô-More et le roman de Troie, ou les Métamorphoses d'Homère
et de l'Epopée gréco-latine au moyen -âge, In-4*. 20 fr.
LAGADEUC H.). Le Catholîcon. Dictionnaire breton -français et latin, publié par R, F.'
Le Men, d'après l'édition de 1499. I**^*- 6 fr.
JANNET (P.). De la langue chinoise et des moyens d'en ÉBiciliter l'usage. Grand in-8'.
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MÉMOIRES de la Société de linguistique de Paris. Tome premier.
i*** fascicule : Egg<sr. De l'état actuel de la langue grecque et des réformes qu'elle subit.
— Meunier. T)e quelques anomalies que présente la déclinaison dé certams pronoms
latins. — D'Arbois de Jubainville. Etude sur le verbe auxiliaire breton kaouty avoir.
* — Bréal. Les progrès de la ^ammaire comparée. — Paris. Vapidus, i fade ». —
Mowat. Les noms propres latins en Atius. ïn-$'. 4 fr.
2*' Jfascicule : Renan. Sur les formes du verbe sémitique. — Thyrot. Observations sur
la signification des radicaux temporels en grec ~ Gaussin. Observations sur le
rhotacisme dans la langue latine. — D'Arbois de Jubainville. E$ude sur le futur
auxiliaire en breton armoricaia. — Meyer. Phonétique provençale, O. — Bréàl. Les
dialectes latins. — Mowat. De là dérormation dans les noms propres, — Paris.
Gens, giens^ In-8*». 4 fr.
39 fascicule : Michel Bréal. Le thème pronom inaL ^<i. — Charles Ploix. Etude de
mythologie latine. Les Dieux qiii proviennent de la racine div» — Charles
Tiurot. Observations sur la place de la négation non en latin. — P. Meyer. Phoné-
tique française, An ox en toniques. -^ Variétés. Félix Robiou. Recherches sur l'éty-
mologie du mot thalassio, — Michel Bréal. Necessum^ 'Avà-pcyi. — Gaston Pans.
Etymologies françaises : Bouvreuil; Cahier; Caserne; A Penvi; I^ormier^ Moile.
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"MENANT (J.). Essai de grammaire assyrienne. Gr. in-8". 10 fr.
MEYER (P<). Cours d'histoire et de littérature provençales. Leçon d'ouverture. In-8».
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au commencement du xiii* siècle. G|*. in-8* orné d'une photo-lithographie. 2 fr.
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huit saluts inédits. Gr. in-8'. 3 fr.
OPPERT (J,). Eléments de la grammaire assyrienne. 2* édit., augmentée. In-S". 6 fr.
PARIS (G.). Etude sur le rôle de l'accent latin dans la langue française. In-8'. 4 fr.
-r^ Grammaire historique de la langue française, cours professé à la Sorbonne en
1868, leçon d'ouverture. In-8». i fr.
Histoire poétique de Charlemagne. Gr. in-80. ^ 10 fr.
Lettre à M. Léon Gautier, Gr, itt-8'. i fr.
PAROLE (la), son origine, sa nature, sa mission. In-8*. 4 fr.
QIJICHERAT (J.). De la formation française des anciens noms de lieu, traité pratique
suivi de remarques sur des noms de heu fournis par divers dociiments. Pet. in-8*>. 4 fr.
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TERRIEN-PONCEL (A.). Du langage. Essai sur la nature et l'étude des mots et des
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M. A. Devéria,, conservateur-adjoint au Musée égyptien du Louvre. 3. Etudes démo-
tiques, par M. G. Maspero, répétiteur à TEcole des Hautes Etudes. 4. Préceptes de
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de Besançon ; 2. la version en vers de dix syllabes attribuée au clerc Simon (deiiaf
textes fournis, Tun par un ms. de l'Arsenal, l'autre par un ms. de Venise) ; i. les
Enfances d'Alexandre, d'après le ms. 789 delà Bibl. imp.; 4. extraits de V Alexandre
de Thomas de Kent, d'après les deux mss. de Paris et de Durham.
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II. LES MACCHABÉES, ancienne traduction française publiée d'après le ms. unique
de la bibliothèque-Mazarine, par M. Breymann.
III. LE PSAUTIER LORRAIN, publié d'après le ms. unique de la Bibl. Mazarine, par
M. Bonnardot.
IV. CHANSONS POPULAIRES choisies du xV siècle, par M. Gaston Paris.
V. BRUN DE LA MONTAGNE, le seul fragment connu de ce poème, publié d'après le
ms. de lia Bibl. imp., par M. P. Meyer.
VI. LA VIE DE SAINTE DOUCELINE, texte original en prose provençale de la fin du
xiii* siècle, publié^'après le ms. unique de la Bîbl. imp., par M. P. Meyer.
VU. UN MIRACLE de Nostre Dame d'ung roy qui veull espouser sa fille, par M. Gaston
Paris.
VllI. LE ROI LOOIS, fragment de chanson de geste, publié par M. Gaston Paris.
DIEZ (F.). Grammaire des langues romanes, traduction française autorisée par l'auteur
et l'éditeur, et considérablement augmentée par MM.^ G. Paris et A. Brachet.
Ce n'est pas une simple traduction de la. 5° édition allemande en cours d'impression
de cette grammaire si connue que nous voulons donner. Différentes parties seront
complétées par des travaux spéciaux confiés à des philologues distingues qui ont bien
voulu nous promettre leur concours. C'est ainsi que jusqu'à présent MM. G. Paris
et Brachet, F. Meyer, Mussafia se sont chargés de suppléments relatifs 4.1a gram^
maire de l'ancien français, du provençal, de l'italien, de l'espagnol et du valaque.
Ces diverses additions teront partie du dernier volume. Déplus, nous. donnerons en.
notes là traduction des passages des deux premières éditions supprimés par M. Diez
dans sa dernière édition et des citations complètes de son dictionnaire étymolo-
gique; de cette manière on aura dans celle-ci toute la pensée du maître, Elle for-
mera quatre volumes qui paraîtront par demi-volume.
Imprimerie Gouvemeuf, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou.
. «. -^ ^ »._.
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